L'infatigable combattant de la Mémoire, Léon Gautier, fut un des premiers Français Libres, en 1940,
par le journaliste Jean-Marc Tanguy - Twitter @Defense137 - 9253 posts depuis avril 2009 - 81,92 millions de pages vues depuis juin 2010.
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vendredi 8 mai 2020
La promesse du vétéran
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dimanche 6 mai 2018
Le souvenir français passe les 200.000
C'est son président général, Serge Barcellini qui l'affirme, le Souvenir Français vient de passer le cap
vendredi 21 septembre 2012
Ils savaient, ils n'ont rien fait
L'amphi Foch de l'école militaire était plein hier, travées comprises, pour découvrir le documentaire que la jeune historienne Virginie Linhart consacre à un sujet qui n'est pas neuf, mais qui n'avait pas encore été traité en images. Les Alliés savaient que les Nazis massacraient en masse des juifs européens, mais ils n'ont rien fait.
Prise d'émotion par son sujet, la réalisatrice lit un texte bref devant des enfants de déportés, des petits-enfants de déportés, des déportés. Simone Veil est là.
Le documentaire commence sur la découverte des camps en avril 1945, le 24, à Bergen-Belsen. Puis c'est le flashback sur le discours d'Hitler au Reichstag, évoquant le 30 janvier... 1939 l'extermination des juifs en Europe. 13 millions de juifs habitent en Europe, rappellent la voix off.
Sur les brisées de Barabarosa, 3.000 Einsatgruppen commencent l'extermination systématique des juifs à l'Est. 30.000 juifs sont exterminés à Kiev : on leur a demandé par affichage de venir à un point de regroupement le 21 août, les Einsatgruppen ont fait le reste.
Dans la Pologne d'alors, déjà habitée par des relents d'antisémitisme, des hommes se lèvent. Le résistant Yan Karski -qui n'est pas juif- est envoyé à Londres témoigner de ce qu'il a vu dans le ghetto de Varsovie. Mais Anthony Eden, qui le reçoit, bloque un rendez-vous à Churchill. Bien plus tard, Karski rencontrera ce qu'il a vu à Roosevelt. Sans plus d'effet.
Les premiers articles de presse sur l'extermination des juifs sont pourtant parus très tôt : le 25 juin 1942, le Daily Telegraph de Londres l'explique en toutes lettres : 700.000 juifs tués en Pologne.
Aux Etats-Unis, la communauté juive donne même des fonds pour équiper l'armée rouge ! Mais on le sait, cela ne sauvera pas les juifs du ghetto de Varsovie. Ni ceux de Hongrie. Déportés en masse. Ceux de Roumanie, que les SS cherchent à commercialiser, n'ont pas "trouvé preneur".
La France sait, très tôt aussi quel traitement est réservé aux juifs. Un original du BCRA, en date du 1er août 1942 est projeté à l'écran : il évoque la livraison aux Allemands de 10.000 juifs capturés en zone non occupée.
Très officiellement, les 11 pays alliés condamnent publiquement l'extermination des juifs d'Europe le 17 décembre... 1942. A cette date, on estime que 2.600.000 juifs sont déjà morts.
Personne ne voudra endosser le risque que des bombardements sur Auschwitz puissent tuer des juifs : les alliés savent déjà précisément ce qui s'y passe. Auschwitz ne sera jamais inquiété : les plus proches bombes tomberont à 8 km de là, sur d'autres objectifs.
Le quota de visas, pour accueillir des réfugiés juifs aux Etats-Unis ou en Palestine ne sera jamais atteint.
Toutes ces réalités, assénées par la voix de Jeanne Balibar sont incompréhensibles, 70 ans après.
Ce travail de mémoire utile sera diffusé, une fois n'est pas coutume, très tard (23h10), le 29 octobre, sur France 3.
Il mériterait d'être plus largement diffusé dans les écoles, et là où sont formés tous ceux qui seront appelés, un jour, à tenir une fonction publique.
Prise d'émotion par son sujet, la réalisatrice lit un texte bref devant des enfants de déportés, des petits-enfants de déportés, des déportés. Simone Veil est là.
