Leurs frères d'armes célèbrent aujourd'hui la mémoire des dix d'Uzbeen, à Castres (8e RPIMa, qui
par le journaliste Jean-Marc Tanguy - Twitter @Defense137 - 9253 posts depuis avril 2009 - 81,92 millions de pages vues depuis juin 2010.
Affichage des articles dont le libellé est Uzbeen. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Uzbeen. Afficher tous les articles
samedi 18 août 2018
L'embuscade d'Uzbeen, il y a dix ans
lundi 30 janvier 2012
Uzbeen : Christophe Guilloteau sceptique
Le député (UMP) du Rhône Christophe Guilloteau avait fait partie des cinq parlementaires (1) partis pour l'Afghanistan, dans l'immédiat après-Uzbeen. Il avait ensuite été désigné par la comission de la Défense comme rapporteur sur le projet de création d'une commission d'enquête, demandée par le communiste Jean-Jacques Candelier. Il vient de nous confier ses arguments contre une enquête de la justice sur les évènements d'Uzbeen : "J'ai fait partie des cinq députés qui sont partis pour l'Afghanistan, après Uzbeen. Nous avons rencontrés les frères d'armes des blessés et des morts, leurs chefs, et les explications nous ont paru plausibles. J'avais surtout noté, à l'époque, le déficit de protection balistique des camions logistiques, ce qui n'était pas normal, et qui a été réglé par la suite. Mais aussi et surtout, le manque d'hélicoptères de combat, puisqu'il n'y avait que deux Caracal de l'armée de l'air. Revenus en France, nous avons pu aborder ces carences avec le Premier Ministre, qui a fait en sorte d'envoyer en Afghanistan, rapidement, des hélicoptères Caracal et Gazelle, ainsi que des drones.
L'information d'aujourd'hui me surprend beaucoup. L'engagement militaire ne peut pas se limiter au défilé du 14 juillet, et on sait que cet engagement expose à des risques. Mais ce qui me gêne est que l'enquête sera forcément difficile à mener : une reconstitution est impossible, on ne va pas demander aux insurgés de refaire les gestes de cette journée (2). Et une enquête de ce type ne peut être menée depuis un bureau, à Paris, à seulement entendre des communications radio de l'époque, ou quelques militaires, dont la plupart ont d'ailleurs quitté l'armée depuis. Le traitement de la justice ne sera donc pas équitable."
(1) dont Guy Tessier, Françoise Olivier-Coupeau, Philippe Cochet.
(2) le général Benoît Puga, alors sous-chef opérations de l'EMA, avait, dans un point presse, laissé entendre que les insurgés impliqués dans cette attaque avaient été neutralisés par la suite.
L'information d'aujourd'hui me surprend beaucoup. L'engagement militaire ne peut pas se limiter au défilé du 14 juillet, et on sait que cet engagement expose à des risques. Mais ce qui me gêne est que l'enquête sera forcément difficile à mener : une reconstitution est impossible, on ne va pas demander aux insurgés de refaire les gestes de cette journée (2). Et une enquête de ce type ne peut être menée depuis un bureau, à Paris, à seulement entendre des communications radio de l'époque, ou quelques militaires, dont la plupart ont d'ailleurs quitté l'armée depuis. Le traitement de la justice ne sera donc pas équitable."
(1) dont Guy Tessier, Françoise Olivier-Coupeau, Philippe Cochet.
(2) le général Benoît Puga, alors sous-chef opérations de l'EMA, avait, dans un point presse, laissé entendre que les insurgés impliqués dans cette attaque avaient été neutralisés par la suite.
Libellés :
Afghanistan,
droit,
justice,
parlement,
Uzbeen
Une enquête ouverte sur Uzbeen
Dans le couloir qui mène à la chapelle de Tora, les photos des neufs morts du col d'Uzbeen (photo : Jean-Marc Tanguy).
Le CEMA déplorait la judiciarisation des activités militaires, lors de ses voeux, le 17 janvier dernier. Mais pensait-il, en le disant, à l'embuscade d'Uzbeen ? On a appris ce matin que la Cour d'appel de Paris permettait l'ouverture d'une enquête pour homicides involontaires, après l'attaque du 18 août 2008. 8 parachutistes du 8e RPIMa étaient morts dans l'embuscade, à l'époque, ainsi qu'un auxiliaire sanitaire du 2e REP, qui tentait de sauver les blessés. Un 10e soldat, appartenant au RMT, était mort dans l'accident de son VAB, qui roulait de nuit pour renforcer les troupes en Uzbeen.
Assez tôt, les familles avaient fait savoir qu'elles souhaitaient disposer d'éléments sur les conditions de l'embuscade, et la réaction des forces alliés (française, américaine, afghane) en présence cette nuit-là.
Plusieurs faits avaient d'ailleurs troublé les députés qui s'étaient rendus sur place, dans la foulée (lire par ailleurs le témoignage de Christophe Guilloteau). Le communiste Jean-Jacques Candelier avait demandé une commission d'enquête, repoussée par la droite.
Par la suite, Pierre Lellouche avait notamment évoqué le manque d'expérience d'un JTAC américain incorporé à la colonne, ce qui avait vraisemblablement contrarié l'action des aéronefs.
Les familles ont toujours fait savoir que cette plainte ne visait par l'armée, mais la chaîne de décision locale.
mercredi 18 août 2010
Uzbeen, il y a deux ans
Les 8 paras du 8e RPIMa tués à Uzbeen, et le CPL Baouma (RMT) regroupés dans un tableau, à Nijrab, dans le PC de la TF Chimère. (crédit : Jean-Marc Tanguy)Une colonne composite regroupant des éléments du RMT, du 8e RPIMa (leur relève), ainsi qu'une section de l'ANA et un TACP américain tombait dans une embuscade, il y a tout juste deux ans (1), en vallée d'Uzbeen. La suite est malheureusement connue. 10 soldats y sont restés : 8 paras du 8e RPIMa, un auxsan du 2e REP et un marsouin du RMT. Deux fois plus en sont revenus blessés. C'est sans compter les dommages post-traumatiques.
Une leçon amère. Dans les semaines et les mois qui ont suivi, d'importants moyens ont été déployés en urgence sur place, notamment en matière de renseignement, de puissance de feu et d'aéromobilité (deux hélicoptères français le jour d'Uzbeen, douze deux ans plus tard...). Certains programmes d'urgence opérationnelle avaient été engagés avant, ils ont été démultipliés, depuis.
L'armée française (2) est retournée en Uzbeen, dont le nord est longtemps resté un sanctuaire pour les insurgés.
Les Wikileaks papers, et encore une mise à jour récente de munitions par la TF Bison le démontrent : cette zone a été et reste encore une zone primordiale pour les groupes insurgés. La France entend y passer le relais à l'armée afghane dans les mois à venir.
(1) Tous les textes relatifs à Uzbeen (retex, plaintes des familles, etc) sont lisibles ici.
(2) Cette zone a été depuis successivement tenue par le 3e RPIMa, le 1er RI, le REI et le 2e REP. C'est la TF Bison (126e RI) qui y opère depuis le 14 juillet dernier.
Libellés :
Afghanistan,
commémoration,
mort au combat,
Uzbeen
mercredi 11 novembre 2009
Contre la judiciarisation, pour des explications
Sur les 1.625 internautes qui ont répondu, pendant, près de 15 jours à la question, comprenez-vous la plainte déposée par les familles de morts d'Uzbeen, 82% ont répondu par la négative. J'y vois deux enseignements : la question a attiré plus d'internautes que d'habitude (350), et en tout état de cause, la judiciarisation reste l'objet d'une vive opposition, chez les répondants. Même s'il est, évidemment difficile d'en mesurer les causes : le temps qui a passé, la personalité de l'avocat qui dépose plainte pour les familles, ou l'inadaptation (pour ne pas dire l'incongruité) de la justice dans le rôle.
Car parallèlement, sur les 1.380 internautes à avoir répondu à la deuxième question ("a-t-on tiré toutes les leçons d'Uzbeen"), une autre écrsante majorité (2/3-1/3) se dessine, là aussi sur un ligne négative. Il serait intéressant, là aussi, de connaître l'évaluation des leçons qui restent à tirer. L'objet, peut-être, d'une future question.
A noter que comme souvent, le rapport des forces aura été atteint dès les 100 premières réponses, et n'aurait que très faiblement varié, dans la durée. Et ce, pour les deux questions posées.
Rappelons que vox interneti (comme vox populi) n'est pas vox dei, et ques ces questions n'ont aucune portée scientifique. C'est un simple instantané de l'avis des internautes qui passent sur ce blog, et souhaitent donner volontairement leur avis. Je n'en tire, pour ma part, aucune conséquence générale.
Car parallèlement, sur les 1.380 internautes à avoir répondu à la deuxième question ("a-t-on tiré toutes les leçons d'Uzbeen"), une autre écrsante majorité (2/3-1/3) se dessine, là aussi sur un ligne négative. Il serait intéressant, là aussi, de connaître l'évaluation des leçons qui restent à tirer. L'objet, peut-être, d'une future question.
A noter que comme souvent, le rapport des forces aura été atteint dès les 100 premières réponses, et n'aurait que très faiblement varié, dans la durée. Et ce, pour les deux questions posées.
Rappelons que vox interneti (comme vox populi) n'est pas vox dei, et ques ces questions n'ont aucune portée scientifique. C'est un simple instantané de l'avis des internautes qui passent sur ce blog, et souhaitent donner volontairement leur avis. Je n'en tire, pour ma part, aucune conséquence générale.
lundi 9 novembre 2009
Uzbeen : l'avis d'un autre père
Mon confrère Bruno Besson, de La Nouvelle République, a donné une interview à France 3 centre, la semaine dernière. Elle éclaire à la fois la plainte déposée par deux familles de paras morts à Uzbeen, mais aussi, plus globalement, les erreurs accumulées... dans la gestion de l'après-Uzbeen. Son propos, mesuré et réfléchi, vaut à plus d'un titre : c'est celui d'un père d'un para de Carmin 3 (1), et celui d'un journaliste. Voici quelques extraits de son intervention, tout en sachant que l'intégralité peut être lue dans le lien livré en fin de post.
Le 19 août, quand Bruno Besson apprend l'existence de l'embuscade de la veille, son premier réflexe de père est d'appeler au quartier Fayolle, à Castres. Là il patiente quelques minutes, au téléphone et se pose la question, les questions. "Il a choisi ce métier, il fait peut-être partie des morts, mais il l'a choisi..."
Le lendemain, il est dans l'avion qui file pour Kaboul, avec un diagnostic qui s'impose, très vite : "c'était comme s'il y avait eu un accident de bus sur l'A71, avec quinze morts : ce qui prime tout, c'est l'émotion". Et un verdict, implacable : "la communication militaire, celle du ministère de la Défense, a été doublée par la communication présidentielle".
Une évaluation qui va d'ailleurs vite faire florès dans les armées. Ce qui, encore aujourd'hui, explique en partie l'incompréhension de la plainte par une partie de la communauté militaire. Le brouillard de l'émotion s'est mêlé à celui de la communication, et au final, les familles n'ont pas eu droit aux explications qu'elles demandaient. Alors que parallèlement, les militaires comprennent encore moins les possibités qui ont été données aux familles d'aller sur place, en Afghanistan, se recueillir.
