vendredi 4 février 2011

Des UO anti-AQMI

Le général de division Didier Castres, patron du CPCO (1), l'a annoncé hier : la France a lancé ces derniers mois -pour ne pas dire ces derniers jours- des urgences opérations liées au combat qu'elle mène contre AQMI, au Sahel. Entre autres, et sans aucun détail, vu la sensibilité du sujet, le représentant de l'EMA a expliqué que le ministère était en train de "développer des capacités" pour permettre à l'ATL-2 de mieux opérer au-dessus des terres.
Une vieille histoire (2) pourtant, que l'engagement de la "frégate volante" au-dessus des sables et des savanes africains, mais sans doute jamais, l'engin n'aura été engagé dans un tel volume, avec pas moins de trois appareils au Niger, en septembre dernier (40% de la flotte engageable, à l'époque), et autant, le mois dernier. Un 3e appareil avait alors été rameuté en urgence.
De fait, sauf en Afghanistan, l'ATL-2 a été systématiquement "taské" par le CPCO à chaque déclenchement d'opérations. Une dimension incontournable qui divise, depuis longtemps, dans la marine : certains voient mal l'avion "détourné" de sa mission initiale, la traque des sous-marins adverses. Pas l'amiral Guillaud, semble-t-il, qu'on dit un fervent supporteur de l'ATL-2.
C'est aussi une vieille histoire que l'obsolescence des capteurs de l'Atlantique -un secret de polichinelle- : l'opération a été maintes fois décalée, à chaque fois remplacée par d'autres urgences sur d'autres équipements.
Au point que je ne me hasarderai pas à écrire un calendrier du chantier prévu (3).
Rappelons seulement que dans les années 80, l'engin hébergeait l'état de l'art des technologies disponibles ; trente ans plus tard, l'essentiel de son intelligence provient... de ses équipages.
Parmi les options les plus urgentes figuraient précisément le remplacement de la tourelle optronique infrarouge -certains rêvaient même d'une double tourelle- : très performante, elle ne permet cependant pas -faute de voie jour- de lever le doute, dans un groupe mêlant otages et preneurs d'otages.
A 7.000 mètres de distance, et 4.000 mètres d'altitude, le Tango a fait ce qu'il pouvait (4).
Il aurait pu être remplacé plus tôt. Cette fois, c'est officiel : c'est devenu urgent.

(1) qu'il a présenté en ces termes : l'objectif du CPCO est "d'aider les forces à gagner en opérations".
(2) notamment contée par votre serviteur dans le hors-série de RAIDS consacré aux 100 ans de l'aéronavale.
(3) si, soyons pervers : un nouveau report du contrat global, l'an dernier, a produit un autre contrat, de levée de risques.
(4) Et, je le confirme, même un Nikon ne peut pas non plus, à cette distance, faire des miracles.

jeudi 3 février 2011

Des SAN encore attaqués à l'IED

Deux brancardiers secouristes blessés en Kapisa par l'explosion d'un IED vont être stratévaqués, vraisemblablement par un aéronef de l'armée de l'air. Leur VABSAN a sauté sur un IED lors de l'opération Storm Lightning 1, et ils souffriraient de fractures multiples, obligeant leur rapatriement en France.
Les deux autres occupants du véhicule, un médecin et une infirmière, ont été moins touchés. On ignore la ou les unités d'origine des uns et des autres.
L'attaque est pour l'instant difficile à analyser : plus rien ne distingue, désormais, les VABSAN des autres VAB, à part quelques détails connus d'initiés. Cependant, une simple observation visuelle des évènements peut permettre de comprendre la destination du véhicule. Et de le cibler. Ce qui n'est pas démontré, encore, dans ce cas-ci.
Des VABSAN ont déjà été ciblés par des tirs, c'est alors qu'on avait décidé de les désilhouettiser, et d'ôter leurs croix rouges.
Néanmoins, plusieurs membres d'équipes médicales ont été blessés, parfois grièvement, lors d'attaque par IED.
Les équipes médicales ont lourdement payé leur participation aux opérations, en première ligne : rappelons, à ce titre, les sacrifices du CCH Rodolphe Penon (2e REP), de l'ICS Thibault Miloche (126e RI), de l'ICN Mathieu Toinette (402e RA) et de l'infirimier commando Frédéric Paré. 7% des morts Français en Afghanistan, et encore bien plus, si l'on considère les seules pertes au combat, là où, évidemment, les équipes médicales ne représentent pas 7% des effectifs engagés.