Le documentaire commence sur la découverte des camps en avril 1945, le 24, à Bergen-Belsen. Puis c'est le flashback sur le discours d'Hitler au Reichstag, évoquant le 30 janvier... 1939 l'extermination des juifs en Europe. 13 millions de juifs habitent en Europe, rappellent la voix off.
Sur les brisées de Barabarosa, 3.000 Einsatgruppen commencent l'extermination systématique des juifs à l'Est. 30.000 juifs sont exterminés à Kiev : on leur a demandé par affichage de venir à un point de regroupement le 21 août, les Einsatgruppen ont fait le reste.
Dans la Pologne d'alors, déjà habitée par des relents d'antisémitisme, des hommes se lèvent. Le résistant Yan Karski -qui n'est pas juif- est envoyé à Londres témoigner de ce qu'il a vu dans le ghetto de Varsovie. Mais Anthony Eden, qui le reçoit, bloque un rendez-vous à Churchill. Bien plus tard, Karski rencontrera ce qu'il a vu à Roosevelt. Sans plus d'effet.
Les premiers articles de presse sur l'extermination des juifs sont pourtant parus très tôt : le 25 juin 1942, le Daily Telegraph de Londres l'explique en toutes lettres : 700.000 juifs tués en Pologne.
Aux Etats-Unis, la communauté juive donne même des fonds pour équiper l'armée rouge ! Mais on le sait, cela ne sauvera pas les juifs du ghetto de Varsovie. Ni ceux de Hongrie. Déportés en masse. Ceux de Roumanie, que les SS cherchent à commercialiser, n'ont pas "trouvé preneur".
La France sait, très tôt aussi quel traitement est réservé aux juifs. Un original du BCRA, en date du 1er août 1942 est projeté à l'écran : il évoque la livraison aux Allemands de 10.000 juifs capturés en zone non occupée.
Très officiellement, les 11 pays alliés condamnent publiquement l'extermination des juifs d'Europe le 17 décembre... 1942. A cette date, on estime que 2.600.000 juifs sont déjà morts.
Personne ne voudra endosser le risque que des bombardements sur Auschwitz puissent tuer des juifs : les alliés savent déjà précisément ce qui s'y passe. Auschwitz ne sera jamais inquiété : les plus proches bombes tomberont à 8 km de là, sur d'autres objectifs.
Le quota de visas, pour accueillir des réfugiés juifs aux Etats-Unis ou en Palestine ne sera jamais atteint.
Toutes ces réalités, assénées par la voix de Jeanne Balibar sont incompréhensibles, 70 ans après.
Ce travail de mémoire utile sera diffusé, une fois n'est pas coutume, très tard (23h10), le 29 octobre, sur France 3.
Il mériterait d'être plus largement diffusé dans les écoles, et là où sont formés tous ceux qui seront appelés, un jour, à tenir une fonction publique.
mardi 7 février 2012
Que vont-ils devenir ?
Le monument de Tora (photo Jean-Marc Tanguy).
Mon camarade Philippe Chapleau posait hier la question pour le monument qu'il a vu sur FOB Gwan, mais que vont devenir les monuments, officiels ou non, érigés en Afghanistan par les soldats Français, après la mort de camarades ?
Et où les mettre, certains ayant, de plus, un caractère collectif ? Il sera, de fait, assez difficile, de les mettre, vu la configuration, sur le monument opex...
dimanche 5 février 2012
Invalides (2) : En mémoire de Georges Morin
(voici la suite de notre reportage diachronique aux Invalides. Le premier épisode peut être lu ici.)
Georges Morin avait été blessé aux yeux, pendant la première guerre mondiale, et pendant la suivante, est employé à l'ONACVG, aux Invalides. Avec sa famille, il refuse la défaite, et choisit la résistance dans le réseau "Action et Vengeance" de la France combattante. 130 pilotes alliés seront hébergés au-dessus de l'église du soldat des Invalides, entre charpente de chataîgnier et voute de l'édifice.
Par un orifice par lequel on lâchait des pigeons, sous l'ancien régime, les pilotes peuvent entendre la messe servie aux Allemands, quelques dizaines de mètres plus bas.
Ils profitent de la discrétion apportée par les toits pour prendre l'air, peut-être fumer une cigarette.
