jeudi 31 janvier 2013

Le dernier du Champagne


Plaque en mémoire de Marin la Meslée, à l'entrée du 2/3 Champagne, à Nancy (Photo Jean-Marc Tanguy).

Henri Wensich s'est éteint à 96 ans. Il était le dernier survivant du groupe de chasse Champagne, où il avait notamment été le dernier mécanicien de l'as Edmond Marin la Meslée. Ses obsèques devraient avoir lieu samedi à Tinqueux, près de Reims, là où il avait commencé sa carrière dans l'armée de l'air, après une formation de mécanicien à Rochefort, obtenue en 1936.
Il est successivement mécanicien de plusieurs futurs as (Plubieau, Rey, Penzini), avant d'être, en 1944, mécanicien du chef du groupe de chasse, qui meurt aux commande de son avion, quelques mois plus tard. Il a ensuite participé aux campagnes d'Indochine et de Suez, avant de prendre sa retraite en 1960. Il était resté très proche de la base aérienne 112 qui portait le nom de Marin la Meslée. Le CEMAA, qui a commandé la BA 112, pourrait assister à la cérémonie.

Pas un pas sans appui (rappel) actualisé-1

Les opérations au Mali sonnent comme un rappel, après 11 ans d'Afghanistan : pas un pas sans appui. Les paras ont justement illustré leur sens de la précaution, en emmenant avec eux à Tombouctou (aérolargage du 2e REP) ou à Gao (poser d'assaut du 1er RCP) leurs appuis artillerie (35e RAP) et génie (17e RGP). Les GCP et nedex du 17e RGP semblent avoir été très mobilisés à Tombouctou, là où des pièges avaient été préparés par les djihadistes. L'EMA a notamment reconnu la présence à Tombouctou d'un important dispositif de piégeage, qui avait toutes les caractéristiques d'un IED, mais il n'était ni armé ni positionné (1).
Des aviateurs spécialisés, sans doute des CPA, ont aussi été utilisés aussi pour les posers d'assaut et les guidages de largages, indique-t-on aussi à Paris.
Les sapeurs du 17e RGP ont été particulièrement mis à profit dans la remise en état express de la piste de Tombouctou. Pas moins de quatre avions de transport d'assaut ont été réquisitionnés pour l'équipe de 10 sapeurs, et le matériel nécessaire, dont un engin de 13 tonnes !
Tous ces lots ont été conditionnés par les personnels du 1er RTP, également impliqués dans les largages eux-mêmes.

(1) Le risque IED, comme le risque mines est bien réel, pour ceux qui avaient des doutes, avec une explosion référencée ces dernières heures. Des unités de sapeurs et des artilleurs semblent intégrés aux différentes colonnes entrées en action à Tombouctou et Gao.

La marine a tiré au Mali

Déjà très active sur le front du renseignement avec ses ATL-2, et des forces spéciales avec ses commandos marine, la marine a également participé à des frappes d'opportunité ces derniers jours au nord-Mali. Un tir sur objectif terrestre n'était pas intervenu dans la spécialité concernée depuis 59 ans. Par delà la prouesse technico-opérationnelle, des actions de feu qui feront donc date.

