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mardi 12 mai 2015

Une passerelle pour le matelot Jean Rousseau

La Rochelle n'a pas oublié son matelot du 1er BFMC. Plus de 70 ans après sa mort, sa ville d'origine

mercredi 29 avril 2015

L'adieu de la DGSE à son grand ancien

Plus de 500 personnes ont assisté à l'hommage à Bob Maloubier, ce matin, aux Invalides. Le propre

mercredi 18 décembre 2013

Les 177 ne sont plus que 10

Il était un des 177 de Kieffer : Marcel Riveau est mort hier à 93 ans, annonce le compte Facebook

mardi 26 novembre 2013

Commando Léon, bientôt en appli smartphone et Ipad

Sous le teaser de "Soldat Léon", l'office du tourisme d'Ouistreham est en train de développer, avec une

samedi 4 mai 2013

En mémoire d'une médaillée militaire de 107 ans

Alice Lacomme, avec son neveu Pierre Caizergues, soldat au 7e RCA. (Photo VJC)



J'ai découvert grâce au site Veterans Jobs Center la vie étonnante d'une ambulancière militaire, médaillée

mardi 1 janvier 2013

Le dernier des "guitaristes" est parti


C'est la Dépêche de Tahiti qui nous l'apprend : John Martin, le dernier survivant du bataillon du Pacifique, est mort hier à 91 ans. En septembre 1940, à 18 ans, il avait rallié la France Libre, participant notamment à Bir Hakeim, rappelle le quotidien. Terminant la guerre comme sergent-chef, il avait été décoré de la croix de guerre.
Son ami Marcel Allaume était mort le 11 juin dernier, à 92 ans.
Devant des élèves polynésiens, dans un long entretien que je vous invite à relire, voici comment il jusitifiait son engagement : "C'est un sentiment patriotique (« la Patrie en danger ») qui m'a décidé à m'engager, avec, au fond de moi, une attirance pour l'aventure (...) Le sentiment qui m'a animé n'était pas aussi élevé que celui qui pousse à « défendre une Grande Cause pour l'Humanité », mais, plus prosaïquement, celui d'avoir un devoir à accomplir". 
Créé par le lieutenant-colonel Félix Broche, ce bataillon appelé "bataillon des guitaristes" avait participé à Bir Hakeim, à El Alamein, à la campagne d'Italie, puis à la libération de la France.
Des 600 partis de Polynésie et de Nouvelle Calédonie, seulement 249 sont revenus.

A lire ici : un site internet qui évoque l'épopée des "guitaristes".

jeudi 1 novembre 2012

Billet d'humeur : pourquoi le ciel était vide

Le ciel était vide d'avions, mardi, quand s'est déroulé la cérémonie d'hommage à l'as Roland de la Poype. Comme la cour des Invalides était vide de politiques -pas de ministre des anciens combattants par exemple-. Et comme elle était vide de journalistes : nous étions trois, avec RTL et Radio Enghein.
Quand on voit la PAF survoler une course de voiliers, on peut s'étonner en effet qu'il ne soit pas possible de survoler les Invalides pour le dernier as français, un des derniers du Normandie-Niémen -ils ne sont plus que quatre représentants...- et héros de l'union soviétique.
Pourquoi le ciel était vide, donc ? Il n'est pas inutile de le rappeler, c'est le préfet de police qui autorise les survols de la capitale, et particulièrement à basse altitude. Les seules dérogations, en conduite, sont : les hélicoptères de la gendarmerie et de la sécurité civile, les hélicoptères transportant le gouvernement, et les hélicoptères effectuant les mesures actives de sûreté aérienne (MASA).
Pour tous les autres, et quels qu'honorables que soient les motifs, il faut donc un dossier. Et des délais incompressibles. Ils peuvent fondre si le politique s'en mêle.
Et il faut aussi des avions. Il suffit d'aller régulièrement sur une base aérienne pour voir que nos chasseurs -pour ceux qui sont en état de voler- ne manquent pas de missions. Le Normandie-Niémen est encore une petite unité, elle n'a pu envoyer que son drapeau et le commandant en second, ce mardi. Des anciens du Neu-Neu étaient là aussi pour montrer que la tradition du régiment de chasse s'est perpétuée dans les générations.
Le commandant en second rappelait d'ailleurs mardi comment les pilotes ont pu, par delà leurs lectures, se forger l'esprit, lors d'une campagne de tir, en Corse : ils y ont rencontré celui qui est désormais un des deux  derniers pilotes du Neu-Neu de 1942-1945.
Le régiment et ses avions défileront dans et au-dessus des Invalides, le 16 novembre, pour honorer les compagnons de la Libération, une cérémonie prévue de longue date. Aucun doute que les uns et les autres auront en tête l'engagement de leurs anciens.

jeudi 4 juin 2009

60, une veille de 6 juin

60 vétérans français, américains, britanniques (et peut-être canadiens et belges, qui sait) seraient décorés demain après-midi par Hervé Morin aux Invalides. Une manifestation victime de son succès, puisqu'initialement, il n'était question que d'une... dizaine de vétérans.
Par bonheur, la Défense n'a pas été pingre, et leur offre même le voyage, et deux jours en France, ce qui semble le moins pour ceux qui se sont battus pour nous, il y a 65 ans (et pour certains, quelques années encore après). Peut-être une façon aussi de réparer quelques couacs récents en matière de commémoration. En tout état de cause, la Défense a procédé, manifestement, dans des temps records.
Afin de limiter la fatigue, les vétérans seront assis, et un soldat français se tiendra derrière chaque ancien. Les vétérans étrangers bénéficieront d'une traduction simultanée, et d'une série de documents passant sur un grand écran de 60m2, le nombre du jour.
Ce matin, on faisait encore le décompte des présents, avec 48 vétérans assurés d'être dans la cour des Invalides, demain. La population des décorés a grandi tellement vite qu'on était incapable de nous donner ni les noms, ni les biographies de ces hommes, à 16 heures.
Cruelle nouvelle (1), on a appris aussi aujourd'hui la mort, le 31 mai, de Roger Lescure alias Colonel Murat, compagnon de la Libération, à 97 ans. Communiste, il avait été interné à Saint-Martin de Ré, d'où il s'était évadé, avant de prendre des responsabilités dans les FFI.


