mercredi 11 novembre 2009

Ecume 1 : une affaire à un million d'euros

L'échec de l'opération Ecume n'aurait coûté "que" un million d'euros (1). C'est compter, évidemment, sans le temps perdu : les 20 Ecume, devant remplacer moitié moins d'Etraco, devraient déjà être toutes livrées, ce qui ne sera effectif qu'en... 2014. Le temps de lancer un nouvel appel d'offres au premier trimestre 2010, de le dépouiller, d'évaluer l'embarcation retenue, et de la produire. La première Ecume serait livrée pour le rendez-vous de la première FREMM, l'Aquitaine, en 2012, s'il n'a y a pas de nouveau retard pris dans la roadmap.
Après les mauvaises surprises d'Ecume 1, les commandos ont mis les bouchées doubles pour se garer de toute forme de péripétie. Une réunion d'information des industriels a notament été organisée à Lorient, en juin dernier. Et les spécifications ont été revues à la baisse.
Le volume global qui sera consacré à Ecume 2 avoisinerait les 10 millions d'euros. La procédure d'acquisition sera standard, et contrairement à ce qu'on avait pu entendre, elle ne sera pas financée par le plan de relance (qui limite aux prétendants nationaux) ou aux urgences opérations (déjà suffisamment chargées).

(1) Ce que j'appelle l'Ecume 1, l'embarcation fournie par le Britannique VL Halmatic n'aurait pas été totalement perdue : elle est devenue l'EIC, pour "embarcation d'instruction commando".

Pour aller plus loin :
http://lemamouth.blogspot.com/2009/11/la-france-finance-lecume-des-sbs.html
http://lemamouth.blogspot.com/2009/07/qui-deploye-30-de-ses-moyens.html
http://lemamouth.blogspot.com/2009/04/piraterie-les-atouts-et-les-besoins-de.html
http://www.challenges.fr/actualites/entreprises/20080924.CHA6685/les_commandos_marine_peu_satisfaits_de_leurs_embarcatio.html

"J'ai un milliard de questions à poser à Hervé Morin..."

... vient de lancer Christophe Hondelatte, sur RTL. Le ministre de la Défense est l'invité de la station, pour une démi-heure. On peut l'écouter, si le poste est en panne, en direct ou en podcast, sur http://www.rtl.fr/. Ce blog reste à l'écoute en direct, au cas où...

Sur la demande de 40 maires bretons pour la levée du Secret Defense dans l'affaire du Bugaled Breizh, le ministre a seulement dit :
"Je vais les recevoir, j'ai pris la décision hier. Michèle Alliot-Marie avait levé le secret-défense pour les documents français. Il n'y a pas de sous-marins français concernés par cette affaire. Puis le secret-défense a été levé sur les documents OTAN. Tout cela a été transmis au juge. Je veux bien les entendre, leur parler..."

Trois commémorations en une

On a célébré trois évènements différents dans les bases de l'OTAN en Afghanistan. Selon les uns ou les autres, il s'agissait à la fois de célébrer le 11-novembre (l'armistice de 14-18), le Veteran's Day et le Rememberance day.

Dans les FOB françaises, c'est le premier qui a été célébré, alors qu'au HQ ISAF (photo : crédit ISAF), toutes les nationalités présentes dans le site se sont réunies. Sur le cliché joint, on reconnaît notamment, à l'extrême droite, deux marsouins et un aviateur français.

Le cliché du bas (crédit ISAF) a lui été pris aujourd'hui à Kandahar Airfield, où on célébrait le Rememberance Day.