Dénoncée aux Allemands le 5 juillet 1944, la famille Morin est déportée dans les camps. L'ancien blessé de guerre, médaillé militaire, décoré de la croix de guerre, n'en reviendra pas : il meurt en décembre 1944. Seules sa femme et sa fille en reviendront.
Une trace laissée par le passage des aviateurs alliés (photo : Jean-Marc Tanguy).
Georges Morin avait été blessé aux yeux, pendant la première guerre mondiale, et pendant la suivante, est employé à l'ONACVG, aux Invalides. Avec sa famille, il refuse la défaite, et choisit la résistance dans le réseau "Action et Vengeance" de la France combattante. 130 pilotes alliés seront hébergés au-dessus de l'église du soldat des Invalides, entre charpente de chataîgnier et voute de l'édifice.
La charpente en châtaignier qui servait d'horizon principal aux pilotes pendant leur séjour aux Invalides. (photo : Jean-Marc Tanguy).
Par un orifice par lequel on lâchait des pigeons, sous l'ancien régime, les pilotes peuvent entendre la messe servie aux Allemands, quelques dizaines de mètres plus bas.
Ils profitent de la discrétion apportée par les toits pour prendre l'air, peut-être fumer une cigarette.
Dénoncée aux Allemands le 5 juillet 1944, la famille Morin est déportée dans les camps. L'ancien blessé de guerre, médaillé militaire, décoré de la croix de guerre, n'en reviendra pas : il meurt en décembre 1944. Seules sa femme et sa fille en reviendront.
Sur les toits des Invalides, à proximité immédiate de la cache des pilotes (photo : Jean-Marc Tanguy)
(demain la suite de notre reportage diachronique aux Invalides : une PME bien rodée)
(demain la suite de notre reportage diachronique aux Invalides : une PME bien rodée)
dimanche 8 janvier 2012
Un mémorial pour les soldats de l'OTAN, à Frethun
Pendant que les uns coupent les cheveux en quatre, les autres agissent. Deux associations, l'AECOPSD et la CNAMFSA qui regroupent des militaires européens, entendent inaugurer le 25 février prochain un mémorial érigé en l'honneur de quelque 2.300 soldats de l'OTAN qui ont péri en Afghanistan, parmi lesquels 78 Français.
La ville de Frethun (Pas-de-Calais) a été choisie parce qu'elle est situé au carrefour de l'Europe, en tout cas des principaux contributeurs de l'ISAF, et bien desservie en transports.
C'est Willy Breton, un gendarme de Calais et chancelier de AECOPSD qui a eu l'idée de ce mémorial lors d'une mission en Afghanistan, alors qu'il rapatriait la dépouille du capitaine Christophe Barek-Deligny et d'un militaire néerlandais, tombé avec lui le 22 mai 2010. Les démonstrations faites par les troupes de l'OTAN l'ont alors convaincu d'initier ce projet de mémorial. "Pour son évacuation sur Kaboul, le corps du capitaine est transporté de l'hôpital de campagne jusqu'à un avion, écrit le gendarme. Sur le trajet, sur environ 1,5 kilomètre, les militaires de toutes nationalités et stationnés sur la base forment spontanément une haie d'honneur. J'ai été particulièrement touché et ému par ce geste de respect.En souvenir de la fin tragique de ces deux camarades, j’ai donc décidé de leur rendre hommage."
Catherine Fournier, La maire de la commune de Frethun a donné le terrain de 100 m2, et c'est un appel aux dons qui a financé la stèle. L'essentiel semble provenir d'un donateur américain, selon un membre de l'association. Selon la même source, les deux familles de militaires qui étaient morts le 22 mai ont été invitées à l'inauguration.
La ville de Frethun (Pas-de-Calais) a été choisie parce qu'elle est situé au carrefour de l'Europe, en tout cas des principaux contributeurs de l'ISAF, et bien desservie en transports.
C'est Willy Breton, un gendarme de Calais et chancelier de AECOPSD qui a eu l'idée de ce mémorial lors d'une mission en Afghanistan, alors qu'il rapatriait la dépouille du capitaine Christophe Barek-Deligny et d'un militaire néerlandais, tombé avec lui le 22 mai 2010. Les démonstrations faites par les troupes de l'OTAN l'ont alors convaincu d'initier ce projet de mémorial. "Pour son évacuation sur Kaboul, le corps du capitaine est transporté de l'hôpital de campagne jusqu'à un avion, écrit le gendarme. Sur le trajet, sur environ 1,5 kilomètre, les militaires de toutes nationalités et stationnés sur la base forment spontanément une haie d'honneur. J'ai été particulièrement touché et ému par ce geste de respect.En souvenir de la fin tragique de ces deux camarades, j’ai donc décidé de leur rendre hommage."