(1) Une nouvelle qui a troublé le rédacteur du communiqué de presse de la DICOD, au point de se tromper de mois...

mercredi 3 juin 2009

Omaha Jake : un frenchy sur "Omaha la sanglante"

Jacques aura 85 ans ce mois d'août. Avec bonne humeur, il raconte aux scolaires de sa ville son épopée, sans clinquant, sans grands mots. Seulement les siens. C'était un des rares français, sinon le seul, ce 6 juin 1944, sur "Omaha la sanglante". Voici son incroyable histoire, que j'avais recueillie en 2004.

"J'ai rejoint la colonne Leclerc, la future 2e DB, en 1943, en servant dans la deuxième compagnie de génie d'assaut (13 R.G). Le Ltt Leroy était mon commandant de compagnie, j'opérais au sein du groupement "Langlade". Chaque groupement était complètement indépendant, et pouvait attaquer et se défendre seul. Le voyage, par mer, a pris 11 jours, avant de rejoindre Hull, dans le nord de l'Angleterre.

"Là des officiers d'investigation passaient régulièrement, en liaison avec les Américains. On m'a demandé si cela m'intéressait. Paradoxalement, je les ai rejoints parce que je parlais... allemand, et pas du tout l'anglais. J'ai alors intégré un groupe de renseignement militaire constitué d'une trentaine de juifs allemands ayant quitté leur pays en 1933, pour les Etats-Unis.

"Puis j’ai subi un entraînement au parachutisme, depuis des tours de 30 à 50 m de haut. Mon régiment, le 18 RI, était commandé par le Colonel Ben Sternberg, notre section de renseignement, par un lieutenant.

"Nous sommes concentrés à Poole, dans le sud de l'Angleterre. Sur le trajet, la vision du territoire est inracontable. Sur 200 km en profondeur dans les terres, ca fourmillait de chars, de blindés, de camions. Et évidemment, de troupes alliées. Tous les 100 m aux abords de la route, il y avait des latrines.

"On embarque sur les navires dans la nuit du 3 au 4, à deux heures du matin. Aucun mal à me souvenir de la mer, vent de force 6 à 7, une grosse tempête. Tout le monde était malade. Les croiseurs français Georges Leygues et Montcalm étaient affectés à notre escorte, puis au bombardement naval des positions allemandes. Moi, j'étais sur un cargo américain, l'USS Jefferson. Mais retour à la case départ, car la météo est vraiment trop mauvaise.

"Finalement, le 6 est le bon jour. Au large, on a mis les barges à l'eau. Tout le monde était trempé, malade. On a tourné en rond pendant des heures. Avant d'arriver à ce qui était notre zone de débarquement, au lieu dit Les Moulins, à cheval sur Saint-Laurent-sur-Mer et Colleville-sur-mer. J'appartenais au 18 régiment d'infanterie de la 1ère division américaine. Elle devait débarquer à Omaha (capitale de l'Etat d'origine d'Omar Bradley, commandant cette zone sous responsabilité américaine), devenue en huit heures Omaha la Sanglante. 3.000 GI avaient été fauchés par les mitrailleuses allemandes.

"Avant de débarquer, on essayait de se motiver car on savait que ce ne serait pas une partie de plaisir. Certains jouaient les Rambo, comme on dirait aujourd’hui. On est vite redescendus sur terre. Tout le monde avait très peur, en voyant la plage, et les premières vagues décimées. Des cadavres flottant dans l'eau, ou baignant dans leur sang, sur la plage. C'est là que le mot courage a pris un sens pour moi. Le courage, c'est avoir peur, même si ca dure un peu. Mais vaincre cette peur, pour éviter la panique, qui sclérose tout.

"Il faut imaginer, quand on sort de cette damnée péniche, on n'a rien, rien, pour échapper aux balles allemandes. Et ca tire de partout. Des barges partent en couille sous les coups des canons à longue portée, car notre artillerie navale portait trop loin. Et ne détruisit pas, en tout cas, les nids de mitrailleuses. Ceux qui nous ont fait mal. Pour les mitrailleurs, qu'on discernait à peine, c'était un véritable festival (un mitrailleur tirera jusqu'à 8.000 coups en huit heures).

"Je ne le cache pas : les premières minutes passées sur le sol français, je les ai passées accroupi derrière un obstacle métallique posé par les allemands, à la demande de Rommel, pour nous empêcher d'approcher trop près. Sur le métal, j'entendais incessamment des ping, le ricochement des balles. J'avais ma carabine M1, avec 17 coups je crois. Mais ce n'est pas ce jour qu'elle a été la plus efficace. Dès qu'on se découvrait un peu, on se faisait tirer dessus. Les Allemands étaient au-dessus de nous, très bien protégés.

"Les barges, emportant des lance roquettes multiples tiraient bien trop derrière les blockhaus, dont les mitrailleuses n'arrêtaient donc pas de nous canarder. Ce jour-là, comme tous ceux qui ont suivis, je n'ai jamais été blessé une seule fois. La chance, ma bonne étoile, je ne sais pas. C'est impensable que je sois passé au travers puisque ca a été un vrai carnage.

