lundi 11 février 2013

Audits de la com : benchmarkings en cours

Par delà l'audit global de la chaîne communication du ministère, réalisé par un cabinet privé, un audit interne, confié au contrôle général des armées est en cours afin de trouver la meilleure organisation possible de la DICOD, sensée, au titre des décrets de 1997, être la tête de chaîne. D'ores et déjà, avant même que les résultats ne tombent, de nouvelles priorités, en direction de la presse quotidienne régionale ont été mises en place (1).
Un troisième exercice a aussi été lancé par le nouveau DICOD, Philippe Germain, pour trouver les meilleures pratiques de com' dans quatre pays étrangers : Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne et Israël. Quatre pays qui font un très large usage des médias sociaux pour permettre le meilleur maillage au moindre coût. Deux d'entre eux sont aussi régulièrement dans la com' de crise.
On l'a vu ce weekend, l'EMA ne semble pas manquer d'idées dans le domaine, avec la mise en place d'un site dédié pour expliquer l'opération Serval aux populations maliennes.
Ou encore, en mars 2012, avec la mise en place d'un compte Facebook.

(1) notons l'initiative de la région Sud-ouest, dirigée par un aviateur, le GCA Jean-Marc Laurent, qui a mis en place un Facebook pour faire rayonner l'actu régionale.

Serval de tous les records

Les pétafs au travail devant un Rafale du Neu-Neu à N'Djamena (photo EMA/armée de l'air). 
Il y a un mois commençait l'opération Serval, dont le nom initial était "Shikra", le nom d'un piaf local, mais qui ne faisait pas très guerrier, comparé au Serval, dont certaines caractéristiques font sourire (1), d'autres pas (2) si l'on suit l'analogie.
Assez rapidement, l'opération a posé de nouveaux records et précédents dont voici une liste non limitative.
. C'est d'abord la plus longue mission de guerre de tous les temps pour un chasseur français : 9h35, lors du premier raid Rafale. Un record d'endurance qui ne peut pas faire de mal à la réputation de l'avion, alors que le chef des armées part, en fin de semaine, en Inde. L'avion en est déjà à son quatrième théâtre de déploiement. Il est notamment allé en Afghanistan où l'on a jamais vu de Typhoon, contrairement à ce qui était évoqué dès 2009.
. L'armée de l'air a tiré aussi bien au 30 mm que des bombes guidées. Elle déploie aussi des bombes airburst. Le décompte de la consommation de munition n'est plus donné, mais on peut l'estimer avoir largement dépassé les 200 bombes.
. Serval voit la plus forte mobilisation de tankers sur un théâtre extérieur. Actuellement, deux bases sont équipées en Afrique. C'est aussi le cas pour les ATL-2, même si le volume est en train de baisser.
. Serval connaît aussi la plus forte densité de moyens de renseignement. Pour la première fois de son histoire, la France dispose en permanence d'un moyen en vol, parfois bien plus. Pas de quoi pavoiser, pourtant, du fait des carences capacitaires bien connues : drones, RORAD, ROEM satellitaire... Le Harfang pose néanmoins un nouveau record -26h10 de vol- et arrive à prendre l'air plus tôt que prévu.
. Le COS n'aura jamais déployé autant et autant de moyens différents, en 20 ans d'opérations, notamment en ce qui concerne les moyens de l'armée de l'air.
. L'effort logistique est majeur (sans précédent), d'autant plus si l'on considère le délai réduit dans lequel il est intervenu. Notons aussi la concentration d'ATT/ATA (une douzaine) à Dakar pour l'OAP du 2e REP. Record presque battu.
. Terminons cette évocation par un symbole : le Normandie-Niémen a tiré ses premières bombes et gavé ses premiers disques durs. Un habitué de cette zone et des bilans est de retour sur les ATO.

(1) Il peut uriner jusqu'à une trentaine de fois par heure.
(2) La durée de vie moyenne du Serval est de 20 ans.

(un nouveau sondage en ligne ci-contre)

dimanche 10 février 2013

Les oiseaux, un autre péril au Mali

En anglais, on appelle cela un "bird strike" (colllision aviaire). Mais le terme fait sourire jaune : après les trois collisions d'oiseaux et d'ATT danois et allemand au Mali, c'est un des deux C-130 belges qui a été endommagés jeudi soir, révèle mon confrère Belga. "L'attaque" est intervenue à l'atterrisage à Tombouctou, et a frappé l'aile droite, faisant un trou de 20 à 30 cm.
Malgré tout, le Hercules belge a poursuivi jusqu'à Ouagadougou où des experts ont complété la réparation sommaire. Selon les prévisions du confrère, l'appareil devait être à nouveau d'attaque hier.