Bruno Besson le dit lui-même : "Les familles ont posé plein de questions parce qu’elles sont dans la détresse, c'est douloureux et difficile, et qu'elles n'ont pas eu de réponse (...). Elles sont restés sur cette communication genre fait divers".
Et pourtant, même malgré le constat, Bruno Besson "souhaite ardemment que la plainte puisse pas aboutir (...) : dans une opération de guerre, par définition, rien ne se passe comme à l’exercice".
L'intégralité de son ITW est visible ici :
http://paris-ile-de-france-centre.france3.fr/info/centre/Embuscade-d-Uzbin-:-le-père-d-un-soldat-s-exprime-58703545.html
(1) Carmin 3 est arrivé en QRF dans la vallée d'Uzbeen, pour tenter d'extraire Carmin 2. Après une contre-attaque et une reconquête du col, le fils de Bruno Besson a fait partie des cinq soldats qui ont trouvé et ramassé les corps de Carmin 2. Trois de ces cinq soldats "n'ont pas tenu le coup" rappelle-t-il.
Le 19 août, quand Bruno Besson apprend l'existence de l'embuscade de la veille, son premier réflexe de père est d'appeler au quartier Fayolle, à Castres. Là il patiente quelques minutes, au téléphone et se pose la question, les questions. "Il a choisi ce métier, il fait peut-être partie des morts, mais il l'a choisi..."
Le lendemain, il est dans l'avion qui file pour Kaboul, avec un diagnostic qui s'impose, très vite : "c'était comme s'il y avait eu un accident de bus sur l'A71, avec quinze morts : ce qui prime tout, c'est l'émotion". Et un verdict, implacable : "la communication militaire, celle du ministère de la Défense, a été doublée par la communication présidentielle".
Une évaluation qui va d'ailleurs vite faire florès dans les armées. Ce qui, encore aujourd'hui, explique en partie l'incompréhension de la plainte par une partie de la communauté militaire. Le brouillard de l'émotion s'est mêlé à celui de la communication, et au final, les familles n'ont pas eu droit aux explications qu'elles demandaient. Alors que parallèlement, les militaires comprennent encore moins les possibités qui ont été données aux familles d'aller sur place, en Afghanistan, se recueillir.
Bruno Besson le dit lui-même : "Les familles ont posé plein de questions parce qu’elles sont dans la détresse, c'est douloureux et difficile, et qu'elles n'ont pas eu de réponse (...). Elles sont restés sur cette communication genre fait divers".
Et pourtant, même malgré le constat, Bruno Besson "souhaite ardemment que la plainte puisse pas aboutir (...) : dans une opération de guerre, par définition, rien ne se passe comme à l’exercice".
L'intégralité de son ITW est visible ici :
http://paris-ile-de-france-centre.france3.fr/info/centre/Embuscade-d-Uzbin-:-le-père-d-un-soldat-s-exprime-58703545.html
(1) Carmin 3 est arrivé en QRF dans la vallée d'Uzbeen, pour tenter d'extraire Carmin 2. Après une contre-attaque et une reconquête du col, le fils de Bruno Besson a fait partie des cinq soldats qui ont trouvé et ramassé les corps de Carmin 2. Trois de ces cinq soldats "n'ont pas tenu le coup" rappelle-t-il.
Libellés :
Afghanistan,
armée de terre,
Com' opérationnelle,
media,
mort au combat,
parachutistes,
Uzbeen
mercredi 4 novembre 2009
L'armée répond à la judiciarisation
Devant le tour récent pris par les conséquences de l'embuscade d'Uzbeen, l'armée a -enfin- progressé dans sa communication sur l'embuscade, et sur la judiciarisation, qui figure en fond de tableau. Signe que le sujet est pris au sérieux, elle a envoyé sur le front médiatique le n°2 de la DICOD, le général Christian Baptiste. Ce général fut en son temps le porte-parole de deux CEMA (Kelche, Bentegeat) mais est aussi, aujourd'hui, un des rares généraux à être sorti du rang, même s'il n'en fait pas étalage. Si le général a parfois, dans sa défense de la communauté militaire, commis certains excès, promettant à quelques journalistes, dont votre serviteur, un avenir funeste, ce para d'origine -il a débuté au... 8e RPIMa- est un professionnel reconnu de la communication de crise et un connaisseur de l'armée dans ses moindres détails. Et je vous livre sa position, au titre du débat démocratique, même si je n'en partage pas tous les éléments.
Pour toutes ces raisons, son dialogue hier avec Thierry Guerrier s'adresse donc autant à l'opinion publique, qu'à la communauté militaire, qui voit majoritairement, avec effroi, l'irruption de cette judiciarisation croissante dans le champ opérationnel (1).
Et avec d'autant moins de compréhension que la plupart estiment qu'il n'y a pas eu faute à Uzbeen, même si personne ne semble plus ignorer les carences en série qui ont émaillé cette journée cruelle pour nos armées. Le général Baptiste l'a d'ailleurs redit hier : "s'il y avait eu faute, le CEMA aurait sanctionné et puni" a-t-il martelé, d'entrée de jeu. Mais, reconnait-il aussi, l'appréciation de la situation à Uzbeen n'a pas été bonne".
Une phrase qui vient peut être tardivement, et qui aurait peut-être suffi, prononcée plus tôt, à désamorcer le désarroi des familles, pour lesquelles l'armée n'avait manifestement pas trouvé à la fois les mots et le niveau d'information idoines. Une leçon qui, me semble-t-il, n'a d'ailleurs pas totalement été intégrée, quoi qu'on en dise.
En bref, l'absence d'instinct n'est pas un délit... pour autant que ce soit bien le seul sujet en cause.
(1) j'en prends pour preuve les réactions à notre sondage, et les courriers d'incompréhension de la plainte que certains d'entre vous m'ont transmis, tout en reconnaissant les travers rencontrés le 18 août.
Lien vers les 10 minutes d'interview, sur le site de France 5 :
http://www.france5.fr/c-a-dire/index-fr.php?page=emission&id_article=925
Et le teasing écrit de l'émission, que l'on peut trouver sur le site de France 5 :
C’est une première en France. Des familles de militaires français tués lors de l’embuscade d’Uzbin, le 18 août 2008, en Afghanistan, ont décidé de porter plainte contre X pour "mise en danger délibérée de la vie d’autrui". Elles considèrent que la chaîne de commandement dans cette opération a été défaillante. Pour le général Christian Baptiste, porte-parole du ministère de la Défense, "l’appréciation de la situation au regard des résultats" ce jour-là "n’a pas été bonne", mais "s’il y avait eu faute, le chef d’état-major des armées aurait sanctionné et aurait été puni. Il n’y a pas eu sanction". "Il faut savoir", déclare-t-il "que nos soldats, là-bas, ne font pas la guerre, mais ils rencontrent, de temps à autre, des épisodes de guerre extrêmement violents. Il faut savoir que là-bas, pour comprendre la situation, pour avoir une bonne perception, il faut avoir de l’information et du renseignement. C’est ce que, d’ailleurs, faisait cette patrouille, en allant chercher du renseignement. Pour avoir de l’information en Afghanistan, c’est quelque chose de très difficile, parce que l’insurgé est volatil, il est diffus, et il y a un problème de langue."
D’ailleurs concernant ce qui est dit sur l’interprète, "ce sont des rumeurs" et "ce n’est pas très digne pour sa mémoire". Car, "cet interprète, non seulement, n’a pas déserté, mais il a été au combat avec la section de tête et il a été tué pendant les combats", rappelle notre invité. Ensuite, "la zone d’Uzbin, jusqu’à l’embuscade, n’était pas une zone tellement risquée", ajoute-t-il. "C’était une zone qui était dangereuse, comme l’ensemble de l’Afghanistan, mais où la tactique des insurgés était plutôt du harcèlement par petits groupes." L’embuscade du 18 août 2008 à Uzbin "est une rupture du mode d’action de l’ennemi, qui, d’un seul coup, va concentrer ses forces pour pouvoir faire mal et attaquer. Dans ce genre de guerre, il faut être le moins surpris possible et surprendre le plus possible l’ennemi. Ce jour-là, la surprise tactique était du côté des talibans. Mais sur la durée, nous les surprenons beaucoup plus". Aujourd’hui, concernant la requête des parents des soldats tués, "il appartient aux juges de décider si cette plainte est recevable", mais poursuit le général Christian Baptiste, "derrière, il y a le problème de la ’judiciarisation’ de l’action au combat". Car, "pour le chef d’état-major des armées, qui est responsable des opérations devant le chef de l’Etat (...) c’est une question centrale et grave. Il réaffirme qu’il n’y pas et qu’il n’y a jamais eu d’immunité judicaire pour le soldat au combat, mais, lui, pose la question de savoir si le fait de soumettre à l’appréciation d’un juge les techniques et l’art militaire n’induit pas un risque très fort d’inhiber et de désincarner nos forces. Un risque de paralyser nos jeunes chefs au combat, ce qui rendrait le combat encore plus difficile. Parce que si à chaque fois que vous donnez un ordre, vous vous dites : ’Dans dix mois, douze mois, cela va passer au tamis d’un juge qui va essayer de juger mon appréciation de la situation’, cela amène de la paralysie et cela pourra, au final, rendre le combat plus dangereux". "Charles de Gaulle disait : ’Dans l’action au final, dans la guerre, tout n’est qu’intelligence et instinct’. Et bien, vous en avez un peu ou beaucoup, mais cela ne peut pas se punir. En revanche, ce qui peut se punir, c’est quand vous ne respectez pas un règlement, une loi, une règle d’engagement. Les règlements n’ont pas été transgressés. Après, c’est une histoire de feeling, de sentir la situation. Et un ennemi, quand il fait une rupture totale par rapport à son mode d’action, il vous surprend", conclut notre invité.
Pour toutes ces raisons, son dialogue hier avec Thierry Guerrier s'adresse donc autant à l'opinion publique, qu'à la communauté militaire, qui voit majoritairement, avec effroi, l'irruption de cette judiciarisation croissante dans le champ opérationnel (1).
Et avec d'autant moins de compréhension que la plupart estiment qu'il n'y a pas eu faute à Uzbeen, même si personne ne semble plus ignorer les carences en série qui ont émaillé cette journée cruelle pour nos armées. Le général Baptiste l'a d'ailleurs redit hier : "s'il y avait eu faute, le CEMA aurait sanctionné et puni" a-t-il martelé, d'entrée de jeu. Mais, reconnait-il aussi, l'appréciation de la situation à Uzbeen n'a pas été bonne".
Une phrase qui vient peut être tardivement, et qui aurait peut-être suffi, prononcée plus tôt, à désamorcer le désarroi des familles, pour lesquelles l'armée n'avait manifestement pas trouvé à la fois les mots et le niveau d'information idoines. Une leçon qui, me semble-t-il, n'a d'ailleurs pas totalement été intégrée, quoi qu'on en dise.
En bref, l'absence d'instinct n'est pas un délit... pour autant que ce soit bien le seul sujet en cause.
(1) j'en prends pour preuve les réactions à notre sondage, et les courriers d'incompréhension de la plainte que certains d'entre vous m'ont transmis, tout en reconnaissant les travers rencontrés le 18 août.