"Ce n'est qu'en milieu d'après-midi que l'on a réussi à passer les premières lignes. Les blindés, qui sont arrivés dans la foulée, nous ont bien aidés. La sortie de la plage, il y en avait trois aux Moulins, n'étaient qu'un vague chemin de terre. La section a très vite commencé son travail de renseignement. Parfois, on était en pointe du gros des troupes, parfois en retrait. Quand on tombait sur des Allemands, ou qu'on les faisait nous-mêmes prisonniers, les autres leur tombaient dessus pour savoir de quel village ils étaient, si les Allemands avaient des nouvelles de leurs familles. J'imagine que malheureusement, la plupart de leurs proches avaient été déportés."

mardi 2 juin 2009

6-juin d'exception à Ouistreham

Six vétérans français de 1944, menés par leur président, Léon Gautier, et 12 commandos britanniques seront présents les 5 et 6 juin à Ouistreham pour faire vivre la mémoire du débarquement de 1944. Les commandos, dont aucun n'a moins de 82 ans, commenceront leur périple le 5 juin à 8h15 sur la plage de Montgomery, puis rejoindront Saint-Aubin (10 heures), puis le café Gondrée, à Bénouville (11h30), Ranville (14h15) et enfin Amfreville (15h15). Un nouveau timbre à l'effigie des commandos sera aussi dévoilé, à Ouistreham (17h).
Le lendemain, les vétérans remettront leur béret à 28 commandos marine du cours Fourer.
Lucien Fourer était caporal à la troop 8 du lieutenant Lofi. Engagé en 1938, il rejoint les FNFL en 1942 sous le matricule 10407FN42, puis se porte volontaire pour les commandos, en juin 1943. Il avait été le 99e français breveté commando, selon le décompte effectué par Eric Le Penven et Stéphane Simonnet dans leur riche évocation du 4 Commando (Editions Heimdal).
Lucien Fourer a été fauché le 10 juin dans les furieux combats d'Amfreville, vraisemblablement par un éclat d'obus. Il est tombé "à deux mètres" de celui qui était un des ses camarades de cours, Léon Gautier (brevet n°98). Les Allemands, qui contre-attaquèrent le 10 juin dans la zone ne réussirent jamais à reprendre le village dans lequel s'étaient retranchés pas moins de trois unités de commandos, dont le 4 Commando (français).

A titre posthume, le quartier-maître Lucien Fourer a reçu la croix de guerre avec Etoile de Bronze, et la médaille militaire. Accompagnées de la citation suivante :

« Toujours plein d’entrain et de courage. A participé, avec la première vague d’assaut, sous le plus violent bombardement, à la prise de Ouistreham, puis aux opérations défensives qui suivirent. Tué à l’ennemi, dans sa tranchée, au cours d’une contre attaque allemande, le 10 juin 1944. »

Notre photo : Léon Gautier, lors d'une remise de béret vert, en 2005 (crédit JMT).

lundi 1 juin 2009

Pierre, les yeux et les oreilles de Londres

Suite de notre série 65 ans du débarquement avec un nouveau témoignage recueilli en 2004. A nouveau, la vie de ce para pourrait servir de trame à un long métrage, tant Pierre, 23 ans en 1944, a traversé l'histoire militaire de notre pays, sans faire de concession à sa vision de la vie qu'il s'était forgée dans l'adversité -il s'exile en Irlande quand François Mitterrand est élu en 1981, et n'en revient qu'à son départ...-.

Alors que la mission comporte des risques très importants, Pierre accepte sans réfléchir longtemps de sauter en Indre-et-Loire, loin des plages normandes, dans la nuit du 6 au 7. Pour cet officier de la DGER (Direction générale des enquêtes et recherches, qui a succédé au BCRA gaulliste, et qui précède le futur SDECE, ancêtre de la DGSE), il s’agit de surveiller les mouvements de troupes allemandes, dans ce département encore occupé. A charge pour son fidèle radio qui est parachuté avec lui de rendre compte, à Londres, de tout ce qu’il voit. Flash-back sur un parcours hors normes.

« A 21 ans, j'ai fui vers l'AFN, via l'Espagne, fin 1942, et je suis arrivé à Casablanca. Je voulais faire la campagne d'Italie. On pouvait, à l'époque choisir le régiment qu'on voulait : j'ai choisi le 4e régiment de tirailleurs marocains (RTM) qui se battait à Cassino. En base arrière à Taza, le colonel m'a dit qu'il voulait que je fasse de l'instruction de base pour les nouveaux et je suis revenu d’Italie au Maroc, en 1943.

Un officier, un radio

« Arrive une note très secrète, très confidentielle, recherchant des hommes pour des missions spéciales. Sans en dire beaucoup plus. J'arrive à Londres, après des tests à Alger effectués par des Britanniques et des Américains. Le BCRA gaulliste était installé au nord de Londres, fin 1943. Deux groupes opérationnels coexistaient : les « Jedburghs » (dont certains issus des premiers SAS), destinés à l'action, et une unité de renseignement de terrain, celle à laquelle j'appartenais. C’est à son profit que j’ai été parachuté de nuit deux fois en France à partir du printemps. »

Et c’est encore le même scénario qui recommence, dans la nuit du 6 au 7 juin 1944. «On était pas les seuls à partir ce soir-là. Nos binômes, constitués d'un officier et d'un radio devaient transmettre des renseignements à Londres. On devait aussi remonter sur Rennes. Ces couillons d'Américains m'ont parachuté sur un zone possible d'action de leurs armées. Avec tous les Allemands qui remontaient du sud de la France , on était plutôt encombrés avec notre matériel radio. J'ai demandé à Londres de changer d'objectif. »

« Je me suis donc occupé de Tours, Angers et Poitiers. Nous avions du boulot avec mon radio car il y avait beaucoup de boches. D'où les nombreux messages que nous envoyions chaque jour, en changeant d'emplacement à chaque fois, pour éviter d'être repérés par la radiogoniométrie (système de détection par triangulation, NDLR) allemande, très efficace. Mais nous avions été bien formés par les Britanniques, les meilleurs pour l'espionnage à l'époque, et nous n'avons pas été ni repérés, ni pris. »