Serval : une facture déjà à 50 MEUR

Le ministre de la défense a chiffré ce matin à 50 MEUR la dépense liée à l'opération Serval. Il n'a pas détaillé plus avant ce chiffre sur France Inter, mais il s'agirait, selon le responsable, essentiellement de dépenses "logistiques". En fait, dans ce sujet qui fascine depuis à peu près le 4e jour du conflit (après avoir glosé sur "l'enlisement", il fallait bien trouver autre chose), il faut bien mesurer ce qui ressort du coût (une dépense déjà payée) et du surcoût (une dépense non prévue, liée à l'opex). Mais ne pas oublier d'additionner les chiffres non plus.
. Dans les surcoûts figurent les dépenses liées à la projection de matériel par des affrêteurs aériens. Le prix de l'heure de vol d'An-124 n'est pas la même selon les sociétés. ICS, qui a gagné un contrat avec l'armée française, pratiquerait des tarifs plus compréhensifs que ceux figurant dans l'accord Salis (1). Cette enveloppe, qui n'est pas chiffrée, est restée malgré tout contenue, du fait de l'apport de forces aériennes étrangères, essentiellement avec du C-17 (britanniques, canadien, américains). L'envoi du Dixmude (140 véhicules quand même, soit une vingtaine d'An-124, mais aussi 50 tonnes de munitions), puis d'un affrété à l'année (ce n'est pas gratuit, mais cela ne surcoûte pas non plus, car c'est une dépense forfaitaire), l'Eider, a permis aussi de contenir le volume de matériel roulant projeté par air, donc la facture.
. Dans les surcoûts, aussi, la projection du personnel. Là encore, le BPC a embarqué 500 militaires, c'est donc gratuit (le navire devait naviguer de toute façon). Par contre, selon l'EMA, il aura fallu pas moins de 50 VAM pour transporter les militaires de l'opération Serval. Les avions qui l'ont fait appartiennent à l'armée de l'air, et ils auraient aussi volé de toute façon, mais sans doute de façon nettement moins intensive. On peut aussi penser que d'autres relèves prévues sur d'autres théâtres n'ont pas pu être assurées. Notons le niveau d'engagement, puisque 50 VAM en 20 jours, cela en fait donc cinq tous les deux jours, avec seulement cinq Airbus (2) ! En tout cas, il aura fallu du carburant en plus.
. Le carburant, c'est le nerf de la guerre, pour les avions du Poitou, les VAB du 21e RIMa, ou les chasseurs de N'Djamena. Il est évident que le surge demandé par Serval impose un surcroît de carburant. Au registre des consommables, il faut aussi rajouter le coût des rechanges, des munitions, particulièrement des bombes. On a en tiré plus de 150. L'abrasion du potentiel des djihadistes était à ce prix : il a évidemment épargné le sang des soldats au sol. La surcharge demandée aux tankers du Bretagne aura ausi un coût sur les cycles de maintenance, et le potentiel de ces avions, rincés : celui de Harmattan commençait juste à être épongé...
. Et il y a un surcoût moins visible : celui des bonifications opex pour les militaires (ils sont donc 4300...), les pertes de matériel. Mais aussi le lancement de crashs program.
Bref, 50 MEUR, c'est vraiment un chiffre plancher.

(1) c'est ce qui avait motivé la sortie partielle de la France de cet accord.
(2) un calcul peut-être faussé, car dans ces VAM peuvent avoir été comptées des liaisons infra-théâtre.

Des robots français au Canada

La société ECA, spécialiste français de la robotique va livrer 20 robots Cobra à l'armée canadienne à partir de cet été, et une option pour 60 autres ferait partie du contrat. 29 exemplaires de ce robot optimisé pour le génie ont déjà été commandés par l'armée française, dans le cadre de l'adaptation réctive. Il devait servir aussi bien au détachement d'ouverture d'itinéraires piégés, qu'aux Nedex.
La France vend peu au Canada. Nexter concourt avec son VBCI, et Dassault Aviation pourrait y proposer le Rafale, si le Canada maintient sa volonté de ne plus continuer l'aventureuse épopée du JSF.