Lien vers les 10 minutes d'interview, sur le site de France 5 :
http://www.france5.fr/c-a-dire/index-fr.php?page=emission&id_article=925
Et le teasing écrit de l'émission, que l'on peut trouver sur le site de France 5 :
C’est une première en France. Des familles de militaires français tués lors de l’embuscade d’Uzbin, le 18 août 2008, en Afghanistan, ont décidé de porter plainte contre X pour "mise en danger délibérée de la vie d’autrui". Elles considèrent que la chaîne de commandement dans cette opération a été défaillante. Pour le général Christian Baptiste, porte-parole du ministère de la Défense, "l’appréciation de la situation au regard des résultats" ce jour-là "n’a pas été bonne", mais "s’il y avait eu faute, le chef d’état-major des armées aurait sanctionné et aurait été puni. Il n’y a pas eu sanction". "Il faut savoir", déclare-t-il "que nos soldats, là-bas, ne font pas la guerre, mais ils rencontrent, de temps à autre, des épisodes de guerre extrêmement violents. Il faut savoir que là-bas, pour comprendre la situation, pour avoir une bonne perception, il faut avoir de l’information et du renseignement. C’est ce que, d’ailleurs, faisait cette patrouille, en allant chercher du renseignement. Pour avoir de l’information en Afghanistan, c’est quelque chose de très difficile, parce que l’insurgé est volatil, il est diffus, et il y a un problème de langue."
D’ailleurs concernant ce qui est dit sur l’interprète, "ce sont des rumeurs" et "ce n’est pas très digne pour sa mémoire". Car, "cet interprète, non seulement, n’a pas déserté, mais il a été au combat avec la section de tête et il a été tué pendant les combats", rappelle notre invité. Ensuite, "la zone d’Uzbin, jusqu’à l’embuscade, n’était pas une zone tellement risquée", ajoute-t-il. "C’était une zone qui était dangereuse, comme l’ensemble de l’Afghanistan, mais où la tactique des insurgés était plutôt du harcèlement par petits groupes." L’embuscade du 18 août 2008 à Uzbin "est une rupture du mode d’action de l’ennemi, qui, d’un seul coup, va concentrer ses forces pour pouvoir faire mal et attaquer. Dans ce genre de guerre, il faut être le moins surpris possible et surprendre le plus possible l’ennemi. Ce jour-là, la surprise tactique était du côté des talibans. Mais sur la durée, nous les surprenons beaucoup plus". Aujourd’hui, concernant la requête des parents des soldats tués, "il appartient aux juges de décider si cette plainte est recevable", mais poursuit le général Christian Baptiste, "derrière, il y a le problème de la ’judiciarisation’ de l’action au combat". Car, "pour le chef d’état-major des armées, qui est responsable des opérations devant le chef de l’Etat (...) c’est une question centrale et grave. Il réaffirme qu’il n’y pas et qu’il n’y a jamais eu d’immunité judicaire pour le soldat au combat, mais, lui, pose la question de savoir si le fait de soumettre à l’appréciation d’un juge les techniques et l’art militaire n’induit pas un risque très fort d’inhiber et de désincarner nos forces. Un risque de paralyser nos jeunes chefs au combat, ce qui rendrait le combat encore plus difficile. Parce que si à chaque fois que vous donnez un ordre, vous vous dites : ’Dans dix mois, douze mois, cela va passer au tamis d’un juge qui va essayer de juger mon appréciation de la situation’, cela amène de la paralysie et cela pourra, au final, rendre le combat plus dangereux". "Charles de Gaulle disait : ’Dans l’action au final, dans la guerre, tout n’est qu’intelligence et instinct’. Et bien, vous en avez un peu ou beaucoup, mais cela ne peut pas se punir. En revanche, ce qui peut se punir, c’est quand vous ne respectez pas un règlement, une loi, une règle d’engagement. Les règlements n’ont pas été transgressés. Après, c’est une histoire de feeling, de sentir la situation. Et un ennemi, quand il fait une rupture totale par rapport à son mode d’action, il vous surprend", conclut notre invité.
Libellés :
armée de terre,
Com' opérationnelle,
EMA,
Uzbeen
mardi 3 novembre 2009
On cause résilience à la commission
Les lecteurs fidèles de ce blog comprendront d'eux-mêmes que je ne partage pas forcément les avis
Libellés :
Afghanistan,
armée de terre,
Com' opérationnelle,
parlement,
Uzbeen
vendredi 30 octobre 2009
Le mauvais procès contre les Caracal
Mis en pâture très tôt, les deux Caracal du DETHELICO de KAboul ont encore été replacés sous les feux de la rampe ces dernières 24 heures. Or c'est oublier que de longue date, ces moyens étaient réservés pour une mission de QRF au profit de la présidence afghane. Le RC-C était parfaitement au courant, puisque c'est lui qui placé ces moyens en astreinte, avec des points de recueil prévus à l'avance et sécurisés par des troupes françaises. La bascule était effectuée avec le RC-East, qui devait donc assurer la Medevac, dans le créneau considéré.
Les Caracal de l'armée de l'Air doivent assurer une astreinte renforcée pendant un créneau clé. Dès 16h20, les équipages envisagent de se reconfigurer sur une mission de personnal recovery au profit de l'Uzbeen, mais l'ordre ne viendra du RC-C qu'à 17h55. A 17 heures commence en effet le créneau ultrasensible pour le président afghan.
A 18h15, les deux Caracal déposent les premiers commandos parachutistes du CPA20. En, tout, 79 militaires, dont 12 commandos étrangers seront infiltrés dans la vallée. 3,3 tonnes de munitions, essentiellement de FAMAS et de mortiers seront également apportés. 23 blessés et les 10 morts français seront sortis de l'Uzbeen.
Les Américains, eux, n'ont jamais pu poser le moindre hélicoptère, après avoir reçu une volée de plomb. Le même qui guettait, à tout moment, les deux hélicotères de l'armée de l'Air.
Les Caracal de l'armée de l'Air doivent assurer une astreinte renforcée pendant un créneau clé. Dès 16h20, les équipages envisagent de se reconfigurer sur une mission de personnal recovery au profit de l'Uzbeen, mais l'ordre ne viendra du RC-C qu'à 17h55. A 17 heures commence en effet le créneau ultrasensible pour le président afghan.
A 18h15, les deux Caracal déposent les premiers commandos parachutistes du CPA20. En, tout, 79 militaires, dont 12 commandos étrangers seront infiltrés dans la vallée. 3,3 tonnes de munitions, essentiellement de FAMAS et de mortiers seront également apportés. 23 blessés et les 10 morts français seront sortis de l'Uzbeen.
Les Américains, eux, n'ont jamais pu poser le moindre hélicoptère, après avoir reçu une volée de plomb. Le même qui guettait, à tout moment, les deux hélicotères de l'armée de l'Air.
Contre les premiers contre-feux
Il n'y que 24 heures que deux familles de victimes de l'embuscade d'Uzbeen ont annoncé leur intention de porter plainte, et déjà, les langues de délient. Pas toujours pour de bon motifs -l'avancée vers la vérité, évidemment-. En tout état de cause, et alors que d'aucuns ironisent -à mon avis, un peu trop tôt, et avec un manque de décence- sur la possibilité de la plainte d'aller à son terme, il semble cependant évident que plusieurs points (1) peuvent et doivent faire l'objet d'investigations approfondies de la justice, puisque plusieurs versions subsistent sur plusieurs sujets, et pas des moindres.
. C'est le cas, par exemple, d'une reconnaissance par drone, proposée la veille par les Américains, et apparemment, refusée par les Français. Là aussi, plusieurs versions subsistent, sur celui, ceux, qui l'auraient refusée, et sur les motifs en jeu. D'aucuns disent même que cette proposition n'a même jamais été faite. A ma connaissance, le ministère n'a jamais souhaité répondre à ce point précis. Malgré les questions.
. la question lancinante des mortiers, leur non-utilisation, et le motif de cette dernière est aussi l'objet d'une importante controverse. Dès le mois de septembre, j'avais soulevé cette question, battue en brèche par plusieurs responsables du ministère. L'absence de percuteurs sur les 81 mm LL est une "rumeur" disait-on à l'époque. Leur transport, séparés des tubes, comme le prescrit apparemment l'habitude en France, leur oubli à la FOB, est aussi démenti. L'explication du silence des mortiers, pas incontestable, livrée alors, est que les combattants sont imbriqués et que les mortiers -comme les avions dit-on aussi- ne peuvent intervenir. Arguments en partie recevables, mais comment expliquer que quand les avions ont pu tirer, les mortiers ne l'ont pas fait ? Ils sont à portée de zones de tir des insurgés et un tir de mortier peut s'avérer, dans ce cas, plus précis, que celui d'avions de combat. Ne pas les utiliser, en tout cas, n'a pas pu faire reculer les insurgés. Qui disposaient déjà de tous les atouts, et eux, ne manquaient pas de munitions.
. la quantité exacte de munitions s'est vite avérée être un problème. A l'époque, et là aussi les témoignages varient, un fantassin emportait entre 4 et 6 chargeurs (2) pour FAMAS, et n'avaient pas de double dotation, contrairement à ce qui est désormais possible. Les balles utilisées pour le FAMAS ne sont pas compatibles avec les 5,56 utilisées par les M16 et M4 américains. Les Américains, qui voyageaient par contre enfouraillés comme des porte-avions n'ont pas manqué de munitions. Ils ont même donné des .50 pour les VAB, qui n'en n'avaient plus. L'imbrication des combattants ne semblant pas gêner le tir des 12,7 mm. Rappelons que les Caracal ont tranporté ce jour et cette nuit-là 3,3 tonnes de munitions. Entre autres.
. le niveau de qualification du JTAC américain. Dès le départ, le député Pierre Lellouche revient d'un premier déplacement en Afghanistan avec une information explosive : le JTAC, chargé de guider les appuis feux sol-sol et air-sol n'était pas en mesure de le faire car il était en formation. A Paris, on n'a jamais beaucoup voulu approfondir sur la qualité de cet ODA (forces spéciales US) et l'impact que cela aura eu sur la bataille, à ce moment-là. En tout état de cause, c'est un JTAC du 35e RAP qui prendra la main, en arrivant avec les renforts (et des percuteurs). C'est principalement à ce moment-là que les appuis vont commencer à parler.
Ces quatre sujets semblent suffisamment majeurs pour que la vérité, indiscutable, soit totalement faite. A la fois pour la mémoire des neuf morts du col, et pour leurs frères d'armes, qui ont lutté pour les assister.
. C'est le cas, par exemple, d'une reconnaissance par drone, proposée la veille par les Américains, et apparemment, refusée par les Français. Là aussi, plusieurs versions subsistent, sur celui, ceux, qui l'auraient refusée, et sur les motifs en jeu. D'aucuns disent même que cette proposition n'a même jamais été faite. A ma connaissance, le ministère n'a jamais souhaité répondre à ce point précis. Malgré les questions.
. la question lancinante des mortiers, leur non-utilisation, et le motif de cette dernière est aussi l'objet d'une importante controverse. Dès le mois de septembre, j'avais soulevé cette question, battue en brèche par plusieurs responsables du ministère. L'absence de percuteurs sur les 81 mm LL est une "rumeur" disait-on à l'époque. Leur transport, séparés des tubes, comme le prescrit apparemment l'habitude en France, leur oubli à la FOB, est aussi démenti. L'explication du silence des mortiers, pas incontestable, livrée alors, est que les combattants sont imbriqués et que les mortiers -comme les avions dit-on aussi- ne peuvent intervenir. Arguments en partie recevables, mais comment expliquer que quand les avions ont pu tirer, les mortiers ne l'ont pas fait ? Ils sont à portée de zones de tir des insurgés et un tir de mortier peut s'avérer, dans ce cas, plus précis, que celui d'avions de combat. Ne pas les utiliser, en tout cas, n'a pas pu faire reculer les insurgés. Qui disposaient déjà de tous les atouts, et eux, ne manquaient pas de munitions.