« Curieux, ces britanniques : il n'y avait que des professeurs d'universités à nous former. Notre instructeur de chiffre (cryptage) était titulaire de la chaire de littérature française époque renaissance, à Oxford. C'était un chiffreur extraordinaire. Les instructeurs américains étaient aussi des universitaires. O' Brian, de l'OSS (Office of Secret Services, l’ancêtre de la CIA , NDLR) était professeur de français à l'université du district de Columbia... Tout ceci donnait une ambiance bien particulière, parce que nous ne nous connaissions pas entre nous, Français, sous nos vrais noms. Tout le monde avait un pseudo. Mais il n'y avait pas de rapport hiérarchique. »

« Pour simple exemple, le colonel Pasquier et Rémy, nos chefs, venaient nous voir une fois par semaine, et discutaient avec nous. Comme ils le faisaient par ailleurs avec les chefs de la France libre, les Américains, les Britanniques. On savait déjà avant de rejoindre pourquoi on se battait. Grâce à ces rapports avec nos chefs, on savait aussi pour qui.

Après son débarquement, la vie de Pierre va prendre encore une accélération. « J’ai été envoyé en extrême-orient en décembre 1944, à Calcutta, et parachuté au Laos où j’ai effectué pendant deux mois des missions de renseignement, comme 10 mois plus tôt en France encore occupée. J’ai participé aussi à la libération de Vientiane, et suis resté 15 mois en Indochine, avant de rejoindre la DGER à Paris."

Les études de pharmacie, aidées par la DGER, les trois premières années passent en deux années seulement. Rappelé à plusieurs reprises, il rempile au 2/1 RCP, en 1952 et saute sur Dien Bien Phu, fin mars 1954, de nuit, une première réservée au 2/1 RCP.« J’ai été fait prisonnier à Dien Bien Phu. Je me suis évadé avec deux camarades, mais j’ai été repris, et libéré en septembre 1954. »

Il intègre le 14e BPC en Algérie et entend, en 1959, le discours de De Gaulle sur l'autodétermination à Colomb Béchar. "Je sentais que Français allaient se battre entre eux, j'ai demandé congé sans solde. Le 15 octobre 1959, j’ai fait mon entrée en pharmacie, et le 13 juin 1961, j’ai été diplômé en pharmacie, à... 40 ans.


(1) Avec le futur amiral Klotz. En 2004, j’ai eu la chance de pouvoir interviewer les deux hommes à quelques semaines d’intervalle, et d'entendre leur récit séparé. Et de pouvoir les mettre en relation, 50 ans après leur évasion. Ils ne s’étaient jamais revus… L’Amiral, pilote et marin émérite est mort, quelques mois plus tard.

dimanche 31 mai 2009

Rémi, le SAS français avec la 6e airborne

Rémi avait 85 ans en 2004 quand je l'ai rencontré, à côté d'un Canadien, d'une résistante, et d'un ancien soldat allemand. Mobilisé en 1940, à 21 ans, alors qu'il sort de HEC, il est versé, fin 1940, dans l'armée d'armistice comme sous-officier de cavalerie. Puis démobilisé le 30 août 1941, car il est juif. Son père décède trois mois plus tard. Plus rien ne le retient en France, il transite par l'Espagne et le Portugaln, après avoir franchi les Pyrénées en février 1942. Trois mois pour traverser l'Espagne et Rémi arrive à Londres le 5 mai 1942, via Lisbonne et Gibraltar. Il suit le cours des Cadets de la France Libre, puis une formation d'officier parachutiste en Ecosse, à Spean Bridge, près de Fort William. Versé dans les SAS français, "par hasard", où par sécurité, il prend le nom britannique de "Plowright" dit Daniel, son deuxième prénom. Son frère, arrivé avant lui a retenu le même surnom, avec John pour Prénom. Il est sous-lieutenant. Il sera le premier para de son unité à arriver en France (le 3rd SAS n'arrive que le 15 juillet pour la mission Dickens).