mercredi 30 janvier 2013

Un pavé

Après un premier livre qui avait fait sensation, voici un deuxième, d'un genre un peu différent, mais au résultat identique, sur les femmes officiers com' dans les armées. Son contenu bénéficie de plusieurs marques de sérieux : écrit dans une maison d'édition respectable (L'Harmattan), par une civile qui a exercé douze ans comme chef de l'antenne de Toulouse du Sirpa Terre, et avec des témoignages uniquement cueillis parmi les professionnelles.
Le résultat, quoiqu'écrit sans haine, est assez violent pour le système, dont le manque de discernement et la pingrerie sont très largement illustrés par des exemples longuement détaillés. Certes, les prénoms ont été changés, les noms d'unité ne sont pas explicitement cités, mais je crois avoir reconnu à peu près tout le monde. Un livre assez raccord avec l'actu, dans une période de malaise sans précédent, et alors que la filière connaît son énième double audit (l'un conduit par le contrôle général des armées, l'autre par un cabinet d'audit extérieur).
Ce livre écrit de l'intérieur livre un tableau impressionniste de la filière com dans l'armée de terre, mais livre aussi son écot sur la DICOD, dont les stages de formation sont jugés inadaptés (ce n'est pas la première fois que je l'entends). Paris en prend régulièrement pour son grade, avec cette phrase assassine : "la chaîne communication se préoccupe plus de sauver des postes d'officiers à Paris (la guerre entre la DICOD et les Sirpa voués à disparaître au profit d'une communication plus interarmées, préoccupe plus les cadres de la chaîne communication que la carrière ou l'emploi des lieutenants OCI).
L'ouvrage décrit des jeunes officiers "Shiva" qui doivent tenir plusieurs postes, dont les contours sont souvent, de fait, mal définis, quand ils le sont, même.Plusieurs restitutions de discussions entre offcom et officiers supérieurs sont assez savoureuses. Le livre propose plusieurs solutions pour sortir de cette solution de blocage, mais son auteure ne semble pas en avoir parlé forcément avec un très large spectre de journalistes, qui me semblent les grands oubliés de ce livre, alors qu'ils sont, finalement, les premiers consommateurs du service.
Le livre me semble aussi plus faible sur les anecdotes de la com en opex, même si on évoque des chefs PIO ne parlant pas anglais, ou des décisions ayant mis en danger la vie des offcom et des journalistes qui les accompagnaient. On aurait pu s'attendre à quelques détails sur l'embed emblématique des deux journalistes de France 3, mais rien dans ce livre sur cet épisode moderne qui a marqué les esprits de la communauté des offcoms. L'Afghanistan a aussi contribué à aguerrir ces officiers souvent jeunes à qui la hiérarchie n'a pas donné toute sa confiance : plus de témoignages auraient donc pu éclairer la réalité de l'engagement de ces combattants de la chaîne com' (rappelons que l'un d'eux, photographe dans l'armée de terre, en est mort, en Afghanistan).
Le livre pêche encore dans sa description du milieu. Qu'y a-t-il de commun, sinon le titre, entre le capitaine-offcom de ce régiment de Légion, issu du système Légion et vétéran d'Afghanistan comme OMLT, et le jeune frais émoulu de l'école ? Car il y a plusieurs familles d'offcom, et le livre ne le précise pas vraiment. Il ne rappelle pas non plus qu'il y a quelques années, le CEMAT de l'époque s'était fendu d'une note toutes unités pour demander qu'on puisse mieux gérer cette population pour trouver les 25 offcom nécessaires chaque année aux théâtres d'opération. Ce blog avait décrit à l'époque les raisons de cette carence, en révélant également la note rageuse du général Irastorza.
Rien non plus sur l'impact des médias sociaux sur le quotidien de ces OCI, ce qui peut étonner.
Enfin, la récurrence d'évocation des régiments para qui peut être ressentie comme une stigmatisation m'a gêné (1). L'intégration des jeunes femmes est aussi difficile dans d'autres régiments, dans d'autres armées, et l'actu malienne nous le rappelle, les paras ont d'autres qualités. Peut-être qu'à une époque, les recrutements n'ont pas été toujours judicieux non plus, et n'ont pas permis les épanouissements des un(e)s alors qu'ils auraient été possibles ailleurs. Et je constate que plusieurs offcom masculins ou féminines qu'il m'a été donné de rencontrer dans ces unités, y compris en opex, s'y sont aussi épanoui(e)s.
Malgré ces défauts, je recommande néanmoins la lecture de ce livre aux étudiants d'école de com, mais aussi aux offcom eux-mêmes, ainsi qu'aux militaires, souvent prompts à tirer à boulets rouges sur leurs communicants. Quelques éléments leur permettront de mieux comprendre les tenants et les aboutissants, et donc, de mesurer pourquoi la relation aux médias est finalement si complexe. Et que la faute n'en revient pas forcément à ces fusibles faciles.

(1) l'auteure était plus naturellement en contact avec ces unités, vu son affectation à Toulouse.

Femmes officiers de communication dans l'armée de Terre, le parcours des combattantes, par Marianne Guillemin, Ed L'Harmattan.

(par souci de clarification, notamment pour quelques internautes spécialistes des procès en sorcellerie, je n'ai aucun lien de parenté avec la madame Tanguy évoquée en fin d'ouvrage).

Serval, ailleurs

. L'aéroport de Tombouctou a été rouvert à la circulation aérienne, grâce aux efforts du 17e RGP, largué avec son matériel, dont un bulldozer. Des merlons avaient été érigés sur la piste, et un aéronef avait été positionné en travers, afin d'interdire le poser d'aéronefs français.
. Signe que les autorités militaires gardent en tête la possibilité d'une riposte des djihadistes, des renforts médicaux continuent à être provisionnés. Les élongations de ce théâtre nécessitent, de fait, de telles précautions.
. Selon l'EMA, le GTIA du 92e RI resterait positionné sur son port d'arrivée, à Dakar, avec son matériel. A ce stade, on n'a pas plus d'éléments sur l'explication de son maintien sur place. Qu'il faut peut-être relier à la rapidité de l'avancée des forces françaises au nord-Mali.