. la quantité exacte de munitions s'est vite avérée être un problème. A l'époque, et là aussi les témoignages varient, un fantassin emportait entre 4 et 6 chargeurs (2) pour FAMAS, et n'avaient pas de double dotation, contrairement à ce qui est désormais possible. Les balles utilisées pour le FAMAS ne sont pas compatibles avec les 5,56 utilisées par les M16 et M4 américains. Les Américains, qui voyageaient par contre enfouraillés comme des porte-avions n'ont pas manqué de munitions. Ils ont même donné des .50 pour les VAB, qui n'en n'avaient plus. L'imbrication des combattants ne semblant pas gêner le tir des 12,7 mm. Rappelons que les Caracal ont tranporté ce jour et cette nuit-là 3,3 tonnes de munitions. Entre autres.
. le niveau de qualification du JTAC américain. Dès le départ, le député Pierre Lellouche revient d'un premier déplacement en Afghanistan avec une information explosive : le JTAC, chargé de guider les appuis feux sol-sol et air-sol n'était pas en mesure de le faire car il était en formation. A Paris, on n'a jamais beaucoup voulu approfondir sur la qualité de cet ODA (forces spéciales US) et l'impact que cela aura eu sur la bataille, à ce moment-là. En tout état de cause, c'est un JTAC du 35e RAP qui prendra la main, en arrivant avec les renforts (et des percuteurs). C'est principalement à ce moment-là que les appuis vont commencer à parler.
Ces quatre sujets semblent suffisamment majeurs pour que la vérité, indiscutable, soit totalement faite. A la fois pour la mémoire des neuf morts du col, et pour leurs frères d'armes, qui ont lutté pour les assister.
(1) je laisse volontiers de côté l'absence, indiscutable, d'officiers d'un niveau en rapport avec l'importance de la colonne, ou le mystère régnant autour des interprètes. D'aucuns epxliquent l'omerta régnant sur Uzbeen par le fait que chacune des parties en présence détient des méchancetés au service de l'autre.
(2) même fin 2008, le problème n'avait pas été complètement réglé car si l'on ne manquait plus de cartouches, on manquait toujours de chargeurs.
jeudi 29 octobre 2009
Uzbeen : plainte contre X
Le Parisien le revèle ce matin : Me Gilbert Collard entend déposer plainte contre X, lundi prochain, afin de faire toute la vérité sur les responsabilités dans l'embuscade d'Uzbeen. Et particulièrement en ce qui concerne, on s'en doute, d'éventuelles responsabilités dans le chaîne de commandement. Puisque si l'on en croit plusieurs déclarations, notamment du CEMA, les auteurs de l'embuscade ont tous été tués par la suite.
Me Collard agit à la demande de la famille Le Pahun, qui avait perdu son fils, Julien, 20 ans, parachutiste au 8e RPIMa (1). Et de la famille de Rodolphe Penon (2e REP), dont la conduite héroïque d'infirmier est encore montrée en exemple.
Faute d'avoir sans doute eu les réponses à leurs questions, ces familles ont donc sorti le dernier recours : celui de la justice.
Très tôt, la famille Le Pahun avait fait part, avec grande dignité, de ses doutes sur les circonstances de la mort de neuf soldats dans le col d'Uzbeen.
L'instruction s'annonce difficile, le recours au secret-défense étant la première barrière, la plus évidente. Les opérations continuent, en Afghanistan, et on aura beau jeu de se réfugier derrière le secret-défense pour éviter de répondre aux questions précises.
De la même façon, tous les survivants ont été enjoints de ne plus s'exprimer sur le sujet. Il avait déjà été étonnant que quelques uns puissent le faire, à l'époque.
Pourtant, dès le départ, le plus haut niveau de l'Etat avait promis vérité et leçons tirées. Les deux familles ont bien tenu à préciser qu'elles ne visaient ni le chef des armées, ni le CEMA, ni l'armée, mais entendent donc obtenir la première.
Et ciblent bel et bien le niveau de responsabilité localisé en Afghanistan, à commencer, sans doute, par le général, qui avoua, à l'AFP, un "excès de confiance". Aveu courageux, à un tel niveau de responsabilité, mais qui risque bien de constituer une des premières brèches dans laquelles d'infiltera Me Collard, dont le mordant à la barre est bien connu.
Evidemment, une telle annonce génère plusieurs risques, pour l'armée. D'abord de voir d'autres familles rejoindre la procédure. Ensuite, de voir relancées, en fait lancées, des investigations réelles de la presse. Jusqu'alors, la vérité n'est pas vraiment sortie des anathèmes ou des contre-feux : pour avoir voulu trouver rapidement des explications, le rouleau compresseur médiatique est passé assez vite sur l'écheveau de responsabilités qu'entend démêler la plainte de Me Collard. Même autour du 18 août 2009, les rares sujets consacrés à l'embuscade étaient concentrés sur le règlement des carences de matériel (2), une façon d'évacuer toute autre forme de questionnement. On le voit, pourtant, des éléments s'affermissent : le livre de Frédéric Pons consacré au 8e RPIMa évoque justement les déficits qui fondent la future plainte : le mutisme incompréhensible des mortiers par exemple.
Le + du Mamouth :
Cette plainte constitue également une première puisque des militaires, vraisemblablement essentiellement des officiers, vont devoir s'expliquer sur les motivations de leurs décisions, de leurs absences, à la guerre. Certes, on avait bien vu un tel défilé pour l'affaire Mahé, par exemple. Mais à l'époque, le mort était ivoirien.
Expliquer des décisions à Paris, bien loin du contexte, risque aussi, évidemment, de ne pas jouer en la faveur de ceux qui les ont prises.
On peut s'attendre aussi à un niveau de médiatisation inédit, dans la mesure où, ce n'est plus un scoop, l'opinion publique est majoritairement opposée à l'engagement en Afghanistan.
Alors que le ministère prévoyait de plancher ce matin sur un fait divers -les affabulations concernant l'avion perdu au large des Comores cet été-, il va vraisemblablement se retrouver ce matin avec la foule des grands jours, au point presse hebdomadaire. L'embuscade d'Uzbeen avait été une source intaraissable d'articles rangés à la rubrique fait divers, il y a un an, mais faute d'avoir véritablement exploré la veine, elle sera désormais -aussi- à ranger au chapitre de la chronique judiciaire. De quoi creuser encore le fossé entre la société civile et la communauté militaire.
(1) rappel qui n'est pas inutile, Carmin 2 était rattaché au Batfra, armé à l'époque et pour quelques jours encore par le RMT. Le 3e RPIMa arriva 15 jours plus tard. Par conséquent, le chef de corps du 8e RPIMa, par ailleurs patron de la TF Tigre en Kapisa, n'avait aucun contrôle sur cette compagnie, qui avait été formée à l'origine, comme les trois autres, pour opérer au sein de la strategic reserve force (SRF) de l'OTAN, dans un format nettement plus riche.
(2) par l'arrivée du Caesar, du Tigre, etc. Rappelons également que le projet d'une mission d'information sur l'embuscade d'Uzbeen avait finalement été abandonné par la commission de défense de l'assemblée nationale.
Pour aller plus loin, les articles consacrés à l'embuscade, sur ce blog :
http://lemamouth.blogspot.com/search/label/Uzbeen
Me Collard agit à la demande de la famille Le Pahun, qui avait perdu son fils, Julien, 20 ans, parachutiste au 8e RPIMa (1). Et de la famille de Rodolphe Penon (2e REP), dont la conduite héroïque d'infirmier est encore montrée en exemple.
Faute d'avoir sans doute eu les réponses à leurs questions, ces familles ont donc sorti le dernier recours : celui de la justice.
Très tôt, la famille Le Pahun avait fait part, avec grande dignité, de ses doutes sur les circonstances de la mort de neuf soldats dans le col d'Uzbeen.
L'instruction s'annonce difficile, le recours au secret-défense étant la première barrière, la plus évidente. Les opérations continuent, en Afghanistan, et on aura beau jeu de se réfugier derrière le secret-défense pour éviter de répondre aux questions précises.
De la même façon, tous les survivants ont été enjoints de ne plus s'exprimer sur le sujet. Il avait déjà été étonnant que quelques uns puissent le faire, à l'époque.
Pourtant, dès le départ, le plus haut niveau de l'Etat avait promis vérité et leçons tirées. Les deux familles ont bien tenu à préciser qu'elles ne visaient ni le chef des armées, ni le CEMA, ni l'armée, mais entendent donc obtenir la première.
Et ciblent bel et bien le niveau de responsabilité localisé en Afghanistan, à commencer, sans doute, par le général, qui avoua, à l'AFP, un "excès de confiance". Aveu courageux, à un tel niveau de responsabilité, mais qui risque bien de constituer une des premières brèches dans laquelles d'infiltera Me Collard, dont le mordant à la barre est bien connu.
Evidemment, une telle annonce génère plusieurs risques, pour l'armée. D'abord de voir d'autres familles rejoindre la procédure. Ensuite, de voir relancées, en fait lancées, des investigations réelles de la presse. Jusqu'alors, la vérité n'est pas vraiment sortie des anathèmes ou des contre-feux : pour avoir voulu trouver rapidement des explications, le rouleau compresseur médiatique est passé assez vite sur l'écheveau de responsabilités qu'entend démêler la plainte de Me Collard. Même autour du 18 août 2009, les rares sujets consacrés à l'embuscade étaient concentrés sur le règlement des carences de matériel (2), une façon d'évacuer toute autre forme de questionnement. On le voit, pourtant, des éléments s'affermissent : le livre de Frédéric Pons consacré au 8e RPIMa évoque justement les déficits qui fondent la future plainte : le mutisme incompréhensible des mortiers par exemple.
Le + du Mamouth :
Cette plainte constitue également une première puisque des militaires, vraisemblablement essentiellement des officiers, vont devoir s'expliquer sur les motivations de leurs décisions, de leurs absences, à la guerre. Certes, on avait bien vu un tel défilé pour l'affaire Mahé, par exemple. Mais à l'époque, le mort était ivoirien.
Expliquer des décisions à Paris, bien loin du contexte, risque aussi, évidemment, de ne pas jouer en la faveur de ceux qui les ont prises.
On peut s'attendre aussi à un niveau de médiatisation inédit, dans la mesure où, ce n'est plus un scoop, l'opinion publique est majoritairement opposée à l'engagement en Afghanistan.
Alors que le ministère prévoyait de plancher ce matin sur un fait divers -les affabulations concernant l'avion perdu au large des Comores cet été-, il va vraisemblablement se retrouver ce matin avec la foule des grands jours, au point presse hebdomadaire. L'embuscade d'Uzbeen avait été une source intaraissable d'articles rangés à la rubrique fait divers, il y a un an, mais faute d'avoir véritablement exploré la veine, elle sera désormais -aussi- à ranger au chapitre de la chronique judiciaire. De quoi creuser encore le fossé entre la société civile et la communauté militaire.