« J'ai été désigné officier de liaison auprès de la 6e Airborne britannique car j'étais bilingue français-anglais. J'ai quitté mon unité, le 3e SAS, le 4 juin alors que nous étions encore en Ecosse. Je n'aurais jamais dû participer à un tel évènement. Evidemment, avec le recul, je suis content d'avoir vécu tout ça.
"On a l'impression qu'on est invincible"
« Il faisait un temps convenable. Un peu couvert mais convenable. La chasse anglaise pouvait ainsi patrouiller. Et de mémoire, je n'ai pas vu un avion allemand le 6 juin. Le problème, ce jour-là et ceux qui ont suivi, c'et que la logistique ne suivait pas assez vite. Si vous avez 15 ponts ou 15 croisements à défendre, il vous fait autant de chars ou de canons anti-char. Et tout ça manquait. C'est notamment pour cela que les Britanniques et les Canadiens se sont arrêtés devant Caen, faute de matériel en assez grand nombre, au sol.
« Ce qui m'a le plus frappé le 6 juin, c'est le départ de Grande-Bretagne. Quand on a fait partie des convois de 300 planeurs tirés par 300 bombardiers quadrimoteurs, qui survolent 5.000 bateaux, protégés par 1.000 chasseurs, on a l'impression qu'on est invincible. Les difficultés sont apparues ensuite car rien ne s'est passé comme prévu. Mais cela aurait été pire si les Allemands avaient riposté très vite. Ce qui n'est pas arrivé, heureusement pour les Alliés, et les Français qu'ils venaient libérer. »
« Mon impression générale, encore dans ce planeur Horsa, était que rien ne semblait pouvoir arrêter cette fantastique machine alliée. Des Français, en Normandie, en Bretagne, participaient à cette machine, c'était enthousiasmant. Mais il fallait garder en tête que tous les Allemands n'étaient pas de farouches nazis. Nous en cotoyions plusieurs, en Angleterre. Et nous rêvions d'une Allemagne pacifiée, sans nazis. J'avais l'impression que cette journée allait permettre à l'Allemagne d'avoir un visage humain. »
« Pour autant, on faisait la guerre sans état d'âme, en 1944. On faisait la guerre à des affreux, les nazis, pour en débarrasser la France , puis l'Europe. C'était une guerre pour une bonne et juste cause. Pas forcément comme on fait la guerre aujourd'hui. »
« L'objectif du 3e SAS, mon unité d'origine, était de couper en deux la France du du sud au nord, de la Rochelle à Belfort, pour freiner l'arrivée des troupes allemandes venant du sud. Cette unité était commandée par Conan. »
Rencontre avec les Kieffer boys
« Notre planeur, a atterri dans l'après-midi du 6, vers 18 heures, entre Ranville et Troarn. Nous étions une dizaine seulement (NDLR contre la trentaine habituelle) à bord avec les deux pilotes, car nous apportions du matériel à la première vague. Mais je ne me souvient plu très bien si c'étaient des vivres, des munitions, ou des armes. Le matériel était stocké dans la première moitié du Horsa, au niveau du centre de gravité, et nous, nous étions à l'arrière. il me semble que quand le planeur a atterri, nous sommes sortis par l'arrière. Nous avons bien fait de ne pas perdre de temps car le Horsa qui nous suivait a manqué son atterrissage. »
« Ce jour-là, nous avons eu peu de contacts avec les Allemands, car la première vague, larguée dans la nuit, avec fait l'essentiel du travail. Cependant, ca continuait à tirer encore. De plus, ma fonction d'officier de liaison m'empêchait de facto de m'exposer, dans la mesure du possible, au feu ennemi. Je devais patrouiller avec une équipe entre nos lignes et celles des allemands, pour acquérir des renseignements, notamment auprès des civils. Pas vraiment la mission pour laquelle nous, SAS français, nous avions été formés, mais c'était corsé. Et potentiellement dangereux. Donc, évidemment, ne ne regrette pas du tout d'avoir pu remplir cette mission, et d'avoir participé à un jour aussi historique. »
« Le 7 ou le 8, j'ai rencontré d'autres français, ceux du commando Kieffer. J'avais entendu parler d'eux en Angleterre, mais je crois que c'était la première fois que je les voyais. Ca a été très rapide, tout le monde était très occupé.
"Le 6 c'était encore tangent"
L'absence totale de l'aviation allemande dans le ciel a donné une confiance formidable chez les Canadiens et les Britanniques. Ces derniers, par la suite, n'ont pas eu le travail le plus facile car ils ont libéré le 76, la Somme , le Nord et le Nord Pas-de-Calais, puis la Belgique et le Luxembourg. A quelques kilomètres de nous, des Belges avaient libéré le pont de Trouville, sur la rivière Touque. C'est devenu depuis le "Pont des Belges".
On pensait pas vraiment à l'échec. Le succès, certain, nous est apparu au bout de deux à trois jours. Mais le 6, c'était encore tangent. En fait, on ne s'attendait vraiment pas à ce que les Allemands réagissent aussi tard. C'est notamment parce que l'aviation et la résistance avaient détruit, et continuaient à harceler les noeuds de communication, les convois routiers, les concentrations de troupes. Et c'était aussi le succès des opérations d'intoxication effectuées par les Alliés, pour faire croire que le débarquement aura lieu pour de bon dans le Pas-de-Calais, la Normandie n'étant qu'une diversion.
Je n'ai su qu'après le travail formidable que nos camarades du 4e SAS avaient effectué en Bretagne, et qu'ils continuaient encore.
Par la suite, j'ai retrouvé mon unité en Grande-Bretagne, puis j'ai été parachuté sur la Bourgogne le 15 août (missions Harrod et Barker, du 12 août au 4 septembre). J'étais sur la RN 6 que l'on a coupée à la circulation, entre Châlons et Macon. On tendait des embuscades pour déranger leurs axes routiers. N'oubliez pas que le 15 août, les Allés avaient débarqué en Provence. Je suis content d'être là, de témoigner auprès des jeunes, mais je n'ai vraiment pas la mentalité de certains anciens combattants qui portent ostensiblement la médaille.

Nos photos : Rémi, devant la réplique d'un planeur Horsa construite à l'époque, pour les 60 ans du DADAY, au musée de Ranville (par ailleurs richement rempli). Le même, encadré de vétérans américain, canadien et, à sa gauche, allemand. (crédit JMT).