Encore les forces spéciales

Les forces spéciales françaises se sont rendues maîtres de l'aérodrome de Kidal cette nuit, permettant d'ouvrir la voie à la prise du dernier gros point d'appui des djihadistes au nord-Mali. Elles sont cependant bloquées actuellement par un adversaire inattendu : une tempête de sable. Selon l'EMA, aucun blessé n'est à déplorer côté français, dans ce qui semble, une fois de plus, une manoeuvre exécutée comme à l'entraînement.
Les unités du COS ont, depuis le 11 janvier, été mobilisées dans une action de freinage des rezzous venus du nord, de renseignement et de harcèlement, avant de passer à l'offensive sur les aéroports de Gao (avec également un pont conquis), de Tombouctou, et donc, de Kidal.
La mobilisation actuelle de toutes les unités du COS n'a pas de précédent, selon des témoignages convergents.

mardi 29 janvier 2013

La France va laisser des armements au Mali

Selon l'Envoyé spécial de France Info à Addis-Abeba, le Quai d'Orsay a promis de contribuer à hauteur de 47 MEUR à l'aide financière à la reconstruction du Mali et de la mise à niveau des armées africaines. L'essentiel sera fourni en nature selon cette même source qui affirme aussi que le Japon sortira pour sa part une centaine de millions d'euros (1). Il y aura, c'était connu, des formateurs, mais notre pays va laisser, selon le confrère, des armements envoyés ces derniers jours dans le cadre de l'opération Serval (2). Pas les VBCI quand même ?

(1) par contre, c'est logique, aucun de ces donateurs n'a prévu de régler à la France les surcoûts liés au déploiement de moyens militaires, pour stopper des djihadistes.
(2) il est vrai que vu l'état de certains VAB, ou de l'âge des Sagaie, on peut, avec humanisme, les laisser sur place.

On the the way to Tombouctou

Sous la couche de poussière, vraisemblablement un commando-parachutiste de l'air du CPA20. L'équipe de ciblage qui était insérée au sein de la COMOTO du 21e RIMa a suivi les marsouins depuis N'Djamena. En passant par Bamako, un trajet de 950 kilomètres sur les pistes, un périple sans doute assez mal restitué, mais un périple quand même, quand on connaît l'âge des VAB qui portent les militaires français. La SAED du 21e RIMa, et ces commandos seraient les premières troupes conventionnelles à être entrées dans Tombouctou.
Les légionnaires de la deuxième compagnie du 2eREP, avec leur gaine et leurs pièces antichars (sur les trolleys à droite et à gauche). Les avions de transport ont été peu chargés du fait de la distance de vol jusqu'à Tombouctou, mais aussi pour laisser de l'espace aux munitions, et pouvoir larguer les sticks sur une DZ très concentrée. Selon l'EMA, l'horaire a été respecté à 30 secondes près. Malgré des moyens qui restent souvent dérisoires, l'armée française demeure capable d'aller au culot poser un bouchon de légionnaires face à des djihadistes.
Un VAB TOP, reliquat de l'adaptation réactive lancée en Afghanistan. Mais cet exemple reste finalement plus rare qu'attendu, dans les colonnes de Serval.
Gloire aux vainqueurs. Mais en Afrique, le vent tourne très vite, et les véritables défis, militaires et civils, commencent maintenant. Les forces spéciales US avaient conquis l'Afghanistan en quelques semaines, onze ans plus tard, le résultat n'a pas été tenu dans la durée. Tandis qu'en France, l'opinion publique se lasse vite des victoires, et n'acceptera ni pertes... ni dépenses non prévues.

(Photos EMA/ECPAD)


Serval, côté log (suite)

En seulement dix jours d'activité au profit de Serval, la base aérienne d'Istres aura réalisé la moitié du volume de fret acheminé en huit mois d'opération Harmattan. Evreux, qui n'a pas livré de chiffres, ne serait pas en reste non plus : le fait de pouvoir faire travailler simultanément deux bases logistiques a permis de doubler la cadence, car même Istres n'a que deux positions de stationnement pour accueillir simultanément des très gros porteurs.
On ignore cependant à quel coût les gros porteurs civils sont venus chez nous : la moitié des capacités disponibles dans le monde entier auraient été trustées rien que par la France. Jusqu'à maintenant, personne n'a proposé de régler la note à notre place. Et personne ne s'est hasardé à livrer le montant de cette facture.
Nettement moins cher au kilo projeté, Le Dixmude, arrivé hier à Dakar aura lui aussi confirmé son caractère de couteau suisse. Pour preuve, il a réussi à prendre la mer une semaine avant un affrété, ce qui démontre, si besoin était, que posséder en propre ses moyens de projection est un évident critère de réactivité et... d'économie. D'autant plus que le délai de projection est resté contenu. Reste à voir combien de temps il faudra pour rallier le front depuis la côte.