(1) rappel qui n'est pas inutile, Carmin 2 était rattaché au Batfra, armé à l'époque et pour quelques jours encore par le RMT. Le 3e RPIMa arriva 15 jours plus tard. Par conséquent, le chef de corps du 8e RPIMa, par ailleurs patron de la TF Tigre en Kapisa, n'avait aucun contrôle sur cette compagnie, qui avait été formée à l'origine, comme les trois autres, pour opérer au sein de la strategic reserve force (SRF) de l'OTAN, dans un format nettement plus riche.
(2) par l'arrivée du Caesar, du Tigre, etc. Rappelons également que le projet d'une mission d'information sur l'embuscade d'Uzbeen avait finalement été abandonné par la commission de défense de l'assemblée nationale.
Pour aller plus loin, les articles consacrés à l'embuscade, sur ce blog :
http://lemamouth.blogspot.com/search/label/Uzbeen
mardi 18 août 2009
Il y a un an
Adjudant Sébastien Devez, 8e RPIMaSergent Damien Buil, 8e RPIMa
Sergent Nicolas Grégoire, 8e RPIMa
Caporal Kévin Chassaing, 8e RPIMa
Caporal Alexis Taani, 8e RPIMa
Caporal Anthony Rivière, 8e RPIMa
Caporal Damien Gillet, 8e RPIMa
Caporal Julien Le Pahun, 8e RPIMa
Sergent Rodolphe Penon, 2e REP
Caporal Mélam Baouma, RMT.
Tous morts en vallée d'Uzbeen les 18 et 19 août 2008.
Ce cadre, portant les portraits de neuf des dix morts d'Uzbeen figurait dans le bureau du colonel Jacques Aragones, commandant le GTIA Chimère, en Kapisa, en novembre 2008 (crédit JMT).
(Un officier parachutiste et internaute dont l'opinion m'éclaire souvent m'a expliqué un jour qu'il y avait trop d'infos sur ce blog, et qu'on y perd en général dans la masse l'information qui compte. Je ne lui donne pas raison sur le fond, mais exceptionnellement, il n'y aura pas d'autres posts sur ce blog, aujourd'hui).
Notre série sur l'embuscade d'Uzbeen et ses conséquences :
http://lemamouth.blogspot.com/search/label/Uzbeen
Sachez-le :
Le 2e RPIMa organise ce jour au Tampon (La Réunion) à 16h30 LOC une prise d'armes en mémoire des morts d'Uzbeen. Elle sera présidée par le général Jean-Marc Nebout, COMSUPFAZOI, et ancien COMBFST. Damien Buil avait passé deux ans au 2e RPIMa, et Anthony Rivière était originaire de l'île.
Libellés :
Afghanistan,
commémoration,
mort au combat,
parachutistes,
Uzbeen
dimanche 16 août 2009
"Si on se retire maintenant...
... tout ceci n'aura servi à rien. Pourtant, il ne faut pas non plus qu'il y ait encore plus de morts, faute de moyens (...) Un seul hélicoptère, cela ne sert à rien". Laurence, la mère du para Julien Le Pahun, mort le 18 août à Uzbeen parle au Parisien, dans une interview empreinte de dignité et de bon sens. Elle y annonce aussi qu'elle rejoint l'association Solidarité Défense, qui soutient les blessés, et dont ce blog vous a déjà parlé.
En éclairage de cette interview, le quotidien livre également une critique du livre de Frédéric Pons, dont il a recueuilli quelques mots évoquant Uzbeen : "il n'y a pas eu de reconnaissance préalable du col, pas de renseignements, pas d'appui de feu, même pas de commandement sur le terrain pour coordonner les cinq unités. Ils auraient pu être appuyés avec des mortiers ou des avions plus tôt. C'est du tir au lapin" conclut le journaliste de Valeurs Actuelles et officier de réserve.
En éclairage de cette interview, le quotidien livre également une critique du livre de Frédéric Pons, dont il a recueuilli quelques mots évoquant Uzbeen : "il n'y a pas eu de reconnaissance préalable du col, pas de renseignements, pas d'appui de feu, même pas de commandement sur le terrain pour coordonner les cinq unités. Ils auraient pu être appuyés avec des mortiers ou des avions plus tôt. C'est du tir au lapin" conclut le journaliste de Valeurs Actuelles et officier de réserve.
Libellés :
Afghanistan,
commémoration,
media,
parachutistes,
Uzbeen
vendredi 14 août 2009
Uzbeen, un an après : l'aérocombat, enfin
Avant le départ de la TF Chimère de Castres, le 20 mai 2008, Jean-Marie Bockel expliqua lors d'une conférence de presse à une question que je lui posai que nos paras pouvaient partir sans hélicoptères en Afghanistan, il y en avait suffisamment sur place, où nous opérions en coalition. Il suffit de relire le post d'hier pour mesurer qu'une coalition ne génère pas toujours les avantages attendus, notamment dans ce secteur-ci.
Quatre mois plus tard, le Premier ministre en personne annonçait d'ailleurs le renfort de deux Gazelle Viviane (portées à trois en décembre) et d'un Caracal, après le débat parlementaire généré par l'embuscade d'Uzbeen. A la fin du printemps 2009, c'est le président en personne qui a pris la décision d'envoyer trois Tigre (arrivés fin juilet), qui seront accompagnés de deux à trois Cougar du 5e RHC en octobre.
Un effort supplémentaire quasi-impossible
On le voit, en quelques mois, les hélicoptères ont pris une dimension qu'ils n'avaient pas jusqu'à maintenant dans les cercles décisionnels. C'est sans doute lié à leur coût intrinsèque, et à celui de leur emploi sur place, mais aussi, dans le cas du Tigre, à leurs capacités de destruction (que n'ont apparemment pas les Caesar, qui n'ont pas suivi un circuit décisionnel aussi complexe).
Il faut mesurer que ces déploiements s'accompagnent d'une véritable ingénierie logistique, pilotée par le CPCO, et exécutée par le centre multimodal des transports (CMT). A lui, par exemple, de trouver les Antonv pour envoyer en Afghanistan les 450 tonnes nécessaires au déploiement des trois Tigre : un travail à plein temps.
Mais même avec 12 hélicoptères engagés en Afghanistan à l'automne (1), on est encore loin de la petite vingtaine qui étaient mobilisés en Côte d'Ivoire sous Licorne (une opération purement nationale), et c'est à peine plus que la dizaine mise en oeuvre sous l'Eufor (une opération européenne dans laquelle la France était nation-cadre).
Mais il sera dificile de faire vraiment plus, particulièrement pour les hélicoptères de manoeuvre (HM). Le problème étant que les appareils pouvant décoller de Kaboul, ou franchir les cimes afghanes ne sont pas non plus légion. Il y a la flotte Caracal avec ses contingences (resco et opérations spéciales) et sa taille (14 appareils), réduite. Avec trois appareils déployés, on est pas loin du potentiel maximum opexable.
Dans l'attente des résultats du Tigre
C'est bien pour cela que l'on fait appel aussi aux Cougar. Eux ils sont plus nombreux, et appartiennent tous au même propriétaire, ce qui rend les choses plus faciles. Mais là aussi la flotte est réduite -23 appareils- et un bon tiers fait partie de la flotte réservée du 4e RHFS. Trois autres, au Gabon, constituent la réserve stratégique pour les coups durs. On le voit, là aussi, la marge de manoeuvre reste réduite.
Pas question d'envisager recourrir au Puma, qui reste la bête de somme de l'ALAT, avec un compte à rebours engagé pour le retrait des plus anciens (2), même si certains Puma, civils, opèrent en Afghanistan.
La problématique des HM reste et restera donc aigûe, même si une petite marge de manoeuvre se dessine pour l'automne. En mettant en vol les cinq à six HM disponibles (s'ils étaient tous en état de vol), on infilterait, selon les températures, les altitudes et la distance à franchir, une section et demi, voire deux. Un seul Chinook engloutit, lui, une section renforcée, même si, le temps de la débarquer ou de la rembarquer, il perd de précieuses minutes. Nos six HM, eux, le font en une poignée de secondes si la LZ est optimale.
On peut dire que la seule marge de progression en Afghanistan est constituée par le Tigre. Trois appareils opéxés, sur 20, c'est encore peu, et cela pourrait, le cas échéant, doubler, si le félin palois s'avère aussi convaincant que ses équipages le présupposent. D'aucuns imaginent même que six Tigre s'avèreraient plus utiles à nos propres forces que le même nombre de chasseurs, basés eux à Kandahar, jugés sans plus-value pour les forces françaises au sol (3).
Un argument qui résonne depuis un an. Je ne le partage pas tel qu'il est posé, mais il est là, et on a déjà vu des arguments plus mal posés devenir des réalités.
(1) Seulement, il faut aussi mesurer qu'avec quatre type d'hélicoptères différents, les flux logistiques, déjà notoirement complexes, vont encore se tendre. De plus, les populations de maintenanciers n'ont rien en commun, d'un appareil à l'autre donc aucune mutualisation n'est possible.
(2) Une quarantaine subsisteront avec une modernisation réduite à sa portion congrue.
(3) Preuve en est que la réduction de moitié du plot kandaharien a été très sérieusement étudiée. Evidemment, on imagine que l'ISAF n'aurait été ravie, pas plus qu'au Centcom, le général David Petraeus.
Quatre mois plus tard, le Premier ministre en personne annonçait d'ailleurs le renfort de deux Gazelle Viviane (portées à trois en décembre) et d'un Caracal, après le débat parlementaire généré par l'embuscade d'Uzbeen. A la fin du printemps 2009, c'est le président en personne qui a pris la décision d'envoyer trois Tigre (arrivés fin juilet), qui seront accompagnés de deux à trois Cougar du 5e RHC en octobre.
Un effort supplémentaire quasi-impossible
On le voit, en quelques mois, les hélicoptères ont pris une dimension qu'ils n'avaient pas jusqu'à maintenant dans les cercles décisionnels. C'est sans doute lié à leur coût intrinsèque, et à celui de leur emploi sur place, mais aussi, dans le cas du Tigre, à leurs capacités de destruction (que n'ont apparemment pas les Caesar, qui n'ont pas suivi un circuit décisionnel aussi complexe).
Il faut mesurer que ces déploiements s'accompagnent d'une véritable ingénierie logistique, pilotée par le CPCO, et exécutée par le centre multimodal des transports (CMT). A lui, par exemple, de trouver les Antonv pour envoyer en Afghanistan les 450 tonnes nécessaires au déploiement des trois Tigre : un travail à plein temps.
Mais même avec 12 hélicoptères engagés en Afghanistan à l'automne (1), on est encore loin de la petite vingtaine qui étaient mobilisés en Côte d'Ivoire sous Licorne (une opération purement nationale), et c'est à peine plus que la dizaine mise en oeuvre sous l'Eufor (une opération européenne dans laquelle la France était nation-cadre).
Mais il sera dificile de faire vraiment plus, particulièrement pour les hélicoptères de manoeuvre (HM). Le problème étant que les appareils pouvant décoller de Kaboul, ou franchir les cimes afghanes ne sont pas non plus légion. Il y a la flotte Caracal avec ses contingences (resco et opérations spéciales) et sa taille (14 appareils), réduite. Avec trois appareils déployés, on est pas loin du potentiel maximum opexable.