samedi 30 mai 2009

Trois SAS, trois missions

On l’oublie souvent, les premiers parachutistes à avoir mis les pieds sur le sol français, la veille du D-Day, furent français. La question de savoir si on les oublie, parce qu’ils étaient paras, ou parce qu’ils atterrirent en… Bretagne, un coin particulier de France comme chacun sait, n'étant pas encore définitivement tranchée. La raison étant sans doute que ces paras du special air service (SAS) avaient été formés à l'anglaise et étaient sous commandement anglais en juin 1944.
Dans un souci de perpétuation de leur mémoire, et à l'instar de la série commencée avec les 177 de Kieffer, vous découvrirez dans les jours à venir trois histoires que j'avais pu recueillir en 2004. Trois humbles, trois trajectoires d'exception.
Georges était arrivé le premier des trois, le 5 juin, avec 35 autres paras SAS (4e SAS, futur 2e RCP). En 2004, son histoire m’avait été contée par celle qui le connaît le mieux Marie-Claire, et pour cause, mais lisez plutôt :
« Les SAS ne sont prévenus que la veille du départ, le 4 juin. Et ils sont évidemment soulagés de partir. Ils ont vraiment été contents d'avoir été choisis par les Britanniques. Et de partir les premiers. »
« Pour qu'on ne les repère pas, leurs deux Stirling se sont mêlés à d'autres bombardiers qui devaient attaquer Saint-Nazaire, le soir du 5. Ils étaient 36 parachutistes en tout, divisés en deux « sticks », répartis de façon à ce que la mission soit effectuée, même si un des deux avions étaient abattu. »
« L'avion de Georges a d'abord largué un demi-stick sur le Morbihan, puis sur les Côtes du Nord. En fait, ils ont été parachutés par erreur sur la forêt de Duault (Côtes du Nord).
« En arrivant, il a coiffé un arbre avec son parachute. Ils avaient un sac ("kit bag") extrêmement lourd à porter, et très volumineux. Pour qu'il entre dans l'avion, on avait dû le pousser. Il était le seul à porter un poste radio complet, les autres avaient seulement des morceaux sur eux. Une fois que Georges s'est libéré de sa branche, il acreusé un trou avec sa pelle pour y camoufler le parachute, recouvrant le tout de feuilles. Avec sa boussole, il a cherché, de nuit, le point de rendez-vous car il était complètement isolé. Il a laissé passer un paysan avec sa charrette. Des chiens, allemands ou errants, sont venus rôder, mais il n'a pas été détecté.
« A l’aube, il a retrouvé son lieutenant, Botella, (NDLR, qui combattra à Dien-Bien Phu dix ans plus tard, comme l'autre radio, Bailly). Finalement, ils se sont tous installés dans la forêt de Duault (lieu dit Ty-Coz, NDLR) pour établir la base codée "Samwest". Ils ont rapidement reçu des parachutages dans une clairière dégagée : c'était essentiellement des armes, pour équiper les maquis. Ils n'avaient pas vraiment autre chose, alors qu'ils n'avaient été parachutés, au départ que pour huit jours. Au bout de 15 jours, ils trouvaient le temps très long, au bout de trois semaines, c'était horriblement long. N'oubliez pas que contrairement à la Normandie, ils étaient coupés de tout, avec pour seul lien la radio avec l'Angleterre. »
Autour du 20 juin, Marie-Claire et Georges se rencontreront pour la première fois, la jeune fille ayant proposé d’aider au codage et au décodage des messages radio…
On l'aura compris, le SAS et la résistante ont ensuite suivi le même chemin, une fois la guerre finie.

Notre photo : la couverture de la nouvelle édition du livre de David Portier, jeune auteur d'une incroyable histoire des SAS, en 2004. Sa version actualisée peut être commandée en souscription sur son site internet, d'une grande richesse également (http://lerot.org/FFLSAS). David Portier avait commencé son travail de recherche en retrouvant une photo en noir et blanc d'un para SAS et d'un résistant breton...

vendredi 29 mai 2009

"Le commandant Kieffer était le plus courageux d'entre nous"

Francis Guézennec a toujours préféré l'ombre à la lumière. Un des 177 commandos français de Ouistreham, il a livré son dernier combat quelques mois après le 6 juin 2004 qui l'avait vu recevoir la Légion d'Honneur. Ce Breton n'avait qu'une obsession : transmettre cette mémoire, que je partage avec vous. Le récit qui suit est la transcription intégrale d'un des entretiens que j'avais eus avec lui en 2004. D'autres suivront, dans les jours qui viennent, à l'occasion des 65 ans de débarquement.