La Fayette : les dits... et les non-dits

Je recommande à la lecture une interview riche et bien menée par Cynthia Glock du général Marcel Druart, patron de la brigade La Fayette (1). On y apprend, ce qu'on avait omis de nous dire à Paris, que le PC du GTIA Kapisa va glisser de Nijrab à Tagab, qui s'étoffe encore un peu plus. Et que l'état-major de la brigade a bel et bien bénéficié de nouvelles capacités, qui ne sont pas que l'agrégation de moyens déjà sur place.
C'est ce qu'il faut comprendre d'une des réponses du général, évoquant les capacités nouvelles en termes d'ISTAR et d'actions non cinétiques, d'ailleurs déjà évoquées par ce blog.
Le terme ISTAR est purement anglosaxon, mais sa traduction, dans l'armée de Terre, est évoquée sous l'acronyme URB pour unité de renseignement brigade (URB).
Les URB sont la déclinaison tactique du schémà rens, le pion spécialisé qui manquait jusqu'à maintenant dans la manoeuvre terrestre. C'est partant de ce constat, et des retex générés en Côte d'Ivoire et dans les premiers déploiements afghans que le major-général de l'armée de Terre -l'actuel CEMAT- avait fait développer ces nouvelles structures, armées par l'artillerie.
Une URB a déjà été déployée, au Kosovo, sans la totalité de son matériel.
Quand on sait qu'un des capteurs de l'URB est le DRAC, et que ce DRAC a plus de deux ans de retards, on comprend mieux l'ire exprimée par le CEMAT, en commission de défense, il y a un mois... Evidemment, il ne faut pas forcément comprendre que l'intégralité d'une URB est, sera, ou a été déployée en Afghanistan. On nous l'aurait sûrement dit.

(1) ce sera sans doute laborieux, mais vous finirez par retrouver votre chemin, ici
http://www.defense.gouv.fr/ADA/ADA345/index.html (le sujet est pp 30-31).

Pour aller plus loin :
http://lemamouth.blogspot.com/2009/05/les-acm-premiere-poste-reserve-en-opex.html
http://lemamouth.blogspot.com/2009/10/le-tiers-non-kinetique.html
http://lemamouth.blogspot.com/2009/10/tout-le-monde-paie.html

Dubaï : Tiger teasing

L'hélicoptère Tigre sera présenté en vol quotidiennement par Eurocopter au salon aéronautique de Dubaï apprend-on aujourd'hui. Alors que les industriels sont souvent rétifs à évoquer le sujet, Eurocopter annonce également et sans ambages que l'appareil sera aussi présenté à plusieurs clients potentiels de la région. A la fois, et éventuellement à d'anciens clients de l'Apache (déçus...) ou de AH-1 Cobra, qu'à des pays qui ne disposent encore de rien de tout cela.
On sait que le Tigre, qui vient seulement de recevoir l'onction du combat, en Afghanistan (33 ans après le lancement des études...) , dispose d'un potentiel d'export important, dans la péninsule arabique, mais aussi dans le Dekkan. Des signaux pas toujours convergents, mais néanmoins récurrents évoquant son atterrissage en Inde et au Pakistan.

Le + du Mamouth :
D'aucuns estiment que cette phase d'export (comme pour le Rafale) s'avère essentielle, tant pour l'industriel que pour l'avenir de la série française. En l'espèce, on le sait, le Tigre s'est vu rogner progressivement les griffes, passant des 215 exemplaires de l'époque "guerre des blocs" au 120 époque "dividences de la paix". Résultat, et comme souvent, une fois tous les traits tirés, on n'en commandera pas plus de 80, dont la moitié seront des HAD neufs.
De quoi rassurer (peut-être) les clients exports, la turbine du HAD a volé le 30 juin, et poursuit ses essais jusqu'à mi-2010. Les tirs du Hellfire ont quant à eux été réalisé par la DGA, en France (CEV Cazaux, CELM Biscarosse) le mois dernier.
Bref, avec des résultats opérationnels qui ne semblent pas mauvais -mais ne font l'objet d'une communication très proactive (1)-, le dossier Tigre n'est pas au plus mal.

(1) les hélicoptéristes sont bien souvent et curieusement les sacrifiés de la communication des armées, qu'elle soit institutionnelle ou opérationnelle.



Nos photos : Tiger ! (crédit : Eurocopter, Patrick Penna et Rémy Michelin).