Catherine Fournier, La maire de la commune de Frethun a donné le terrain de 100 m2, et c'est un appel aux dons qui a financé la stèle. L'essentiel semble provenir d'un donateur américain, selon un membre de l'association. Selon la même source, les deux familles de militaires qui étaient morts le 22 mai ont été invitées à l'inauguration.
lundi 2 janvier 2012
"Les Afghans nous sont reconnaissants"
Le député de la commission de défense Christophe Guilloteau a réveillonné à Tora avec les soldats français. Rentré hier d'Afghanistan, il est également rapporteur pour le groupe UMP du texte sur le 11 novembre.
Quel esprit régnait en Afghanistan ?
Un esprit de fête, très présent, et une forte cohésion. Les soldats viennent d'unités différentes, chacune avec son chant, mais la cohésion est très forte. On trouve des petites crèches de Noël dans la plupart des locaux de la FOB. Le fait religieux est très présent. On a eu un moment très émouvant aussi en arrivant à Kaboul, samedi, avec le levée des corps des deux légionnaires tués en Kapisa. Leurs frères d'armes étaient là, ainsi que des délégations étrangères, américaine, afghane. Les officiers afghans que nous avons vu, pendant ce déplacement, étaient très peinés pour ce qui est arrivé.
Puis un Transall a convoyé les cercueils à Douchanbe, et notre Airbus les a ramenés hier à Paris, avant la cérémonie de demain.
Il appartient aux grandes démocraties d'être présentes en Afghanistan pour lutter contre le terrorisme. J'avais aussi, pendant ce déplacement, une vision rétrospective, puisqu'on se rapproche de la date du retrait, en 2014. Et on sent bien que le calendrier peut s'accélérer, dans six mois.
Qu'avez vous trouvé de changé depuis votre dernier séjour, en 2008, dans l'immédiat après-Uzbeen ?
L'ANA a évidemment bien progressé dans l'occupation de l'espace. Il y a beaucoup plus d'hélicoptères, nous l'avions demandé à l'époque. Désormais, la TF Mousquetaire dispose de trois Caracal et de deux Cougar, plus quatre Tigre et cinq Gazelle. Le renseignement a aussi bien progressé. On a pu, sur un écran, suivre l'évolution d'une situation grâce à un drone, et Gérard Longuet a déclenché le tir d'un Caesar, qui a détruit une position insurgée. En cinquante secondes, l'obus est arrivé sur sa cible.
Qu'est -ce qui vous a étonné ?
A chaque fois, je suis émerveillé par ce que je découvre, la technologie, les compétences de nos soldats, les moyens qui ont été envoyés depuis 2008. J'ai passé une partie de la nuit à faire le tour de la FOB, sur les points de garde : il y a la garde comme on la fait depuis les Romains, et ce qu'on a gagné avec la technologie, en matière de vision nocturne, par exemple.
Je note que le soutien du soldat s'est amélioré. En 2008, on couchait dans des tentes, maintenant c'est du dur. L'eau était rationnée, à l'époque, maintenant, on trouve des bouteilles d'eau à disposition dans tous les coins de la FOB, et il est possible de prendre plusieurs douches. Les soldats m'ont dit que l'internet leur était bien plus accessible, avec trois heures de communications par mois. La popote est bonne aussi, en quantité et en qualité. Pour résumer, le quotidien du soldat est bien meilleur qu'en 2008.
Les militaires comprennent-ils votre rôle d'élus ?
Pas trop, non (rires). Gérard Longuet, qui fut député puis sénateur leur a rappelé, dans chacun de ces discours, que c'est grâce à nous qu'ils sont là, car nous votons leur budget. Les militaires ne mesurent pas très bien notre rôle, et des occasions comme celles-ci permettent de mieux l'expliquer.