La piste de Tombouctou bientôt utilisable (actualisé-2)


L'armée de l'air a largué une section du 17e RGP ainsi que du matériel pour remettre la piste en état (photo EMA).



Comme à Dien Bien Phu ! Il va falloir remettre en état la piste de Tombouctou, saisie hier, avant de pouvoir y faire atterrir des aéronefs. Forts de l'expérience de Gao, prise par une action des forces spéciales, les djihadistes ont semble-t-il compliqué la tâche des Français à Tombouctou.

L'indisponibilité de la piste pourrait cependant être assez brève, car le Génie semble très vite s'être attelé à la remise en état. Des moyens spécialisés sont déjà en route.
La priorité est en fait de déjà dégager le bitume, les avions de transport d'assaut sachant, ensuite, poser court dans le tronçon qui s'impose. Là aussi une capacité permise par des entraînements récurrents des équipages.
Aux dernières infos, le terrain n'est toujours pas ouvert, et une mission d'information planche sur le sujet. Les sapeurs du 17e RGP, qui connaissent bien ce sujet, ne doivent pas être très loin. L'EMA  l'a confirmé ce mardi soir, à 21h30, dans son point quotidien.

lundi 28 janvier 2013

Les dernières infos de Serval (actualisé-1)

Les paras du 2e REP largués par un Transall, vu dans la caméra infrarouge d'un aéronef français (Crédit : EMA).


. Un AWACS a été mobilisé pour coordonner l'activité aérienne au-dessus de Tombouctou. Il rapportait directement au JFACC (joint force air component command) du CNOA (centre national des opérations aériennes) de Lyon. On peut estimer qu'une quarantaine d'aéronefs ont été mobilisés dans les opérations. La ville encore au mains des djihadistes était survolée en permanence des des moyens ISR (Atlantique 2 et drones), ainsi qu'un appui aérien à base de chasseurs et d'hélicoptères. En outre, cinq avions de transport se sont chargés d'une OAP au nord de la ville.
. 3500 Français sont engagés dans l'opération Serval au sol (4600 au total), ainsi que 2900 militaires des troupes africaines. Ces dernières sont déployées aussi bien à Gao qu'à Tombouctou, avec l'armée française. La France aligne déjà deux GTIA, un blindé formé autour du 21e RIMa (avec des éléments du 2e RIMa), et un TAP, sous commandement du 2e REP (avec des compagnies du 1er RCP). Un troisième GTIA est en cours d'acheminement, sous commandement du 92e RI.
. Le Dixmude est arrivé à bon port ce matin. Reste à convoyer son contenu (1600 mètres de linéaire soit une centaine de véhicules) jusqu'au Mali.
. Au niveau des pertes, on confirme 15 djihadistes tués à Gao par les forces spéciales, et une dizaine tués dans des pickups cette nuit par des Tigre.
. Au chapitre des démentis, l'EMA assure que les troupes françaises n'ont pas constaté elles-mêmes d'exactions. Des consignes ont été rappelées pour "les faire cesser" en cas de constat, et rendre compte. Côté hoax, l'armée française n'a pas bombardé Kidal une seule fois depuis le 11 janvier, assure l'EMA. On le voit, depuis le début, cette guerre est aussi et avant tout une guerre de l'information.