Contre la judiciarisation, pour des explications

Sur les 1.625 internautes qui ont répondu, pendant, près de 15 jours à la question, comprenez-vous la plainte déposée par les familles de morts d'Uzbeen, 82% ont répondu par la négative. J'y vois deux enseignements : la question a attiré plus d'internautes que d'habitude (350), et en tout état de cause, la judiciarisation reste l'objet d'une vive opposition, chez les répondants. Même s'il est, évidemment difficile d'en mesurer les causes : le temps qui a passé, la personalité de l'avocat qui dépose plainte pour les familles, ou l'inadaptation (pour ne pas dire l'incongruité) de la justice dans le rôle.
Car parallèlement, sur les 1.380 internautes à avoir répondu à la deuxième question ("a-t-on tiré toutes les leçons d'Uzbeen"), une autre écrsante majorité (2/3-1/3) se dessine, là aussi sur un ligne négative. Il serait intéressant, là aussi, de connaître l'évaluation des leçons qui restent à tirer. L'objet, peut-être, d'une future question.
A noter que comme souvent, le rapport des forces aura été atteint dès les 100 premières réponses, et n'aurait que très faiblement varié, dans la durée. Et ce, pour les deux questions posées.

Rappelons que vox interneti (comme vox populi) n'est pas vox dei, et ques ces questions n'ont aucune portée scientifique. C'est un simple instantané de l'avis des internautes qui passent sur ce blog, et souhaitent donner volontairement leur avis. Je n'en tire, pour ma part, aucune conséquence générale.

mardi 10 novembre 2009

Le RAID chez Carole Rousseau ce soir

Carole Rousseau consacre une émission spéciale aux policiers du RAID et des GIPN, ce soir, sur TF1, à 23h15. Informé un peu tardivement de la diffusion de cette émission, il ne m'a pas été possible de la visionner.
Le site de l'émission (http://www.tf1.fr/appels-urgence/les-emissions-tv/2009/unite-speciale-au-coeur-de-la-ville-hommes-de-l-uri-5531557.html) évoque plusieurs mois de tournage en immersion avec les policiers. Notamment jusqu'en Californie, où le RAID vient de participer à Urban Shield, challenge tactique qui réunit les meilleures unités américaines du domaine. Le RAID est le premier service d'intervention français à y être invité.

Le + du Mamouth :
Plusieurs autres émissions devraient être consacrées par au moins deux autres chaînes de télévision au groupe emblématique de la police, créé en 1985 par Robert Broussard et Christian Lambert (qui en devint plus tard le chef), et qui fêtera donc son quart de siècle l'an prochain.
Depuis le 16 juillet, le RAID pilote la force d'intervention de la police nationale (FIPN), qui comprend les GIPN et la Brigade anti-commandos (BAC) de la préfecture de police. BAC et GIPN sont donc, de fait, les premières unités contre-terroristes françaises, créées au lendemain de la tuerie de Munich. Le premier chef de la BAC, formée avec l'antigang et les moniteurs du CAPU (aujourd'hui la brigade d'intervention), s'appelait... Robert Broussard.
PS de 23h25 : cela ne commence pas très bien, puisque l'intro livre des images déjà vues, revues, et... sans floutage.

Pour aller plus loin, le magazine Police Pro, qui consacre sa une à la force d'intervention de la police nationale (FIPN).