Dans l'attente des résultats du Tigre
C'est bien pour cela que l'on fait appel aussi aux Cougar. Eux ils sont plus nombreux, et appartiennent tous au même propriétaire, ce qui rend les choses plus faciles. Mais là aussi la flotte est réduite -23 appareils- et un bon tiers fait partie de la flotte réservée du 4e RHFS. Trois autres, au Gabon, constituent la réserve stratégique pour les coups durs. On le voit, là aussi, la marge de manoeuvre reste réduite.
Pas question d'envisager recourrir au Puma, qui reste la bête de somme de l'ALAT, avec un compte à rebours engagé pour le retrait des plus anciens (2), même si certains Puma, civils, opèrent en Afghanistan.
La problématique des HM reste et restera donc aigûe, même si une petite marge de manoeuvre se dessine pour l'automne. En mettant en vol les cinq à six HM disponibles (s'ils étaient tous en état de vol), on infilterait, selon les températures, les altitudes et la distance à franchir, une section et demi, voire deux. Un seul Chinook engloutit, lui, une section renforcée, même si, le temps de la débarquer ou de la rembarquer, il perd de précieuses minutes. Nos six HM, eux, le font en une poignée de secondes si la LZ est optimale.
On peut dire que la seule marge de progression en Afghanistan est constituée par le Tigre. Trois appareils opéxés, sur 20, c'est encore peu, et cela pourrait, le cas échéant, doubler, si le félin palois s'avère aussi convaincant que ses équipages le présupposent. D'aucuns imaginent même que six Tigre s'avèreraient plus utiles à nos propres forces que le même nombre de chasseurs, basés eux à Kandahar, jugés sans plus-value pour les forces françaises au sol (3).
Un argument qui résonne depuis un an. Je ne le partage pas tel qu'il est posé, mais il est là, et on a déjà vu des arguments plus mal posés devenir des réalités.
(1) Seulement, il faut aussi mesurer qu'avec quatre type d'hélicoptères différents, les flux logistiques, déjà notoirement complexes, vont encore se tendre. De plus, les populations de maintenanciers n'ont rien en commun, d'un appareil à l'autre donc aucune mutualisation n'est possible.
(2) Une quarantaine subsisteront avec une modernisation réduite à sa portion congrue.
(3) Preuve en est que la réduction de moitié du plot kandaharien a été très sérieusement étudiée. Evidemment, on imagine que l'ISAF n'aurait été ravie, pas plus qu'au Centcom, le général David Petraeus.
Libellés :
aéromobilité,
Afghanistan,
armée de l'Air,
Uzbeen
jeudi 13 août 2009
Retex d'Uzbeen (3e partie) : très chère coalition
L'embuscade du 18 août met à mal bien des aspects des opérations en coalition, tout en permettant d'en bénéficier de quelques avantages. Je ne reviendrai pas sur le premier, celui de pouvoir bénéficier d'un vol de Predator. Car dans la longue liste des atouts de cette coalition-là, on trouve les appuis aériens. Ce jour-là, les Mirage 2000D de Nancy doivent ronger leur frein à Kandahar, sans pouvoir aller secourrir leur camarades de l'armée de Terre : entre autres limitations, ils ne possèdent pas de canon interne (les SEM en ont, mais avec une faible quantité d'obus), et à Uzbeen, la GBU-12, même bien ciblée, n'avait pas forcément sa place. A la place, les avions de Bagram s'en chargent et l'USAF sort la crème de ses moyens : F-15, A-10 (construit autour de son celèbre canon multitubes "Avenger"), AC130, Predator (dans une série de créneaux...) vont survoler la vallée, et delivrer leur feux, une fois qu'on aura trouvé un JTAC pour le permettre. Et que la situation aéroterrestre, évidemment, sera totalement déconflictée (1).
On les oublie aussi souvent, une belle quantité de commandos de la TF51 sont aussi venus en QRF secourir les Français. Mais leur pays d'origine n'a pas à faire de choix, il peut donc aligner des FS qui auront donc été bien utiles.
Cà, c'est pour les bons côtés. Ils ont forcément leur pendant de désagréments. Le premier d'entre eux est peut-être ce commandement tournant qui échoit par roulement aux Turcs, Italiens et Français dans le RC-C. C'est un euphémisme de dire que chacun a ses standards opérationnels, et un autre de dire que les Italiens n'ont pas déployé une forte activité de patrouille en Surobi, après y avoir perdu leur premier homme. Récupérant ce district avec le commandement du RC-C, les Français récupèrent donc à l'été 2008 une zone sur laquelle on ne sait quasiment rien, si ce n'est que des insurgés y opèrent. C'est plutôt maigre.
Le seul souvenir du passage des Italiens à Tora, ce sont des inscriptions sur les murs.
Autre désagrément, les troupes du RC-C opèrent dans leur zone, en faisant appel parfois à des moyens aériens venant du RC-E, voisin, sous commandement américains. Les Américains sont des gens généreux, mais à qui il faut logiquement expliquer avant d'obtenir des moyens réservés, pour une opération. Donc parfois, on ne demande pas, pour ne pas avoir à s'expliquer. Autre problème, certains moyens sont porteurs de caveats, donc des hélicoptères, allemands par exemple, n'auraient pas pu être réquisitionnés par l'ISAF s'ils avaient été à proximité (ce qui n'était pas le cas) le 18 août.
Enfin, on le voit avec l'épisode des hélicoptères, les niveaux d'entraînement sont très différents d'une force aérienne à l'autre. La première tentative des Américains avortée (un Dustoff escorté d'un HH60H), il n'y en aura pas de deuxième. Et la nuit tombée, tous les chats sont gris : plus aucun hélicoptère allié ne vole en Afghanistan, à l'exception, dit-on, des forces spéciales. Il n'y a plus que deux hélicoptères -les deux Caracal français- en état de prendre l'air dans tout l'Afghanistan, où on compte alors une centaine d'hélicoptères de maneuvre. Même à Bagram qui en regroupe une bonne partie, impossible d'en trouver. Des arguments un peu difficiles à avaler.
Mais qui s'expliquent. Les pilotes du "Pyrénées" sont formés au pilotage de nuit dans des conditions très sévères, car c'est le milieu naturel de la mission resco, pour laquelle il se sont entraînés des années, et qui demeure aujourd'hui leur tasking n°1. Même pour les plus jeunes. Les pilotes US, eux, sont très jeunes dans le siège baquet, et disposent d'une expérience moindre en matière de pilotage sous JVN.
La "coalition", qui devait compenser le fait que nous ne déployions pas beaucoup d'hélicoptères, a failli, sur ce point précis. Seulement parce que la nuit était tombée (2).
(1) Ce jour-là, le système Scarabée aurait permis à tout le monde d'opérer un peu plus vite dans la compréhension de la situation, au sol puisque ce système développé par le CPA10 et l'équipe de marque Mirage 2000 du CEAM a mis au point un outil de transmission de situation tactique. On peut ainsi rensiengner des cartes, des photos, et les échanger avec un radio tacsat, tout en pouvant également échanger des sortes de SMS.
(2) quelques semaines apès Uzbeen, le général américain commandant le RC-E pesta contre ses équipages car un de ses déplacements avaient été annulés pour raisons météorologiques. Alors qu'on le lui apprenait, le général apprenait aussi que les Caracal étaient en vol..
On les oublie aussi souvent, une belle quantité de commandos de la TF51 sont aussi venus en QRF secourir les Français. Mais leur pays d'origine n'a pas à faire de choix, il peut donc aligner des FS qui auront donc été bien utiles.
Cà, c'est pour les bons côtés. Ils ont forcément leur pendant de désagréments. Le premier d'entre eux est peut-être ce commandement tournant qui échoit par roulement aux Turcs, Italiens et Français dans le RC-C. C'est un euphémisme de dire que chacun a ses standards opérationnels, et un autre de dire que les Italiens n'ont pas déployé une forte activité de patrouille en Surobi, après y avoir perdu leur premier homme. Récupérant ce district avec le commandement du RC-C, les Français récupèrent donc à l'été 2008 une zone sur laquelle on ne sait quasiment rien, si ce n'est que des insurgés y opèrent. C'est plutôt maigre.
Le seul souvenir du passage des Italiens à Tora, ce sont des inscriptions sur les murs.
Autre désagrément, les troupes du RC-C opèrent dans leur zone, en faisant appel parfois à des moyens aériens venant du RC-E, voisin, sous commandement américains. Les Américains sont des gens généreux, mais à qui il faut logiquement expliquer avant d'obtenir des moyens réservés, pour une opération. Donc parfois, on ne demande pas, pour ne pas avoir à s'expliquer. Autre problème, certains moyens sont porteurs de caveats, donc des hélicoptères, allemands par exemple, n'auraient pas pu être réquisitionnés par l'ISAF s'ils avaient été à proximité (ce qui n'était pas le cas) le 18 août.
Enfin, on le voit avec l'épisode des hélicoptères, les niveaux d'entraînement sont très différents d'une force aérienne à l'autre. La première tentative des Américains avortée (un Dustoff escorté d'un HH60H), il n'y en aura pas de deuxième. Et la nuit tombée, tous les chats sont gris : plus aucun hélicoptère allié ne vole en Afghanistan, à l'exception, dit-on, des forces spéciales. Il n'y a plus que deux hélicoptères -les deux Caracal français- en état de prendre l'air dans tout l'Afghanistan, où on compte alors une centaine d'hélicoptères de maneuvre. Même à Bagram qui en regroupe une bonne partie, impossible d'en trouver. Des arguments un peu difficiles à avaler.
Mais qui s'expliquent. Les pilotes du "Pyrénées" sont formés au pilotage de nuit dans des conditions très sévères, car c'est le milieu naturel de la mission resco, pour laquelle il se sont entraînés des années, et qui demeure aujourd'hui leur tasking n°1. Même pour les plus jeunes. Les pilotes US, eux, sont très jeunes dans le siège baquet, et disposent d'une expérience moindre en matière de pilotage sous JVN.
La "coalition", qui devait compenser le fait que nous ne déployions pas beaucoup d'hélicoptères, a failli, sur ce point précis. Seulement parce que la nuit était tombée (2).
(1) Ce jour-là, le système Scarabée aurait permis à tout le monde d'opérer un peu plus vite dans la compréhension de la situation, au sol puisque ce système développé par le CPA10 et l'équipe de marque Mirage 2000 du CEAM a mis au point un outil de transmission de situation tactique. On peut ainsi rensiengner des cartes, des photos, et les échanger avec un radio tacsat, tout en pouvant également échanger des sortes de SMS.
(2) quelques semaines apès Uzbeen, le général américain commandant le RC-E pesta contre ses équipages car un de ses déplacements avaient été annulés pour raisons météorologiques. Alors qu'on le lui apprenait, le général apprenait aussi que les Caracal étaient en vol..
Libellés :
Afghanistan,
armée de l'Air,
armée de terre,
USA,
Uzbeen
mercredi 12 août 2009
Ce qu'Uzbeen à changé (suite)
Tout le monde sur le pont en même temps
Avant Uzbeen, on pouvait envisager, au Batfra, mener une patrouille d'une vingtaine de véhicules, sans mobiliser le moindre appui, dans une vallée (presque) inconnue. Après Uzbeen, tout change. Il ne reste plus que des opérations de grande ampleur, avec une importante planification, fondée sur un renseignement multispectre. Pour concentrer les efforts, ces opérations comportent tous les volets tactiques en même temps, du contrôle de zone à la CIMIC (action civilo-militaire), en passant par la MEDCAP (actions médicales au profit de la population) et l'incontournable shoura (assemblée), que le 3e RPIMa va systématiser, avec succès. Tout cela après avoir pris les hauts, s'il y en a. Et avoir réservé les nécessaires appuis aériens.