La boucle (du Niger) est bouclée

Toutes allégories mises à part, l'armée française a réussi en dix-sept jours à reprendre la partie utile du Nord-Mali. Un seul homme, le CBA Boiteux (1), est mort dans l'opération Serval. Selon l'EMA, aucun blessé n'a été enregistré. Ce sont essentiellement les forces spéciales qui ont assuré l'essentiel des actions de feu depuis le 11 janvier. Les chasseurs ont assuré en l'air le gros du travail, avec plus de cent cinquante bombes larguées. Centres de ravitaillement et de formation, postes de commandement, 4x4, ... moral, ce pilonnage a touché au coeur les djihadistes.
Cela confirme aussi tout le potentiel à faire travailler ensemble les chasseurs, les hélicoptères, la patmar et les forces spéciales : l'essentiel des cibles seraient sorties, comme cela avait déjà été le cas en Libye, de ce quator prolifique.
Souvent glosées, les formations parachutistes démontrent à la fois leur capacité à partir au coup de sifflet -tout le 2e REP, moins les deux compagnies en opex, était prêt à partir le 12 janvier à 14 heures...- et à pouvoir être largué sans préavis. Même si le largage de cette nuit n'a projeté qu'un SGTIA, cette marge de manoeuvre est bien réelle, et il faut la conserver.
Alors qu'on voit bien que le délai de projection d'hélicoptères de manoeuvre demeure très long, car il passe par des gros porteurs que la France n'a toujours pas en propre. Faute d'un nombre d'hélicoptères suffisant, et suffisamment protégés, l'état-major n'a pas pu réaliser une OHP sur Tombouctou.
Le 1er RCP, lui, aura consolidé la tête de pont ouverte par les forces spéciales à Gao. C'est un poser d'assaut, sans doute réalisé par le 3/61 Poitou, qui s'est chargé d'en apporter les éléments, samedi.
Avec ces deux points désormais solidement tenus, la boucle du Niger est tenue. Mais un travail bien plus complexe encore commence : aller chercher les djihadistes sur leur terrain. Cela prendra du temps, beaucoup de temps.

(1) une cérémonie publique a lieu ce matin à Pau en sa mémoire. Puis le 4e RHFS fera, dans l'intimité, sa propre cérémonie d'hommage à ce pilote.

La légion saute sur Tombouctou (actualisé-1)

La 2e compagnie du 2e REP, dont j'avais annoncé le départ de Calvi a trouvé un objectif à sa mesure : un saut sur Tombouctou, deuxième grande ville du Nord-Mali à reconquérir.
Cinq avions de transport d'assaut -trois Transall et deux Hercules- ont été mobilisés dans cette OAP, la plus massive depuis celle de Kolwezi, menée par le même 2e REP en 1978.
Une seule compagnie, un EMT et des appuis (notamment antichars) ont été largués, bien que dans cinq ATA, on glisse bien plus que ce seul volume.
Précédé par une équipe GCP du 2e REP, le gros des troupes a ensuite sauté en pleine nuit, il était minuit trente, heure de Paris. Un des drones Harfang de Niamey (1) a filmé la scène (2), après avoir sans doute assuré un gros travail de détection d'éventuels gêneurs que des chasseurs en vol auraient pu se charger de neutraliser.
Un millier de combattants français ont été engagés au sol, avec peut-être 200 Maliens. Le GTIA du 21e RIMa progressant avec ses Sagaie a pris l'aéroport, puis a commencé à s'approcher des faubourgs de Tombouctou. Des Rafale, Mirage 2000D, ATL-2, drones et hélicoptères étaient engagés dans le ciel.
A cette heure (11 heures), aucun contact n'a été enregistré par les légionnaires, placés en bouchon, pour empêcher les djihadistes de partir vers le nord. On ignore combien il en reste même à l'intérieur de la ville. Les combats auraient été bien plus violents côté aéroport.
Dans une discrétion partiellement éventée, trois compagnies parachutistes avaient rejoint l'ouest de l'Afrique, ces derniers jours. Les deux autres SGTIA ne sont pas du 2e REP, mais du 1er RCP, qui comme ce blog l'avait révélé plus tôt, prenait le Guépard parachutiste à compter du 18 janvier.
Ce régiment a, comme le 2e REP, sauté sur Dien Bien Phu en 1953 et 1954 mais l'EMA confirme que seul le 2e REP a sauté ce matin, avec son chef de corps en tête, comme c'est la tradition.
C'est le colonel Benoît Desmeulles, chef de corps du 2e REP, qui commande ce GTIA parachutiste.
Selon des informations convergentes, des informations partielles avaient été données aux militaires et à leurs familles, en même temps que des consignes de discrétion les plus formelles, avant le départ de France.
La dernière OAP menée par des forces conventionnelles fut réalisée en 2007 à Birao (RCA), même si elle était limitée à une équipe de GCP du 3e RPIMa, qui furent envoyés en précurseur avant le largage du COS. En 2004, le 8e RPIMa avait aussi été largué au Kosovo, en démonstration de force.
Avec la prise de Gao et Tombouctou s'achève la première phase de Serval, mais commence la plus difficile, celle de la guerre du désert. Les choses sérieuses commencent.