IED : l'ISAF proclamme une victoire

Par les temps qui courrent, il est toujours prudent de rester mesuré en matière de lutte contre les IED. L'ISAF affirme pourtant avoir remporté une belle victoire contre un réseau de fabrication, à Kandahar, lors d'un raid conjoint avec la police (ANP). 15 personnes ont été interpellées, et on a retrouvé 227 tonnes d'engrais, et 5.000 "composants" entrant en ligne de compte dans les IED. L'ISAF, pour des raisons assez évidentes, ne détaille pas ce que sont ces fameux "composants".
La patrouille a investi un entrepôt, sur renseignement, où elle a trouvé 1.000 sacs d'engrais de 90,7 kg chacun. Dans un autre site, à proximité, elle a trouvé 4.000 sacs du même type. L'engrais serait à base de nitrate d'ammonium, selon le compte-rendu de l'ISAF, qui ajoute que ce type d'engrais est interdit en Afghanistan.
Après les munitions non explosées et autres obus et bombes d'artillerie récupérés dans les dépôts, les engrais sont devenus un des composants explosifs de prédliection des réseaux de production d'IED. Il n'est apparemment pas rare de voir même les bidons d'engrais posés à même la route, avec un simple initiateur.
La presse britannique s'en était d'ailleurs fait l'écho une partie de l'été, dénonçant les actions civilo-militaires britanniques, qui, dans le sud afghan, fournissaient les agriculteurs en engrais. Donc, potentiellement, en explosif pour IED.

Sofa seychello-européen

L'Union européenne a signé aujourd'hui avec la République des Seychelles un SOFA (status on forces agreement) qui va considérablement simpifier la vie des deux parties, dans leur lutte contre les pirates. Cet accord avait été annoncé lors de la visite du ministre français Hervé Morin aux Seychelles, il y a trois semaines.
Atour du ministre seychellois de l'environnement, des transports et de l'énergie, Joel Morgan figuraient l'ambassadeur français, Philippe Delacroix, le réprésentant britannique, Matthew Forbes, et le ministre de la défense belge, Pieter De Crem. Concrètement, le SOFA permet Euronavfor de stationner des moyens aux Seychelles, ce qui arrive déjà, ponctuellement, avec un Merlin III affrété par le Luxembourg. Il doit également contribuer à simplifier les démarches juridiques, en cas d'interpellation de pirates dans la ZEE des Seychelles, qui comprennent 115 îles. Sans cet accord, Atalante ne pourrait pas, légalement, interpeller ces pirates dans la ZEE.
La France déploie ponctuellement depuis les Seychelles un Atlantique 2 (trois à cinq jours par mois) et en a fait le point de départ de la mission Orthongel, qui protège actuellement 9 thoniers opérant en Océan Indien. Mais la France avait signé un SOFA dès le mois de septembre. Deux mois après les Etats-Unis, qui viennent, eux, d'implanter trois drones Reaper à Mahé.

Notre photo : James Michel, président des Seychelles, et Pieter de Crem, le ministre belge de la Défense, se sont rencontrés en marge de la signature du SOFA.

POMLT : une facture un peu basse

Le surcoût lié à l'envoi de 150 gendarmes en Afghanistan était la seule question qui n'avait pas trouvé réponse, lors de la venue de Brice Hortefeux à Satory, la semaine dernière. La réponse, je l'ai finalement trouvée dans l'audition de... Brice Hortefeux à l'assemblée nationale, dans le cadre budgétaire. Ces surcoûts sont évalués à 15,2 millions d’euros en 2009 et 12,2 millions en 2010, précise le ministre de l'Intérieur.
Cela pose un double problème : la façon dont la facture va être réglée, puisque avant même ce déploiement afghan, l'engagement de gendarmes en opex (Côte d'Ivoire, Kosovo principalement) générait déjà entre 19 et 25 MEUR de surcoûts par an.
L'autre problème étant l'évaluation même de la facture, puisque les achats de systèmes de transmission, à eux seuls, ont généré près de 6 MEUR d'achats... initiaux : avec l'attrition, il faudra forcément injecter de l'argent frais. Il a fallu de surcroît acheter près de deux cents armes de tous calibres (G-36 KA3, HK417, minimi), régler la modernisation de 12 VAB (donnés par l'armée de Terre) effectués par la police, à Limoges, et habiller de pied en cap 150 gendarmes, avec casques tactiques, gilets spare-balles et petits équipement. Tout en louant, vraisemblablement, des 4x4 blindées (qu'on ne trouve qu'à prix d'or...).
Si l'on ajoute à tout cela les abondements de soldes lié à l'opex qui a commencé dès l'été pour la vingtaine de formateurs de l'ANCOP, on voit mal, faute de détails supplémentaires, comment la facture peut être aussi basse.
Fataliste, un gendarme commentait, la semaine dernière, désignant le matériel : "ce qu'on a fait là, c'est autant qu'on ne fera pas ailleurs..."