Sait-on ce que sera le traité d'amitié franco-afghane ?
Il y aura une dimension économique, mais les Américains déversent un milliard de dollars d'aide par mois. On ne boxe pas dans la même catégorie. Néanmoins, les Afghans nous sont reconnaissants pour ce que nous leur avons apporté, notamment en matière de formation de leur police et de leur armée. C'est le cas notamment avec une POMLT, des mentors de la gendarmerie venus de mon département (Bron) renforcée par des effectifs de l'Isère.
Ces rencontres avec les soldats vous ont-ils permis de mieux réfléchir à ce que vous direz, le 10, dans l'hémicycle, à l'occasion du texte sur le 11 novembre ?
Il y a deux parties dans ce texte, une qui concerne le 11 novembre, et l'autre, qui dépasse ce seul cadre, pour parler du devoir de mémoire. Ce que je constate, c'est que depuis 2003 que je suis élu, les commémorations attirent moins de monde, et les vétérans sont moins nombreux. Les plus nombreux, ceux de l'Algérie, ont déjà une soixantaine d'années. Dans des communes de ma circonscription, qui est très rurale, on choisit de faire les commémorations le dimanche pour que les citoyens puissent y assister plus facilement. Le 13 novembre, j'ai inauguré un monument aux morts dans une commune de quelques centaines d'habitants, La Chapelle sur Coize, qui n'avait pas encore de monument aux morts : tout le canton était là ! Ce qui démontre bien que les Français sont attentifs à ces questions du souvenir et de la mémoire.
Dans ce texte, nous avons aussi voulu que les noms des soldats morts en Afghanistan soient inscrits sur les monuments aux morts, de la ville de naissance ou de résidence. Nous le devons à nos soldats qui sont morts là-bas pour la France. Nous avons également décidé que s'il n'y avait plus de place sur le monument aux morts lui-même, cela devait être visible "à proximité immédiate".
Il faut que l'engagement de nos soldats soit visible par les Français : les noms des parachutistes du Drakkar ne sont visibles nulle part !
Comment peut-on pallier le déficit de devoir de mémoire ?
Je pense que cela passe notamment par l'enseignement donné à nos jeunes, il doivent mieux connaître notre histoire.
Si vous aviez un souvenir de votre déplacement à retenir ?
J'aimerais en fait retourner en Afghanistan à la fin, pour voir ce qu'on aura laissé et comment les Afghans prennent leur destinée en mains. Je suis allé deux fois dans ce pays, et à deux fois dans des moments graves, militairement importants pour notre pays et le leur. Un souvenir ? J'ai été fier que ces soldats nous accueillent, nous des civils, et nous fassent partager quelques heures de leur engagement.
Quel esprit régnait en Afghanistan ?
Un esprit de fête, très présent, et une forte cohésion. Les soldats viennent d'unités différentes, chacune avec son chant, mais la cohésion est très forte. On trouve des petites crèches de Noël dans la plupart des locaux de la FOB. Le fait religieux est très présent. On a eu un moment très émouvant aussi en arrivant à Kaboul, samedi, avec le levée des corps des deux légionnaires tués en Kapisa. Leurs frères d'armes étaient là, ainsi que des délégations étrangères, américaine, afghane. Les officiers afghans que nous avons vu, pendant ce déplacement, étaient très peinés pour ce qui est arrivé.
Puis un Transall a convoyé les cercueils à Douchanbe, et notre Airbus les a ramenés hier à Paris, avant la cérémonie de demain.
Il appartient aux grandes démocraties d'être présentes en Afghanistan pour lutter contre le terrorisme. J'avais aussi, pendant ce déplacement, une vision rétrospective, puisqu'on se rapproche de la date du retrait, en 2014. Et on sent bien que le calendrier peut s'accélérer, dans six mois.
Qu'avez vous trouvé de changé depuis votre dernier séjour, en 2008, dans l'immédiat après-Uzbeen ?
L'ANA a évidemment bien progressé dans l'occupation de l'espace. Il y a beaucoup plus d'hélicoptères, nous l'avions demandé à l'époque. Désormais, la TF Mousquetaire dispose de trois Caracal et de deux Cougar, plus quatre Tigre et cinq Gazelle. Le renseignement a aussi bien progressé. On a pu, sur un écran, suivre l'évolution d'une situation grâce à un drone, et Gérard Longuet a déclenché le tir d'un Caesar, qui a détruit une position insurgée. En cinquante secondes, l'obus est arrivé sur sa cible.