(1) leur premier vol serait intervenu vers le 20 janvier, et ces aéronefs volent "tous les jours" assure-t-on à Paris.
(2) peut-être le clou du point presse de ce soir, les images étant évidemment disponibles pour tous les chaînes, sur les jités du soir.

dimanche 27 janvier 2013

Bilans et perspectives belges (actualisé-1)

Le mindef belge qui travaille le dimanche a diffusé ce jour le bilan de ses deux Hercules engagés dans Serval : ces engins ont assuré déjà 11 vols depuis le 17 janvier. Les équipages des A109 qui serviront à la MEDEVAC ont aussi quitté la Belgique ce jour, et leurs deux hélicoptères doivent arriver demain au Mali à bord d'un Il-76. La Belgique signale que ces engins seront opérationnels le jour-même, "comme les Français le souhaitaient" .
Initialement prévus à Ségou, leur position pourrait bien être relocalisée vers le nord (Gao ?), du fait de l'avance des forces françaises. Mais, me corrige un confrère belge, les choses sont plus compliquées qu'il n'y paraît, du fait de la situation politique belge. Un "groupe de travail" étudiera donc demain où doivent être implantés ces A109.
Un positionnement pas anodin, car contrairement à la Kapisa, au Mali, le plus proche hôpital militaire n'est pas à 20 minutes de vol.

L'écho des savanes (actualisé-1)

Sans doute pour donner corps aux deux mots qui agitent les gazettes aujourd'hui, l'EMA diffuse ce soir une photo illustrant la présence des forces spéciales aux côtés du maire de Gao. Evidemment, aucune légende n'accompagne ces photos.
Selon des informations concordantes, un des Transall du COS utilisé pour l'opération de prise de l'aéroport de Gao, puis de transport du maire et de France 2 (1) avait été déjà utilisé pour des missions similaires en RDC ainsi qu'au Tchad.

Dans cette capture d'écran du jité de France 2, la qualité d'image ne permet pas de trancher, mais l'arme lourde semble comporter plusieurs tubes. Additionné au type de véhicule, la réponse coule de source.


(1) un confrère qui suit les tweets me signale que des journalistes envoyés au Mali s'étonnent des facilités systématiques accordées à France 2. Si l'on considère la seule journée d'hier, alors que l'essentiel des confrères progressaient en convois ou en hélicoptères, l'équipe de France 2, elle, est partie de Bamako dans un Transall du COS. Pour croiser, une fois au sol, des forces spéciales. C'est vrai que ça fait beaucoup de coïncidences pour une seule journée. France 2 a encore recroisé les mêmes forces spéciales à l'entrée de Gao, dans un nouveau reportage diffusé ce soir. Un reportage sur la réunion de cabinet évoque lui la présence de forces spéciales canadiennes. Mauvaise transcripion... ou mauvaise fuite ?

Le SIAe répartit sa charge hélicoptères

L'AIA de Cuers va se spécialiser dans les visites de 600 heures des Caiman Marine et ALAT. L'AIA Bretagne pourrait pour sa part prendre en charge les visites de 1300 heures sur les Caïman. De son côté, l'AIA de Clermont-Ferrand reprend lui à l'AIA de Cuers les visites de 400 heures réalisées sur Tigre.

Un affrété pour le Mali

C'est Corse-Matin qui l'annonce : un affrêté, l'Eider, quittera Toulon demain pour l'Afrique de l'ouest. Selon le journal, 2.700 tonnes de matériel, dont plusieurs dizaines de véhicules et de conteneurs ont pris place à bord du navire. On ignore si cette navigation fait partie du contrat à l'année conclu par l'EMA avec son propriétaire, auquel cas il n'y aurait pas de surcoût à payer.
Mais ce départ l'illustre, Serval consomme une quantité de matériel phénoménale, du fait des limitations qui ont été imposées ces dernières années au matériel prépositionné sur les bases de la région. A titre non limitatif, le Tchad n'avait qu'une petite vingtaine de VAB à sa disposition.
Le BPC Dixumude, parti cette semaine avec 1.600 mètres de linéaire pour l'Afrique de l'ouest avait battu, en cette occasion, son record de chargement.