"Le Commandant Kieffer s'était battu pour qu'il y ait des Français dans les unités de commandos. Cela n'avait pas été simple à l'époque. Dès 1942, une cinquantaine de FFL avaient intégré ces unités. Puis il y a eu une deuxième vague d'arrivée, avec les 1ers et 2e bataillons de fusiliers marins (BFM) venus du Moyen-Orient. Puis les derniers arrivés furent le peloton Amaury, le tout étant regroupé d'abord en deux troops de 75 hommes au X Commando interallié, puis au sein du 4 Commando, celui de Ouistreham, avec deux troops et une section de "K gun" (mitrailleuses d'aviation, ndlr) commandée par le Lieutenant Amaury, à laquelle j'appartenais.
Le bagpipe de Bill Millin
La 1ère brigade spéciale était commandée par Lord Lovat, et comprenait les 3e, 4e (Lcl Dawson), 5e, 6e, 45e (Royal Marines) et 46e RM commandos.
Le 27 mars 1944, nous montons à Nairn, en Ecosse, pour des essais de débarquement depuis des barges. Pour redescendre dans le sud de l'Angleterre, jusqu'au 25 mai. Arrivés à la gare de Bixhill, nous avons été regroupés avec d'autres unités dans le camp de Titchfield. Là, on nous a montré des photos aériennes, des cartes muettes, des plans pour les assauts. Certains ont très vite compris qu'il s'agissait de la Normandie. Il s'agissait bien sûr de nos propres Normands, mais aussi des Parisiens qui avaient pu passer des vacances dans cette zone avant la guerre.
Pour nous faire attendre, on nous passait des films de cinéma, et évidemment, de propagande. C'était dur d'attendre, d'attendre encore, d'attendre toujours. On avait une certaine pression parce qu'on savait qu'on n'allait pas à la noce. On savait de la même manière qu'il y aurait forcément des pertes. On envisageait jusqu'à 50% de pertes, chacun pensant évidemment que lui s'en sortirait, et que ca tomberait malheureusement sur les copains.
Le D-DAY aurait dû intervenir le 5 juin, mais une tempête en a décidé autrement, reportant le débarquement de 24 heures.
Dans l'après-midi du 5, nous montons dans des camions bâchés vers le port de Warsash. Nous sommes dans un espèce de champ surplombant les deux barges, la 523 qui embarquera la troop 1 et la section des "K Guns". Dans ce champ, le sonneur de Lord Lovat, Bill Millin jouait de la cornemuse.
La Troop 1 était commandée par Vourc'h, la 8 par Lofi, et la section des K Guns par le Lieutenant Amaury.
J'ai toujours été accroché au lieutenant Amaury depuis mon arrivé en Angleterre en 1942. Je l'avais suivi au peloton moto, puis chez les commandos.
Ces K Guns avaient une importante cadence de tir, à près de 1.000 coups par minute. Le DDAY est leur première utilisation comme arme terrestre. Auparavant, c'est dans l'aviation ou la DCA qu'on les utilisait, jumelées par deux.
"Saoulés par le mouvement de la mer"
Vient le moment d'embarquer. Nous donnons notre ticket d'embarquement, comme pour le bus ou le train, et nous montons à bord. Ce sont des petits bateaux, en forme de vedettes, avec deux ponts et deux passerelles vers l'avant, pouvant contenir 100 personnes. On les appelais les "LCA small". Le départ a dû intervenir en fin d'après-midi, je dirais 17 h.
On a rejoint l'Ile de Wight, puis on a emprunté "Picadilly Circus", naviguant toute la nuit, doublant le gros du convoi pour arriver en tête en face de la zone britannique codée "Sword" (NDLR « épée »). On était saoulés par le mouvement de la mer car on n'était pas ammarinés. On tient mal la toile, dans ces cas-là (Rires). Donc, les gens ne sont pas exubérants, dans ma barge. Ils sont plutôt calmes. On a une pensée pour la famille, c'était comme ça. On était contents de revenir en France : certains l'avaient quitté, comme Léon, en 1940. D'autres n'avait jamais vu le territoire métropolitain, parce qu'ils venaient de l'outre-mer.
On savait que même si on était pas attendus en Normandie, qu'il y aurait forcément une réaction à l'arrivée.
Les "fumi" du "Lorraine"
La météo était vraiment mauvaise en mer. Bien avant de débarquer, le 6, on avait eu une sorte de breakfast. J'étais plutôt barbouillé, comme la plupart.
Le groupe aérien de la France libre "Lorraine" a lancé les fumigènes, pour couvrir l'arrivée des barges. Puis les bateaux touchent, les passerelles sont lancées. On descend, en file indienne. J'ai eu l'impression qu'il y avait 100 mètres à découvert à parcourir. C'et alors que ça a commencé à tomber, alors que jusqu'à maintenant, il n'y avait pas vraiment eu de réaction allemande. Obus d'artillerie, mortier, mitrailleuses, fusils : tout ce qui pouvait tirer chez les Allemands tirait.
Autant on était sous tension sur le bateau, autant là il y avait urgence à dégager, et rapidement.
Un des passerelles de la barge 523 a été endommagée par un obus, donc la 527 s'est mis à couple pour permettre de continuer à débarquer. On monte rapidement vers la dune, et à 20 mètres derrière moi, le commandant Kieffer est touché par une balle, à la cuisse. Ca ne l'empêche pas de continuer. Il réussira ensuite à marcher sans trop de difficultés, mais il ne pouvait plus courir pendant très longtemps. C'est quelqu'un de courageux, le commandant.
On avait des bengalore torpedoes pour détruire le réseau de barbelés, mais elles sont introuvables à ce moment-là. On va donc perdre de précieuses minutes, sous le feu, à couper à la cisaillle les barbelés. Tout ça pour se retrouver dans ce qui était annoncé comme un champ de mines. Toujours pas de bengalores, donc nous sommes passés à la queue-leu-leu et par chance, rien n'a explosé. C'était peut-être des mines antichars, peut-être n'y avait-il rien du tout, en fait.
Nos sacs pesant 30 à 40 kg, on les a laissés dans une colonie de vacances, à Colleville-Montgomery (baptisée ensuite Montgomery), pour être plus légers, donc plus mobiles.
Par la suite, on saura que la troop 1 a eu beaucoup de blessés, de morts, perdant tous ses officiers. Il y a eu un léger temps d'arrêt, puis la section des K Gun est partie la première, pour ouvrir le passage car nous étions les plus lourdement armés. Nous avions débarqués à 2,5-3 kilomètres du canal à peu près. C'était une des points les plus faibles de la défense allemande et nos plans prévoyaient de les prendre à revers dans Ouistreham même, où ils avaient de quoi se défendre. Ce faisant, nous évitions le tir frontal de leur artillerie, de leurs mitrailleuses. Mais pour que ça réussisse, il fallait que nos barges arrivent précisément au bon endroit, ce qui fut le cas, et donc, les pertes ont été limitées sinon cela aurait été un carnage, celui que nous redoutions. On a perdu quand même plein de copains, malgré tout.
Puis nous sommes passés à l'attaque, vers la gare de Ouistreham. A un moment, on aurait dû bifurquer vers la mer mais on a continué tout droit, sur un kilomètre à peu près. Le tout, sans tirer un seul coup de fusil. Quand le Lieutenant Amaury a compris qu'il avait dépassé l'objectif, on a tourné à l'hôtel du cheval blanc (existe toujours en 2004). Il y a eu plusieurs tués, dont Lamoigne, originaire des Côtes du Nord, et le Lieutenant Hubert (ndlr : qui donnera son nom à un des futurs Commandos).
Sniper allemand
Puis les deux troops et la section de K Guns se rejoignent, dans la zone du casino, qui a été pris, encore grâce au courage du Commandant Kieffer, qui malgré sa blessure, a eu le culot d'aller chercher deux chars.
Le commandant était le plus courageux d'entre nous. Né en 1899, il avait donc plus de 44 ans en 1944 alors que nous, nous étions jeunes et inconscients.
Puis nous sommes revenus sur la route de Lion, où il y a eu beaucoup de morts et de blessés parmi les Britanniques car les Allemands avaient réagi dans l'intervalle, alors que nous, nous étions occupés pendant près deux heures par l'assaut sur le casino. On a récupéré nos hull sacs et nous sommes partis, à pied, pour Saint-Aubin, puis Pegasus Bridge. Problème, il y avait un sniper allemand dans le clocher de Bénouville : c'est là que le lieutenant Amaury est blessé. Le pont avait été pris dans la nuit par le major Howard et ses hommes, mais les Allemands tenaient encore le pont en joue. On l'a passé puis on s'est dirigés vers Amfreville, où nous sommes arrivés vers 19 heures. On avait fait à peu près 12 km à pied : la distance, à 800 mètres près, effectuée lors de l'arrivée au camp d'entraînement d'Achnacarry, en Ecosse.