Des appuis enrichis et diversifiés
Dans le dernier Béret Rouge, les paras du 3e RPIMa expliquent justement le processus, long, parfois lourd, mais redoutablement efficace que génère "l'Air Assault" à l'américaine. L'aéromobilité est le seul moyen simple de la surprise tactique des éléments terrestres, en Afghanistan : il n'y en a tout simplement pas d'autre, et dans le cadre afghan, cela n'est possible qu'avec des hélicoptères (toujours rares) ou des largages parachutistes (curieusement pas utilisés, peut-être le jour où les hélicoptères ne voleront plus...).
Uzbeen va aussi renforcer le catalogue du Batfra, qui devient alors un GTIA avec tous ses appuis au complet. Ce que, depuis un mois, alors, la TF "Chimère", en Kapisa, a pu générer avec les Américains, grâce à une intégration très forte. Les Power point des actions du Batfra vont voir apparaître des appuis artillerie (Mo 120) et rens (drones SDTI) pour le versant national, et des hélicoptères et chasseurs... américains pour le volet appui feu et transport. Un commandant de GTIA dispose désormais d'un catalogue de capteurs et d'effecteurs réservé jusqu'alors réservé au niveau supérieur.
Les munes
Avant Uzbeen, on n'emportait que les munitions prévues par les consignes, les stocks, et... la guerre que l'on avait en face de soi. L'embuscade, qui dure plusieurs heures, sans ravitaillement possible, les chargeurs emportés par les paras, quel qu'ait été leur nombre -les témoignages divergent- ont vite jonché le sol. Les munitions ont-elles manqué ? Evidemment ! Rien que par le ciel, on en charriera 3,3 tonnes, sans compter, évidemment, ce qu'on amène par la route. Et ce que les Américains de la colonne ont donné à leurs frères d'armes : des caisses de .50, pour les 12,7 mm, le... seul calibre qui était compatible entre les deux forces. Après Uzbeen, le fantassin peut théoriquement emporter toutes les munes qu'il souhaite, enfin qu'il peut porter. La difficulté rester de trouver des chargeurs, qui eux, restent toujours aussi rares. Le fabriquant d'équipement qui en aurait vendu, à l'automne 2008, aurait fait fortune. Corollaire de cet enseignement, la double dotation est officiellement décrétée, au printemps. Pour cela, on récupère des PAMASG1 dont les gendarmes ne voulaient plus, et des hoslters, que l'on achète en crash programs. La double dotation, à l'origine développée par les forces spéciales, était déjà pratiquée, en Afghanistan, au sein des OMLT infanterie.
Le JTAC, incontournable
Ce jour-là, on prend aussi conscience de la nécessité d'avoir une capacité de guidage des appuis, incarnée notamment, en Afghanistan, par le JTAC, qu'on aurait pu appeler Jupiter, car lui seul peut déclencher la foudre de l'appui-feu. Le JTAC américain d'Uzbeen n'était pas en mesure de le faire, car il était en formation : c'est le député Pierre Lellouche qui l'avait révélé, dès l'automne. Le 18 août 2008, au moins deux JTAC français différents, qualifiés, auraient pu accompagner la colonne.
Depuis cet été, l'armée de Terre refond sa filière de ciblage, qui doit précisément amener à renforcer le nombre de spécialistes de la gestion des appuis. Cette refonte, fondée sur des détachement de liaison, d'observation et de coordination (DLOC) doit combler une vieille lacune, et la réforme était engagée avant Uzbeen. Qui l'a sans doute accélérée. Les premiers membres des DLOC étaient en mai-juin au Luc pour se former au guidage des hélicoptères d'appui-feu, notamment du Tigre.
Uzbeen, on le voit a profondément modifié les couches de l'action, en Afghanistan. Révolutionnant parfois, mais en fait, renouvelant surtout les modes opératoires, et accélérant l'envoi de capacités qui auraient pu être injectées plus tôt.
Les exemples ne manquent pas, tous n'ont pas vocation à se trouver sur internet.
Dès 2003, des reconnaissances avaient été effectuées à Kaboul pour déployer les drones SDTI. Ils ne sont arrivés finalement qu'en octobre 2008, un mois et demi après Uzbeen.
Dès décembre 2006, l'envoi d'un 3e Caracal avait été envisagé dans les mois suivants (on réceptionnait alors les 5e et 6e Caracal Air) car c'était la garantie absolue de pouvoir en déployer deux à tout moment. Par chance, le dieu des choumacs était de sortie le 18 août 2008, permettant aux deux seuls hélicoptères capables de voler de nuit de le faire. Le 3e Caracal est arrivé, en octobre, moins de deux mois plus tard.
Dès 2007, le minidrone DRAC aurait dû être déclaré bon pour le service. Il n'est toujours pas déployé en Afghanistan.
(A SUIVRE.)
Avant Uzbeen, on pouvait envisager, au Batfra, mener une patrouille d'une vingtaine de véhicules, sans mobiliser le moindre appui, dans une vallée (presque) inconnue. Après Uzbeen, tout change. Il ne reste plus que des opérations de grande ampleur, avec une importante planification, fondée sur un renseignement multispectre. Pour concentrer les efforts, ces opérations comportent tous les volets tactiques en même temps, du contrôle de zone à la CIMIC (action civilo-militaire), en passant par la MEDCAP (actions médicales au profit de la population) et l'incontournable shoura (assemblée), que le 3e RPIMa va systématiser, avec succès. Tout cela après avoir pris les hauts, s'il y en a. Et avoir réservé les nécessaires appuis aériens.
Des appuis enrichis et diversifiés
Dans le dernier Béret Rouge, les paras du 3e RPIMa expliquent justement le processus, long, parfois lourd, mais redoutablement efficace que génère "l'Air Assault" à l'américaine. L'aéromobilité est le seul moyen simple de la surprise tactique des éléments terrestres, en Afghanistan : il n'y en a tout simplement pas d'autre, et dans le cadre afghan, cela n'est possible qu'avec des hélicoptères (toujours rares) ou des largages parachutistes (curieusement pas utilisés, peut-être le jour où les hélicoptères ne voleront plus...).
Uzbeen va aussi renforcer le catalogue du Batfra, qui devient alors un GTIA avec tous ses appuis au complet. Ce que, depuis un mois, alors, la TF "Chimère", en Kapisa, a pu générer avec les Américains, grâce à une intégration très forte. Les Power point des actions du Batfra vont voir apparaître des appuis artillerie (Mo 120) et rens (drones SDTI) pour le versant national, et des hélicoptères et chasseurs... américains pour le volet appui feu et transport. Un commandant de GTIA dispose désormais d'un catalogue de capteurs et d'effecteurs réservé jusqu'alors réservé au niveau supérieur.
Les munes
Avant Uzbeen, on n'emportait que les munitions prévues par les consignes, les stocks, et... la guerre que l'on avait en face de soi. L'embuscade, qui dure plusieurs heures, sans ravitaillement possible, les chargeurs emportés par les paras, quel qu'ait été leur nombre -les témoignages divergent- ont vite jonché le sol. Les munitions ont-elles manqué ? Evidemment ! Rien que par le ciel, on en charriera 3,3 tonnes, sans compter, évidemment, ce qu'on amène par la route. Et ce que les Américains de la colonne ont donné à leurs frères d'armes : des caisses de .50, pour les 12,7 mm, le... seul calibre qui était compatible entre les deux forces. Après Uzbeen, le fantassin peut théoriquement emporter toutes les munes qu'il souhaite, enfin qu'il peut porter. La difficulté rester de trouver des chargeurs, qui eux, restent toujours aussi rares. Le fabriquant d'équipement qui en aurait vendu, à l'automne 2008, aurait fait fortune. Corollaire de cet enseignement, la double dotation est officiellement décrétée, au printemps. Pour cela, on récupère des PAMASG1 dont les gendarmes ne voulaient plus, et des hoslters, que l'on achète en crash programs. La double dotation, à l'origine développée par les forces spéciales, était déjà pratiquée, en Afghanistan, au sein des OMLT infanterie.
Le JTAC, incontournable
Ce jour-là, on prend aussi conscience de la nécessité d'avoir une capacité de guidage des appuis, incarnée notamment, en Afghanistan, par le JTAC, qu'on aurait pu appeler Jupiter, car lui seul peut déclencher la foudre de l'appui-feu. Le JTAC américain d'Uzbeen n'était pas en mesure de le faire, car il était en formation : c'est le député Pierre Lellouche qui l'avait révélé, dès l'automne. Le 18 août 2008, au moins deux JTAC français différents, qualifiés, auraient pu accompagner la colonne.
Depuis cet été, l'armée de Terre refond sa filière de ciblage, qui doit précisément amener à renforcer le nombre de spécialistes de la gestion des appuis. Cette refonte, fondée sur des détachement de liaison, d'observation et de coordination (DLOC) doit combler une vieille lacune, et la réforme était engagée avant Uzbeen. Qui l'a sans doute accélérée. Les premiers membres des DLOC étaient en mai-juin au Luc pour se former au guidage des hélicoptères d'appui-feu, notamment du Tigre.
Uzbeen, on le voit a profondément modifié les couches de l'action, en Afghanistan. Révolutionnant parfois, mais en fait, renouvelant surtout les modes opératoires, et accélérant l'envoi de capacités qui auraient pu être injectées plus tôt.
Les exemples ne manquent pas, tous n'ont pas vocation à se trouver sur internet.
Dès 2003, des reconnaissances avaient été effectuées à Kaboul pour déployer les drones SDTI. Ils ne sont arrivés finalement qu'en octobre 2008, un mois et demi après Uzbeen.
Dès décembre 2006, l'envoi d'un 3e Caracal avait été envisagé dans les mois suivants (on réceptionnait alors les 5e et 6e Caracal Air) car c'était la garantie absolue de pouvoir en déployer deux à tout moment. Par chance, le dieu des choumacs était de sortie le 18 août 2008, permettant aux deux seuls hélicoptères capables de voler de nuit de le faire. Le 3e Caracal est arrivé, en octobre, moins de deux mois plus tard.
Dès 2007, le minidrone DRAC aurait dû être déclaré bon pour le service. Il n'est toujours pas déployé en Afghanistan.
(A SUIVRE.)
Libellés :
Afghanistan,
armée de terre,
mort au combat,
Uzbeen
mardi 11 août 2009
Les retex d'Uzbeen (1ère partie)
Le premier retex d'Uzbeen est d'ordre médical. Depuis longtemps, sans doute le Liban, l'armée française n'a pas eu en un seul évènement générant autant de morts (1), mais sans doute aussi, autant de blessés d'un coup : une vingtaine, la plupart polycriblés. Dans l'attente des secours, les paras se soignent comme ils peuvent, avec leur trousse individuelle, livrée quelques semaines auparavant. A l'intérieur, pansement compressif, morphine : tous les soldats ont été formés à s'en servir, avant de quitter Castres. Il faut tenir, leur auxsan, le Clc Penon, a été tué en portant secours aux blessés.
