lundi 19 janvier 2026

Pierre Julien, une figure de radio

Pierre Julien a fait son dernier décollage, à bord d'un Spitfire. Enfin, c'est ce qu'il voulait, quand il

réalisait une ses nombeuses imitations, lors d'interminables déplacements en bus, en Nord 262, dans ma Peugeot 106.

Pierre Julien était tour à tour talentueux chanteur d'opéra, turfiste avisé, fumeur de cigares, dragueur impénitent, passioné d'aviation d'histoire et dotée d'une culture générale hors normes. Il était aussi la voix de RTL, après avoir été aussi à M6, pout tout ce qui concernait l'aviation et la défense. Qui'il cumulait avec un statut d'officier de réserve citoyenne dans l'armée de l'air et de l'espace.



Pierre Julien en Guyane en 2011. Photo JMT

Pierre Julien était aussi confraternel comme on ne l'est plus dans le journalisme en 2026. En 2008, alors que je venais d'avoir été bloqué à l'entrée de la base aérienne de Villacoublay, le point presse de la DICOD qui suivit fut le théâtre d'une passe d'armes peu commune, Pierre Julien se levant au début de la séance pour demander "des explications" et de "laver l'honneur de Jean-Marc Tanguy" (sic). Le porte-parole, un peu ennuyé, ne put que bredouiller, qu'il s'agissait "évidemment d'une erreur". Et Pierre de surrenchérir : "Et après"?

Quand Pierre était fâché -c'était rare mais cela arrivait-, il valait mieux sortir le casque lourd. En 2007, nous étions avec Bernard Bombeau -son complice de toujours- et Pierre, dans la même piaule sur le théâtre afghan, et la réaction de RTL venait d'apprendre, au téléphone, que le sujet radio de Pierre était décalé. L'interlocuteur prit un vent comme je n'ai en jamais vu. Un peu gênés mais en ayant du mal aussi à ne pas exploser, Bernard et moi sifflions, en regardant nos chaussures.



Au coin du bois, dans un fourré, sur un... stade guyanais, Pierre Julien était tous-terrains. Photo JMT

"En Afgha, il sortait son antenne avant les autres" rappelle Bernard, à une époque où le progrès technique étant encore balbutiant dans les transmissions satellites. 

Pierre, c'était aussi la générosité incarnée. A Achnaccarry (Ecosse), en 2004, nous étions face aux vétérans du 1er BFMC à remonter le Mekong, ou plutôt les lochs, à l'initiative du chef du Sirpa Marine, le très créatif Christophe Prazuck. Nous étions en 1942, quand ces Français Libres prenaient des leçons de survie avec les Britanniques. L'un d'eux lorgnait avec insistance sur la rouge que Pierre aborait au revers du veston. "Qu'y a-t-il monsieur" interrogea-t-il. "Ben nous on l'a même pas eue". Un moment, Pierre s'est senti gêné, puis s'est repris."Quelle injustice, a-t-il dit, et son sujet radio tourna autour de cette injustice. Francis Guezennec fut le dernier des survivants du 1er BFMC non décoré, à l'être, le 6 juin 2004. Quand Pierre avait une idée en tête, il ne l'avait pas ailleurs, et n'attendait pas qu'on lui donne une quelconque autorisation. Ou permis de parler.

Pierre Julien a été actif dans les associations, dans l'aéronautique (AJPAE), la défense (AJD), a couvé des jeunes sans jamais rien demander. Comme les enfants qu'il n'a jamais eus.

Pierre était un homme seccret, il aurait pu être agent secret, comme les nombreux agents qu'il campait dans les pitreries évoquées plus haut. Mais dans le travail, il était un horloge suisse. Des générations d'aviateurs lui doivent leur vocation, car il savait injecter de la passion pour rendre tout évènement immanquable. Après Germain Chambost (sud Ouest), Pierre-Henri Désobliaux (Figaro), c'est à nouveau une immense perte pour la profession.

Mes infops et photops sur le twitter @fefense137

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