Nos photos : le monument des Commandos, sur le front de mer, à Ouistreham. La flamme porte 177 noms. Des bérets verts viennent régulièrement s'y recueillir, comme ici, en 2005.
Au centre, la stèle au nom du lieutenant Hubert. En bas : une des nombreuses stèles dans l'arrière pays normand : celle-ci est en l'honneur des commandos alliés, peut-être à Amfréville, où eurent lieu de furieux combats. (crédits : JMT)

jeudi 21 mai 2009

La loi de Marcus

« Voir un homme courageux, un homme solitaire et innocent, se battre contre des forces démoniaques irrésistibles dans un monde impitoyable m’avait toujours inspiré et réchauffé le cœur ». Le maître Marcus Luttrell est un fan du Comte de Monte-Cristo, et il a sans doute aussi trouvé l’instinct de survie dans Alexandre Dumas, et la célèbre phrase d’Emond Dantès : « Dieu me rendra justice ». Le DVD du film était dans son sac, quand il arrive à Bahrein, base arrière des forces spéciales opérant en Afghanistan.
Luttrell est « le Survivant » (Editions Nimrod), le seul rescapé de son équipe Seal. Infiltré le 28 juin 2005 au cœur du Kunar, une des zones les plus hostiles de l’Afghanistan, il voit périr un à un ses frères d’armes, tous polycriblés. Cruel, et encore plus cruel pour celui qui est aussi le Medics du groupe.
Tout a commencé parce que l’équipe a laissé filer des bergers qui avaient détecté leur présence. En Kunar, comme quasiment partout ailleurs en Afghanistan, on n’est pas insurgé à temps complet : un fort parti d’insurgés (sans doute alerté par les bergers), dont le chef est précisément la cible des Seal va alors traquer les Américains.
Le Lokhay warkawal (le respect de l’hôte, chez les pachtounes) l’a-t-il sauvé des balles des talibans, qui ceinturent le village où il se réfugie ? Manifestement. Les rangers, qui le chercheront aussi pendant des jours, dans les montagnes de Kunar.
Le Texan, admirateur de George Bush, en est sorti sans doute transformé. Il le dit, à mots couverts, et cela perce finalement, dans l’écriture de Patrick Robinson, qui a recueilli son extraordinaire histoire.
Une histoire où le chef des forces spéciales va lui-même chercher « son » gars, ce qui lui coûte la vie.
Une histoire où les Seal investissent le ranch texan de la famille Luttrell –son propre frère jumeau est Seal aussi- pour la soutenir et la protéger de la presse.
Bref, une histoire à lire, sans s’arrêter aux quelques écueils intrinsèques du récit (patriotisme exacerbé avec pour corollaire un anti-presse primaire, etc).
Marcus Luttrel est reparti, quelques semaines après son aventure, pour l’Irak.
François de Saint Exupery, qui mène les Editions Nimrod s’est fait le spécialiste de ces récits bruts de fonderie, publiant aussi l’ancien SAS Chris Ryan ou le SBS Duncan Falconer. Un jour, des commandos français franchiront sans doute aussi le pas, même si c’est peu inscrit dans la culture chez nous.
Comme pour me faire mentir, le reporter du Figaro Jean-Louis Tremblais a effectué un patient travail de recueil de la mémoire du colonel Jean Sassi, que je recommande aussi à la lecture. De la résistance à l’Algérie, en passant par l’Indochine, 20 ans de guerres secrètes décortiquées par un de ses piliers. Bref, de la tactique, du vécu, qui peut aussi irriguer la réflexion du commando d’aujourd’hui, que celle de leurs chefs.
Comme l’un d’eux me l’a confié un jour, c’est aussi en relisant les journaux de marche, les retex de ces héros discrets que l’on peut, aujourd’hui, gagner toutes les guerres.

mardi 7 avril 2009

Commandos marine de 1944 : ils ne sont plus que 17...


... Sur les 177 qui avaient débarqué à Ouistreham, le 6 juin 1944, leur chef -Philippe Kieffer- compris. Même si on les oublie un peu dans l'Obamania ambiante, on aura une pensée émue pour eux, ce 6 juin 2009, pour commémorer le 65e anniversaire de leur mission réussie, au prix de pertes très importantes -les deux tiers des commandos furent blessés pendant la campagne de Normandie-.
Les plus jeunes aujourd'hui ont 82 ans! Comme c'est la tradition chez ces guerriers qui ne revendiquent rien si ce n'est d'avoir accompli leur "devoir", une partie d'entre eux devrait se retrouver, le 6 juin, au monument des commandos, à côté du Casino de Ouistreham.
Sur ce cliché de 2004 (@ JMT) figurent trois des vétérans de 1944 devant le mémorial des commandos, en Ecosse, à quelques kilomètres d'Achnacarry. Pour la plupart, c'était la première fois que ces vétérans revenaient dans le camp où ils avaient été formés, pendant la seconde guerre mondiale.

Encore aujourd'hui, cette tradition de bravoure se perpétue au sein des commandos marine, engagés aux quatre coins du monde, dans des opérations antidrogue ou de contre-piraterie. Les liens culturels entre ces glorieux anciens et leurs descendants sont entretenus très étroitement puisque souvent, c'est un vétéran qui remet son béret vert au jeune commando.

Illustration de cette pérenisation de la tradition, le 6e commando, créé l'an dernier sur la plage de Ouistreham, le 6 juin, a été nommé en mémoire de leur créateur : Kieffer.