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samedi 4 décembre 2010

Droit contre droit

Droit à l'information contre secret-défense : ce problème est à peu près vieux comme le monde, et rebondit, une nouvelle fois, après la perte d'un Rafale.
Le CEMAT l'avouait lui-même à ses présidents d'officiers, il y a quelques semaines : "tout finit par se savoir". Dans une semaine marquée par la diffusion des WikiLeaks, il est vrai qu'il est difficile de faire un autre constat.
Les délais sont parfois extrêmement courts : la nouvelle de la perte du M18 a été diffusée par Secret-Défense quelques dizaines de minutes seulement après le crash, alors même que le porte-avions était hors de couverture téléphonique et internet. Cette rapidité de diffusion (1) semble interroger fortement le service (2) chargé de la protection du secret-défense, sans doute déjà mobilisé par d'autres cas concrets. Mais il interroge, parfois même trouble aussi, les opérationnels eux-mêmes -par ailleurs premiers consommateurs des blogs spécialisés. Sans contester aucunement le droit à l'information, un ancien marin du ciel estime que dans ce cas précis, cette diffusion a été "très prématurée".
Ensuite, les faits entourant l'accident lui-même ont été développés suite à ce qu'on qualifie, dans certains secteurs de la défense, de "fuites". L'argumentaire est fondé sur l'extrême précision des informations (3) livrées par Europe 1 et Air&Cosmos.
Précision qui contraste, il est vrai, avec la communication qui aura été, une nouvelle fois minimaliste, résultat des multiples intérêts en jeu (économiques, judiciaires, protection du secret, etc). Le communiqué lu jeudi matin -quelques heures avant les principales révélations- lors du point presse du ministère de la Défense laissait par exemple courir un très grand nombre d'interrogations, particulièrement sur l'avion. Un appareil qui fait, rappelons-le, l'objet de prospects exports, et reste utilisé quotidiennement : il est donc parfaitement impossible de laisser flotter longtemps des soupçons contre le matériel, ou la ressource humaine.
Il est évident que ce cas concret ne fait que reposer un vrai problème sur la portée des classifications. Il y a quelques semaines, France-Info avait repris le contenu d'une note récente du Premier Ministre sur les interceptions téléphoniques, note classifiée confidentiel-défense. Et dont on peut imaginer, que dans un climat de suspicion d'écoutes de journalistes (4), son premier devenir n'était pas de fuiter sur la place publique.

(1) qui semble avoir forcé la main de la communication du ministère, qui, deux heures plus tard, évoque à son tour l'accident.
(2) rattaché directement au ministre de la Défense.
(3) rappelons que le principe fondateur de l'information est précisément sa... précision, et, dans la mesure du possible, sa vérification.
(4) le président lui-même a livré le fond de sa pensée sur les écoutes de journalistes, expliquant la vanité du procédé.