Louvois, une impasse française

Même si la note du Contrôle général évite les gros mots qui fâchent (fiasco, désastre...), la réalité est là : le système Louvois (1) est dans une impasse. Le contrôle général préconise même de le mettre entre parenthèses, en constatant que la situation -"alarmante"- continue à s'aggraver. Le montant des trop versés se monte déjà à 120 MEUR (décompte arrêté à la fin 2012), et 120.000 accidents de paiement ont été recensés.
Alors même qu'une thérapie de choc, tardive, mais réelle, a été lancée pour enrayer les soucis. Les effectifs du CERHS de Nancy ont été gonflés par 102 renforts (relevés tous les trois mois). 50 militaires y seront affectés entre avril et juillet prochain, tout comme 20 civils de la défense (recrutés parmis le anciens militaires) le seront d'ici mai prochain.
Par delà les implications pour la vie des militaires, il sera de plus en plus difficile d'échapper à la prise de sanction(s). Alors qu'il s'était toujours refusé à en évoquer le principe, le ministre de la défense a fait évoluer sa position, dans une interview à la Voix du Nord, le 7 février : "il ne faut pas perdre de vue l'objectif. Si on ne règle pas cette affaire, il y aura des coupables. Je conçois l'opération Louvois comme une opération militaire".

(1) Ceux qui n'auraient pas encore compris les ressorts du souci peuvent se replonger dans les 53 posts que j'ai consacrés à ce sujet, depuis le premier, le 17 novembre 2011.
(2) il n'est pas une discussion sur les fora militaires actuellement qui ne mette en rapport la sanction infligée au légionnaire qui portait un foulard au Mali, et l'absence de sanction dans le dossier Louvois.

(un nouveau sondage en ligne ci-contre) 

Mini-Têt à Gao (billet d'humeur)

Gao était en passe de devenir le noeud aéroterrestre français au Nord-Mali. Les évènements du weekend pourraient, de fait, contrarier ces intentions, et peut-être, donc, une partie de l'équilibre dans cette zone. Réponse, dans les heures qui viennent : c'était, de toute façon, à ce moment que la décision devait être prise... ou pas de consolider le rôle de cette ville.
Même si cela ne joue qu'à la marge dans la globalité de l'opération, les évènements du jour ne seront pas sans impact non plus sur la couverture du conflit. L'armée française, qui avait d'autre chats à fouetter (mais pas d'otages supplémentaires à gérer) a dû extraire une cinquantaine de journalistes concentrés dans le centre de la ville. Demain, leurs papiers ne chanteront pas la victoire de l'armée malienne (1).
Il est donc évident que les évènements du weekend, et ses récits demain lundi, impacteront aussi l'opinion publique. Jusque là, tout était facile, lisse, et pour tout dire, assez propre, dans la lucarne. Certes, il avait fallu 4.000 militaires français au lieu des 2.500 annoncés en début d'opération. Mais c'est toujours comme cela, et les Français le comprennent bien (ou s'en foutent). Par contre, les images de soldats maliens à nouveau bousculés par ce qui n'est pas non plus l'armée romaine, obligés de rappeler l'armée française, tout cela fait un peu désordre, et amène à une vraie interrogation : départ en mars ? Mais de quelle année ?

(1) c'est déjà symptomatique, il y avait ce soir aux JT parfois plus de temps accordé au Mali qu'à la neige, c'est tout dire. Tout cela m'inspire l'évidence que j'avais déjà rappelée à des chemistes il y a quelques années : vous pouvez remporter la victoire, mais si l'opinion publique n'est pas avez vous, vous aurez perdu. Si l'on en croit un sondage, l'adhésion des Français à une opex n'avait jamais été aussi forte que dans la foulée de la foulée de la visite de François Hollande au Mali. Serval étant alors l'opex la "plus approuvée" par les Français depuis 1992, à 73%. Attendons la 4e vague de chiffres de l'IFOP... Et en attendant, ce blog met en place un sondage simple, visible sur la colonne de droite. A vos souris...