Qu'est -ce qui vous a étonné ?
A chaque fois, je suis émerveillé par ce que je découvre, la technologie, les compétences de nos soldats, les moyens qui ont été envoyés depuis 2008. J'ai passé une partie de la nuit à faire le tour de la FOB, sur les points de garde : il y a la garde comme on la fait depuis les Romains, et ce qu'on a gagné avec la technologie, en matière de vision nocturne, par exemple.
Je note que le soutien du soldat s'est amélioré. En 2008, on couchait dans des tentes, maintenant c'est du dur. L'eau était rationnée, à l'époque, maintenant, on trouve des bouteilles d'eau à disposition dans tous les coins de la FOB, et il est possible de prendre plusieurs douches. Les soldats m'ont dit que l'internet leur était bien plus accessible, avec trois heures de communications par mois. La popote est bonne aussi, en quantité et en qualité. Pour résumer, le quotidien du soldat est bien meilleur qu'en 2008.
Les militaires comprennent-ils votre rôle d'élus ?
Pas trop, non (rires). Gérard Longuet, qui fut député puis sénateur leur a rappelé, dans chacun de ces discours, que c'est grâce à nous qu'ils sont là, car nous votons leur budget. Les militaires ne mesurent pas très bien notre rôle, et des occasions comme celles-ci permettent de mieux l'expliquer.
Sait-on ce que sera le traité d'amitié franco-afghane ?
Il y aura une dimension économique, mais les Américains déversent un milliard de dollars d'aide par mois. On ne boxe pas dans la même catégorie. Néanmoins, les Afghans nous sont reconnaissants pour ce que nous leur avons apporté, notamment en matière de formation de leur police et de leur armée. C'est le cas notamment avec une POMLT, des mentors de la gendarmerie venus de mon département (Bron) renforcée par des effectifs de l'Isère.
Ces rencontres avec les soldats vous ont-ils permis de mieux réfléchir à ce que vous direz, le 10, dans l'hémicycle, à l'occasion du texte sur le 11 novembre ?
Il y a deux parties dans ce texte, une qui concerne le 11 novembre, et l'autre, qui dépasse ce seul cadre, pour parler du devoir de mémoire. Ce que je constate, c'est que depuis 2003 que je suis élu, les commémorations attirent moins de monde, et les vétérans sont moins nombreux. Les plus nombreux, ceux de l'Algérie, ont déjà une soixantaine d'années. Dans des communes de ma circonscription, qui est très rurale, on choisit de faire les commémorations le dimanche pour que les citoyens puissent y assister plus facilement. Le 13 novembre, j'ai inauguré un monument aux morts dans une commune de quelques centaines d'habitants, La Chapelle sur Coize, qui n'avait pas encore de monument aux morts : tout le canton était là ! Ce qui démontre bien que les Français sont attentifs à ces questions du souvenir et de la mémoire.
Dans ce texte, nous avons aussi voulu que les noms des soldats morts en Afghanistan soient inscrits sur les monuments aux morts, de la ville de naissance ou de résidence. Nous le devons à nos soldats qui sont morts là-bas pour la France. Nous avons également décidé que s'il n'y avait plus de place sur le monument aux morts lui-même, cela devait être visible "à proximité immédiate".
Il faut que l'engagement de nos soldats soit visible par les Français : les noms des parachutistes du Drakkar ne sont visibles nulle part !
Comment peut-on pallier le déficit de devoir de mémoire ?
Je pense que cela passe notamment par l'enseignement donné à nos jeunes, il doivent mieux connaître notre histoire.
Si vous aviez un souvenir de votre déplacement à retenir ?
J'aimerais en fait retourner en Afghanistan à la fin, pour voir ce qu'on aura laissé et comment les Afghans prennent leur destinée en mains. Je suis allé deux fois dans ce pays, et à deux fois dans des moments graves, militairement importants pour notre pays et le leur. Un souvenir ? J'ai été fier que ces soldats nous accueillent, nous des civils, et nous fassent partager quelques heures de leur engagement.
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