Un gros poisson

Un chef insurgé a été interpellé dans une opération en vallée de Bedraou (Kapisa), le 31 janvier, en pleine nuit, dans le cadre de l'opération Storm Lightning 1. On ignore le pedigree précis de ce responsable, dont plusieurs hommes ont été tués, et d'autres blessés. Certains se seraient même "rendus" à l'ANA, ce qui est assez rare.
L'EMA, sans en dire trop, explique que ce chef était "un des éléments majeurs de cette zone". Cette arrestation, effectuée de nuit au nord de la bourgade Pashakari, n'est sans doute pas le fruit du hasard : elle fait suite à plusieurs précédents obtenus, ces derniers mois, dans cette même province. Selon l'EMA, le chef a été "localisé sur renseignements" obtenus par l'ANA et l'ANP. L'opération de recherche et d'interpellation "s'est fait dans la foulée, pour exploiter l'opportunité".
La faire connaître est sans doute, aussi, une façon comme une autre d'entamer le moral des insurgés.
Cette opération serait menée de jour comme de nuit. Elle intervient après une période pendant laquelle les troupes françaises avaient vu leur activité opérationnelle réduite, en janvier, après un engagement pourtant positif, dans l'opération Blacksmith Hammer, menée en Kapisa (Bedraou et Alasay) fin décembre, début janvier.
L'activité insurgée ne faiblit pas, pour autant, puisqu'un AMX10RCR du RICM avaient été l'objet d'une attaque à l'IED, vendredi dernier, à hauteur du parallèle 46. Les quatre marsouins n'auraient subi qu'un trauma léger.
Un maître-chien de l'armée de l'air (CPA) opérant au sein de la fouille opérationnelle (FOS) a aussi été blessé par balle en début d'opération, tout comme un OMLT. Un VABSAN a aussi été touché par un IED : deux des quatre occupants ont été touchés, sans trop de gravité.
1.200 Français avaient été engagés dans cette opération.
Selon l'EMA, une "trentaine d'insurgés ont été neutralisés" dans cette opération. Dont une dizaine "définitivement".

Devenez... : 1.700.000 visiteurs uniques

Le site internet mis en place par la sous-direction du recrutement de l'armée de terre (devenez vous-même) a franchi le cap des 1.700.000 visiteurs uniques en début d'année. Il vient de fêter sa première année d'existence, en ce début février.

Qui perd... ou gagne, selon la rue Cambon

La Cour des comptes détaille les gains ou pertes obtenues sur six dossiers d'externalisation. Au registre des gains figure les cas de Varennes-sur-Allier (41% par rapport au coût en régie, soit 2,1 MEUR par an économisés), de Cognac (22%, 5,17 MEUR / an) où EADS apporte des avions, de la sécurité de 5 bases aérienes (entre 56 et 63%, soit 5,5 MEUR à 6,3 MEUR par an) et de véhicules de la gamme commerciale (22% soit 19,1 MEUR/an). Le gain de l'opération Helidax reste mesuré, selon la Cour des Comptes, avec un gain de 0,9%. La Cour évoque aussi, sur cette même opération, des "incertitudes importantes"et des "interrogations fortes sur les hypothèses retenues".
La location avec option d'achat de deux A340 est par contre "nettement défavorable", selon la Cour qui évoque une différence de 9,65 EUR par siège par heure de vol, soit 52% de différence entre le coût théorique en régie optimisée, et le coût réel du service externalisé.
Les observations de la Cour des Comptes sont souvent fondées, mais il ne sera pas inutile, également, de lire les réponses des administrations sur ces dossiers, qui ne sont pas, à l'heure où ce post est écrit, disponibles.