Carnets de route de Michel Goya en Afghanistan

La lettre de l'IRSEM publie cette semaine les "choses vues" de Michel Goya (directeur du domaine nouveaux confilts à l'IRSEM), que beaucoup décrivent comme un des meilleurs penseurs contemporains sur la guerre, notamment la guerre irrégulière, comme celle que nous rencontrons en Afghanistan. Il est difficile de ne pas déflorer tout de suite l'intégralité de son carnet de route (procurez- vous la lettre...), j'en retiendrai juste quelques passages et propositions qui me semblent éclairants.
L'auteur est venu en Afghanistan du 5 au 15 octobre, à l'invitation de la mission Epidote (formation des officiers afghans), croisant aussi les OMLT, les officiers des GTIA, ce qui lui permet d'en tirer d'intéressantes pistes d'évolution, d'un surprenant "service militaire adapté" à l'afghane (qu'il faudrait expérimenter, rien que pour voir...) à des unités mixtes franco-afghanes.
10.000 signes agréables à lire, et intelligibles par tous.
GARE AUX SOLUTIONS FACILES
Michel Goya s'avoue sceptique sur la possibilité de réduire de 20 à 8 semaines la formation des militaires du rang : c'est pourtant une des pistes les plus évidentes pour augmenter le contingent de l'ANA et se rapprcher des chiffres normatif édictés dans un bureau résistant aux attaques de mortier. Le risque le plus évident étant celui "d'un effondrement de la qualité".
Goya estime pourtant que la ressource militaire afghane porte de vrais atouts en elle : "Les généraux afghans avec qui j’évoquais cette question considèrent que la ressource humaine est suffisamment abondante pour fournir les effectifs nécessaires, à condition d’augmenter très sensiblement les soldes. Ils sont sidérés par le décalage entre les dépenses des coalisées et la faiblesse de la solde des soldats Afghans (une mission moyenne, sans tir, d’un chasseur-bombardier moderne équivaut presque à la solde mensuelle d’un bataillon afghan) d’autant plus qu’il existe un « marché de l’emploi guerrier ». Il suffirait probablement de doubler la solde des militaires afghans (soit un total d’environ 200 à 300 millions de dollars par an, dans une guerre qui en coûte plus d’un milliard par semaine aux seuls contribuables américains) pour, d’une part, diminuer sensiblement le taux de désertion (1) et d’autre part attirer les guerriers qui se vendent au plus offrant (pour l’instant les mouvements rebelles). Mais il est vrai que personne ne demande vraiment leur avis aux officiers afghans, comme lorsqu’il a été décidé d’échanger les increvables AK-47 dont ils maîtrisent le fonctionnement dès l’enfance, par des M-16 trop encombrants pour eux."
COMMENT SONT PERCUS LES FRANCAIS
Les troupes françaises "conservent une bonne image, d’autant plus que leurs résultats sont très bons mais aussi très différents selon les provinces. Si le district de Surobi, là même où dix de nos soldats avaient été tués le 18 août 2008, semble en voie de pacification, la situation dans la province voisine de Kapisa est beaucoup plus difficile, sans doute parce que cette zone est aussi beaucoup plus stratégique pour les rebelles. Depuis un an, nous y avons combattu durement et efficacement, établissant au passage notre crédibilité tactique vis-à-vis Américains, mais nous n’avons pas entamé le volume des forces rebelles en face de nous et la liberté d’action que nous avons conquis au profit des forces de sécurité afghanes est sans cesse remise en question. Le nombre d’attaques contre les Français tend même à augmenter nettement. Conscient de l’impossibilité de contrôler toute sa zone avec ses moyens limités, le 3e Régiment d’infanterie de marine (RIMa), actuellement sur place, se contente d’une action indirecte et patiente concentrée sur la construction des routes et le repoussement des rebelles qui veulent s’y opposer, sans chercher à les traquer et les détruire, l’humiliation de la fuite valant parfois mieux qu’une destruction valorisante. En réalité, seuls quelques chefs de bande, surtout s’ils sont étrangers à la zone, méritent vraiment d’être éliminés, mais nous nous refusons à pratiquer le targeting (tout en laissant faire les Américains). Cette approche indirecte du 3e RIMa a fait l’unanimité des officiers afghans à qui je l’ai présenté."
COMMENT LES FRANCAIS PERCOIVENT LEURS ACTIONS
On l'a vu récemment avec des articles parus dans la presse régionale bretonne, la troupe et ses sous-officiers confient sans retenue leur frustration, leur manque de moyens. Goya a rencontré d'autres militaires, qui complètent relativement ce "bruit de fond". "Sur le plan de l’image donnée de leur action en France, beaucoup de Français sur place ont le sentiment d’une opération à bas bruit et à bas coût, sorte de guerre d’Indochine en modèle réduit" écrit Michel Goya (2).
Quitte à fâcher quelques-uns, l'auteur ajoute : "plus que par une augmentation des effectifs, le surcroît d’efficacité viendrait surtout d’une meilleure « greffe » de la Coalition dans le milieu afghan. Celle-ci pourrait prendre plusieurs formes. Les officiers afghans admettraient parfaitement que les bataillons français engagent directement sous contrat des soldats locaux dans leur rang, à la manière des unités « jaunies » d’Indochine. Une unité mixte associant la connaissance du milieu des Afghans et la compétence technique des Français serait un remarquable et peu couteux multiplicateur d’efficacité au sein de chaque bataillon. Des officiers français suggèrent aussi de créer un petit corps permanent d’« officiers des affaires afghanes », dont la connaissance parfaite de la langue et d’un secteur donné faciliterait grandement l’action des unités tournantes. D’autres parlent d’intégrer une composante de type « service militaire adapté » au sein même des bases françaises pour donner une formation professionnelle aux jeunes afghans."