Dans Sper Kundaÿ, comme le montre une photo parue (sans mention d'heure) dans le dernier Paris-Match, on met en place un secteur de première urgence, à "l'abri" des VAB (2).
Pendant ce temps, ce qu'on a vite oublié, un deuxième plot travaille : c'est celui constitué par les commandos parachutistes de l'Air -trois d'entre eux sont auxiliaires sanitaires- et le médecin du DETHELICO (appartenant à une base aérienne métropolitaine). Les deux Caracals du "Pyrénées" les ont déposés à leur première rotation, vers 18 heures, et ils vont s'avérer très utiles, autant que les renforts terrestres qui eux aussi commencent à arriver, vers cette heure-là. Un premier hélicoptère Medevac américain venu de Bagram, Dustoff 31, a préféré tourner bride après avoir été reçu, avec son escorte, par une volée de plomb. Le plomb est toujours là: dans la nuit naissante, la vallée d'Uzbeen illuminée de traçantes, ressemble à la "guerre des étoiles", mais les Caracal n'en ont cure, se camouflant dans les crêtes, comme les jeunes pilotes l'apprennent, en France, dans des séances dans les Pyrénées.
Les Caracal vont évacuer tous les blessés français, et même des blessés afghans, sur l'hôpital rôle 2 de Kaboul, exploité par le service de santé (SSA) français. Au matin, exténués, les équipages mettent un point d'honneur a aussi évacuer tous les morts français. Les équipages portent eux-mêmes les dépouilles.
En France, le SSA est déjà prêt à accueillir les survivants. Il active la chaîne d'évacuation d'urgence, dont le vecteur est fondé sur un C-135 de la 93e ERV appartenant aux forces aériennes stratégiques (FAS) doté d'un kit Morphée. Onze blessés, les plus touchés, seront ainsi évacués dans des conditions médicales parfaites, sans rupture. Des fourgons de la BSPP, pompiers militaires, attendent les blessés pour les transférer dans les hôpitaux militaires de la région parisienne.
Médicalement, il aurait été difficile de faire mieux. A ma connaissance, aucun des acteurs décrit dans ce post n'a reçu la moindre médaille ou citation pour le travail accompli.
(1) neufs paras sont morts à Sper Kundaÿ : 8 du 8e RPIMa, et leur auxsan, le Clc Penon, du 2e REP. Un marsouin du RMT sera tué dans la chute de son VAB quelques heures plus tard. Dans des conditions différentes, 9 Français avaient été tués dans le bombardement de Bouaké (Côte d'Ivoire) et 38 autres blessés, le 6 novembre 2004.
(2) si l'on considère ce qui est arrivé à certains d'entre eux, l'abri est tout relatif. Ce poste de secours pour le moins tactique est alors armé par des effectifs médicaux de la 11e BP, qui vont se charger du triage et des premiers soins. Le médecin qui oeuvrera pendant plusieurs heures ici a été récemment décoré, dans son régiment.
DEMAIN : LA SUITE
Dans Sper Kundaÿ, comme le montre une photo parue (sans mention d'heure) dans le dernier Paris-Match, on met en place un secteur de première urgence, à "l'abri" des VAB (2).
Pendant ce temps, ce qu'on a vite oublié, un deuxième plot travaille : c'est celui constitué par les commandos parachutistes de l'Air -trois d'entre eux sont auxiliaires sanitaires- et le médecin du DETHELICO (appartenant à une base aérienne métropolitaine). Les deux Caracals du "Pyrénées" les ont déposés à leur première rotation, vers 18 heures, et ils vont s'avérer très utiles, autant que les renforts terrestres qui eux aussi commencent à arriver, vers cette heure-là. Un premier hélicoptère Medevac américain venu de Bagram, Dustoff 31, a préféré tourner bride après avoir été reçu, avec son escorte, par une volée de plomb. Le plomb est toujours là: dans la nuit naissante, la vallée d'Uzbeen illuminée de traçantes, ressemble à la "guerre des étoiles", mais les Caracal n'en ont cure, se camouflant dans les crêtes, comme les jeunes pilotes l'apprennent, en France, dans des séances dans les Pyrénées.
Les Caracal vont évacuer tous les blessés français, et même des blessés afghans, sur l'hôpital rôle 2 de Kaboul, exploité par le service de santé (SSA) français. Au matin, exténués, les équipages mettent un point d'honneur a aussi évacuer tous les morts français. Les équipages portent eux-mêmes les dépouilles.
En France, le SSA est déjà prêt à accueillir les survivants. Il active la chaîne d'évacuation d'urgence, dont le vecteur est fondé sur un C-135 de la 93e ERV appartenant aux forces aériennes stratégiques (FAS) doté d'un kit Morphée. Onze blessés, les plus touchés, seront ainsi évacués dans des conditions médicales parfaites, sans rupture. Des fourgons de la BSPP, pompiers militaires, attendent les blessés pour les transférer dans les hôpitaux militaires de la région parisienne.
Médicalement, il aurait été difficile de faire mieux. A ma connaissance, aucun des acteurs décrit dans ce post n'a reçu la moindre médaille ou citation pour le travail accompli.
(1) neufs paras sont morts à Sper Kundaÿ : 8 du 8e RPIMa, et leur auxsan, le Clc Penon, du 2e REP. Un marsouin du RMT sera tué dans la chute de son VAB quelques heures plus tard. Dans des conditions différentes, 9 Français avaient été tués dans le bombardement de Bouaké (Côte d'Ivoire) et 38 autres blessés, le 6 novembre 2004.
(2) si l'on considère ce qui est arrivé à certains d'entre eux, l'abri est tout relatif. Ce poste de secours pour le moins tactique est alors armé par des effectifs médicaux de la 11e BP, qui vont se charger du triage et des premiers soins. Le médecin qui oeuvrera pendant plusieurs heures ici a été récemment décoré, dans son régiment.
DEMAIN : LA SUITE
Libellés :
Afghanistan,
armée de l'Air,
armée de terre,
santé,
Uzbeen
samedi 8 août 2009
Un récit d'Uzbeen
Voilà le premier d'une longue série, à l'approche du premier anniversaire de l'embuscade d'Uzbeen. C'est Match, qui a sans doute eu le nez fin, qui tire le premier, avec une interview de... Frédéric Pons. L'ancien officier du 8e RPIMa, aujourd'hui journaliste à Valeurs Actuelles a pu rencontrer la plupart des survivants de Carmin 2, et certaines familles des morts d'Uzbeen. Son travail, sans équivalent, vaut donc forcément la lecture du récit, forcément circonstancié, qu'il fait de cette journée terrible. D'autres viendront sans doute dans les jours suivants compléter son travail, mâtinés de retours d'expérience, d'hommages, de récriminations, tous plus ou moins fondés. Il ne faut pas exclure non plus une ou deux révélations. La presse est ainsi, entre deux anniversaires, point d'émotion possible, donc point de papier(s).
Pour éviter toute nouvelle émotion(s) à quelques uns, je ne m'apesantirai pas, pour ma part, sur ce vol de drone refusé la veille, ces mortiers qui manquaient à l'appel le jour même (que Frédéric Pons évoque lui aussi en fin d'interview), bref, tous ces petits détails qu'on m'a fait payer. Mais c'est la règle : écrire juste peut vous être reproché (je l'écris pour les aspirants journalistes qui lisent ce blog).
Ce qu'il faut retenir, c'est qu'un nouvel Uzbeen peut intervenir à tout moment (la guerre est faite d'embuscades, qu'on pose ou dans lesquelles on est pris).
Et qu'avant même Uzbeen, on avait commencé -mais seulement commencé- à prendre la mesure des capacités nécessaires au fantassin déployé en Afghanistan. Il faut rendre justice à Elrik Irastorza l'actuel CEMAT, qui n'était encore que major général, d'avoir lancé une série d'urgence opérations, notamment en matière de petit matériel, ce qui a sans doute contribué, à plusieurs reprises, à limiter la casse. Il n'est sans doute pas non plus vain de rappeler que le 8e RPIMa fut à l'époque le premier à effectuer une mise en conditions avant projection (MCP) très sévère, axée notamment sur les premiers secours et les actes réflexes. Sans ces préacquis insufflés par le colonel Jacques Aragones (1) et ses sous-officiers, le bilan aurait sans doute été pire, ce jour-là, et d'autres jours, ailleurs.
Une embuscade qui a aussi rappelé que cet adversaire furtif, qui sait aussi être cruel pour forger sa légende, sait aussi faire la guerre, et d'autant plus qu'il opère sur son terrain. Depuis 1980, l'Afghanistan est en guerre, de façon quasi-continue, cela aide forcément.
(1) Carmin 2 opérait, rappelons-le, en zone Batfra, donc était placée sous la responsabilité du RMT, remplacé quelques jours plus tard par le 3e RPIMa.
L'interview de Match est lisible ici :
http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Afghanistan.-Retour-dans-la-vallee-de-la-mort-118855/
Un autre article, qui a fait couler un peu d'encre :
http://raids.histoireetcollections.com/article-24004-afghanistan-dans-la-vallee-d-uzbeen.html
Pour éviter toute nouvelle émotion(s) à quelques uns, je ne m'apesantirai pas, pour ma part, sur ce vol de drone refusé la veille, ces mortiers qui manquaient à l'appel le jour même (que Frédéric Pons évoque lui aussi en fin d'interview), bref, tous ces petits détails qu'on m'a fait payer. Mais c'est la règle : écrire juste peut vous être reproché (je l'écris pour les aspirants journalistes qui lisent ce blog).
Ce qu'il faut retenir, c'est qu'un nouvel Uzbeen peut intervenir à tout moment (la guerre est faite d'embuscades, qu'on pose ou dans lesquelles on est pris).
Et qu'avant même Uzbeen, on avait commencé -mais seulement commencé- à prendre la mesure des capacités nécessaires au fantassin déployé en Afghanistan. Il faut rendre justice à Elrik Irastorza l'actuel CEMAT, qui n'était encore que major général, d'avoir lancé une série d'urgence opérations, notamment en matière de petit matériel, ce qui a sans doute contribué, à plusieurs reprises, à limiter la casse. Il n'est sans doute pas non plus vain de rappeler que le 8e RPIMa fut à l'époque le premier à effectuer une mise en conditions avant projection (MCP) très sévère, axée notamment sur les premiers secours et les actes réflexes. Sans ces préacquis insufflés par le colonel Jacques Aragones (1) et ses sous-officiers, le bilan aurait sans doute été pire, ce jour-là, et d'autres jours, ailleurs.
Une embuscade qui a aussi rappelé que cet adversaire furtif, qui sait aussi être cruel pour forger sa légende, sait aussi faire la guerre, et d'autant plus qu'il opère sur son terrain. Depuis 1980, l'Afghanistan est en guerre, de façon quasi-continue, cela aide forcément.
(1) Carmin 2 opérait, rappelons-le, en zone Batfra, donc était placée sous la responsabilité du RMT, remplacé quelques jours plus tard par le 3e RPIMa.
L'interview de Match est lisible ici :
http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Afghanistan.-Retour-dans-la-vallee-de-la-mort-118855/
Un autre article, qui a fait couler un peu d'encre :
http://raids.histoireetcollections.com/article-24004-afghanistan-dans-la-vallee-d-uzbeen.html
Inscription à :
Articles (Atom)