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mardi 18 février 2014

Meunier : "Si Sangaris s'en va, on court au génocide"

Le député Philippe Meunier, député UMP du Rhône et secrétaire de la commission de la défense revient
d'un bref déplacement à Bangui. A une semaine du vote sur la prolongation de Sangaris, il livre ses observations, revenant aussi sur une opération lancée trop tardivement, comme il l'avait déjà dit à ce blog le 13 décembre dernier.

N'est-ce pas étrange de seulement pouvoir venir à Bangui une semaine avant un vote sur le maintien des troupes en Centrafrique ? Et de ne pouvoir rester qu'une seule journée sur place ? 

C'est peut-être aussi pour les mêmes motifs qu'on a refusé la mission d'information que j'avais demandée sur la mission des troupes françaises en Centrafrique, début décembre et sur laquelle on ne m'a seulement répondu que le 8 janvier, quand la pression est devenue trop forte pour la majorité, en m'expliquant que finalement, il y aurait une mission d'information, mais consacrée seulement aux troupes prépositionnées en Afrique. En ce qui me concerne, j'aurais préféré une mission d'information pour un travail de fond. Ce qui n'a pas été possible en arrivant à Bangui à 9h et en repartant à 18 h le soir même ! On a pu cependant rencontrer le général Soriano, la présidente par intérim, le premier ministre, les ministres de la Défense et de la Justice. Dans Bangui même, on a également pu voir l'arrestation par nos troupes de trois miliciens et on nous a expliqué les mesures mises en place dans le cinquième district pour sécuriser les habitants la nuit. Mais le peu de temps que nous sommes restés sur place, on a vite mesuré et compris le délitement total de l'Etat centrafricain. C'est véritablement "Centrafrique année zéro". L'Etat s'est totalement effondré, il n'y a qu'une prison officielle dans tout le pays, elle vient seulement de ré-ouvrir. Elle ne compte que 35 détenus, et les proches des prisonniers venaient encore la semaine dernière les chercher pour les libérer, faute de gardiens pour les surveiller ! L'Etat centrafricain ne compte que la présidente par intérim, le premier ministre, les ministres et leurs chauffeurs ! Le Premier ministre nous a avoué qu'il envoyait lui-même son courrier avec son Ipad. Sur le papier, le ministre de la défense pourrait compter sur 6 000 soldats, mais ils n'ont ni armes ni uniforme pour la plupart. En un mot, c'est effrayant.

Vous le disiez, la prison vient seulement de ré-ouvrir, où sont détenus les trois interpellés arrêtés par une patrouille de l'armée française en votre présence ? 

Les soldats français ont eux-mêmes appelé le ministre de la Justice sur son portable. Ces suspects devaient être déférés à la prison... C'est mieux qu'avant, quand on se contentait de photographier les porteurs d'armes avant de les relâcher faute de prison...

Avez-vous pu mesurer la réalité des 1 600 militaires officiellement affectés à Sangaris et vous faire expliquer le détail des renforts ? 

En partie seulement mais le temps nous a manqué pour faire un véritable tour d'horizon. Mais c'est la troisième fois que je rencontre le général Soriano dont deux fois en OPEX. Je l'avais déjà vu en Afghanistan. C'est un officier qui représente dignement l'armée française et ses traditions. Il met en œuvre la mission qui lui a été demandée. Mais aujourd'hui, à Bangui, c'est une mission de police. Ce qui ne signifie pas que l'armée française doive partir, car alors, on courait au génocide. D'ores et déjà, la fracture est trop importante entre animistes, chrétiens et musulmans. Les Sélékas et leurs collaborateurs ont trop martyrisé les chrétiens pour que nous puissions revenir à une situation pacifiée. On retrouve aujourd'hui ce qu'on a connu en France pendant l'épuration, en 1944-1945, avec des règlements de compte. Mais à l'échelle africaine.

On en revient à ce que vous disiez dès décembre : la France est arrivée trop tard... 

Oui, en intervenant plus tôt, comme on le réclamait avec d'autres, notamment Michel Terrot, mon collègue des affaires étrangères, on aurait évité cela. Tout comme si les parlementaires avaient pu se déplacer plus tôt sur place, on aurait mesuré plus vite que 1 600 hommes et six mois n'y suffisaient pas. C'était l'intérêt de l'exécutif qu'on ne le comprenne pas rapidement ce qui aurait alors remis en cause les déclarations présidentielles.

En même temps, le pouvoir législatif est souverain, il n'a pas besoin d'une autorisation de l'exécutif pour contrôler... C'est donc au parlement que le retard du déplacement sur place incombe. 

Sans doute, ce sont les présidentes de commission, Défense et Affaires étrangères, qui ont décidé ce format en effectif large et choisi le moment pour aller à Bangui. Je le redis, pour intervenir à Bangui bien plus tôt, la France n'avait pas besoin de l'ONU. François Hollande s'est bien "assis dessus" quand il voulait intervenir en Syrie, cet été. Mais en Centrafrique, où on massacrait des chrétiens, on ne voulait peut-être pas de surcroît froisser notre allié tchadien.

Il a fallu des dizaines de milliards d'euros, en Afghanistan, rien que pour reconstruire une armée qui se tienne, et bientôt quinze ans de présence... 

A plus court terme, il faudra plus de militaires dans ce pays, c'est certain.

Comment vous a-t-on justifié la brieveté de votre séjour à Bangui ? 

On nous a parlé de problèmes de sécurité mais il y a un problème politique (pour accepter la présence des parlementaires, NDLR), c'est évident. Peut-être voulait-on que l'on croit le plus tard possible, à la promesse de l'exécutif d'une opération brève et limitée en moyens militaires. En nous permettant de venir plus tôt ou de rester plus longtemps, on comprenait qu'il fallait plus de moyens. Il en faudra beaucoup plus demain.

Que voterez-vous ? Prolongation de Sangaris, ou pas ? 

Prolongation. Si l'armée française s'en va, je le redis, on court au génocide. Mais on ne doit pas, pour autant, s'interdire de poser des questions. On voit bien qu'on est partis pour rester dans ce pays, la présidente par intérim demande au moins de rester jusqu'aux élections, prévues en février 2015. Mais comment fera-t-on ? 800 000 Centrafricains vivent hors des frontières. Et on voit bien que le nord est une zone traditionnelle d'instabilité, en opposition avec le pouvoir central. On ne pourra résoudre cette crise qu'avec une organisation plus fédérale, et il faudra du temps et des moyens importants pour reconstruire l'Etat.

Plus globalement, que pensez-vous des coupes prévues dans les effectifs au Gabon et à Djibouti ?

On intervient de plus en plus en Afrique et on réduit les moyens des bases prépositionnées. On sait déjà que Libreville va passer à 350. La menace islamiste descend sur l'Afrique équatoriale, et les Etats-Unis ne veulent pas s'en occuper. Or nous devons comprendre que l'avenir de la France c'est la Francophonie. Tout comme pour l'Afrique francophone. Pour pouvoir la défendre, il faut des bases. Entre les moyens affectés aux intermittents du spectacle et la Francophonie, mon choix est fait ! La menace islamique, pour la France, n'est pas aux EAU, où on a créé une base.

Il faut donc revenir dessus ? 

On peut avoir une antenne, mais on ne doit pas forcément avoir autant de moyens (NDLR : qui en plus ont peu de facilités pour s'entraîner).

(à lire également, sur l'opération Sangaris, cet article du Huffington Post consacré au traitement photographique de l'opération).