(1) selon l'auteur, le taux de désertion avoisine les 3% pour les officiers, 12% pour les sous-officiers et 34% pour les militaires du rang. L'un des problèmes en cause, étant que les seigneurs de la guerre et les talibans paient mieux que l'ANA, et que les soldats sont souvent déracinés de leur région d'origine.
(2) Ce sentiment , déjà ancien, prend de l'ampleur et le risque est évident : la sous-médiatisation, voire la mal-médiatisation est mal vécue par les militaires, encore plus rétifs à la presse ; parallèlement ces deux phénomènes contraignent, à mon sens, la "résilience" que réclamment certains officiers (et le Livre Blanc). Souvent les mêmes qui s'opposent aussi à la simple médiatisation de l'action de l'armée. Le vulgus pecus appelle cela un cercle vicieux...

lundi 9 novembre 2009

Quatre Allemands sous un Casoar

20 ans après la chute du Mur, et 64 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, Saint-Cyr accueille quatre élèves sous-officiers allemands. C'est arrivé samedi, lors de la cérémonie traditionnelle, mais on ne l'apprend que ce soir. Les élèves officiers ont préparé "le même concours" que leurs homologues français dont ils partageront les trois années de scolarité. Cinq Français font actuellement la même chose dans les académies de la Bundeswehr (Hambourg, Munich), et devraient, à leur retour, embrayer sur l'école d'application, eux aussi. « C’est véritablement un pas supplémentaire dans la coopération entre nos deux pays » a affirmé le CEMAT allemand, le lieutenant-général Hans-Otto Budde, ancien patron de la brigade franco-allemande (1995-1997).