Le million (et quelques remerciements)

Pour la première fois de son histoire, ce blog a franchi le cap du million de pages vues par mois et quasiment doublé le précédent record de fréquentation journalière, le 12 janvier dernier. Ce résultat a été obtenu par les infos que diffuse ce blog, le soutien récurrent de comptes Facebooks oeuvrant le plus souvent au profit des militaires et leurs familles (Opex Veterans, Infos Soldats, Veterans Jobs Center, En soutien à nos soldats), le soutien de quelques média (particulièrement BFM TV). Mais pas d'autres média, même si ce blog influence manifestement les contenus de certains d'entre eux.
Ce résultat a surtout été atteint par votre intérêt, dont je vous remercie.
Ce blog a été créé à l'origine avec trois bouts de ficelle pour informer quelques expatriés sur des COP et FOB d'Afghanistan, où internet était le lien le plus direct avec la France, tandis que la diligence qui portait les magazines prenait deux à trois semaines pour faire le chemin.
Si l'on en croit Google, qui me fournit cette plateforme d'expression, cette vocation s'est plus que largement pérennisée dans d'autres zones : dans le Golfe persique, aux Etats-Unis, et très largement, ces derniers jours, en Afrique de l'ouest.
Aux cris d'offraie qui dénoncent régulièrement l'excès d'informations, je rappellerai que le premier capteur est l'oeil humain et les djihadistes ont ce qu'il faut pour cela... Sans compter l'information ouverte déversée sans aucune forme de retenue, souvent par ceux qui dénoncent précisément l'excès d'information.
Un dernier rappel : la lecture du net ne dispense pas de la lecture tout court, et ne suffit pas à forger un esprit critique.
Bons surfs !

Tiens des tankers US... mais où sont les Européens ?

Ca y est, c'est sûr, après quinze jours de palabres, des tankers américains vont rejoindre l'opération Serval (attendons quand même pour être sûrs...). C'est que le Rafale et le Mirage 2000D, pour venir de N'DJamena, et en revenir, après avoir assuré la destruction des cibles fixes, ou des créneaux d'appui-feu ou CAS (1), nécessitent plusieurs ravitaillements en vol. Quand vous multipliez ces sorties, comme c'est le cas depuis ces dernières heures, vous avez donc besoin d'encore plus de tankers. Et encore plus si vous rajoutez deux Rafale de plus. Mécaniquement, avec 12 chasseurs, la France est donc aux limites de ce qu'elle est en mesure de ravitailler seule (grosse victoire...). Tout simplement parce qu'elle n'est pas capable, dans la durée, d'en ravitailler elle-même plus.
Car je le répète sur ce blog, la ressource des tankers reste fragile (du fait de leur âge, 49 ans et non 40 comme je l'ai indiqué initialement), et le nombre d'avions disponibles reste totalement aléatoire (là encore du fait de l'âge, qui génère des pannes totalement aléatoires).
Donc c'est vrai, l'aveu est cruel, en l'état actuel de la flotte, la France a perdu la capacité à soutenir dans la durée une crise qui nécessite des ravitailleurs. On ne parle pourtant que de trente sorties par tranches de 36 heures (le surge annoncé hier), ce n'est donc pas non plus la guerre aérienne du siècle.
Depuis 2007, ce dossier évidemment stratégique a été sciemment retardé. Plusieurs mauvaises langues m'avaient expliqué en leur temps que c'était pour faire la peau à la composante aérienne de la dissuasion (la première mission des tankers). C'est qu'alors ces meurtriers n'avaient rien compris aux opérations aériennes modernes, dans lequel le tanker est encore plus important que le chasseur lui-même. "No gas, no war" proclame le patch porté par certains aviateurs, c'est pourtant facile à comprendre.
Il y a encore quelques semaines, on considérait à Paris comme une énorme victoire le fait d'avoir européanisé le sujet des MRTT. D'un point de vue industriel, il n'y a pas de doute. Mais aucunement d'un point de vue opérationnel, car dans bien des zones du monde, l'Europe n'a que faire des interventions de la France. Il suffit de voir Serval, dans laquelle aucune capacité européenne de ravitaillement n'a pris part, malgré l'absence de risque direct (2) : où sont les tankers italiens, néerlandais, britanniques, espagnol, dans cette crise ? Le fait, demain, d'avoir un tanker identique ne veut pas dire que les exploitants viendront s'engager à nos côtés.
J'ai même lu une dépêche d'agence de presse qui disait que Paris était fort marri de ne pas se voir plus soutenu par Washington. Mais comment s'en étonner, après un départ anticipé d'Afghanistan ?
Et que la nouvelle administration a préféré privilégier la dimension européenne de la Défense ? 

(1) la presse américaine le confirme : "U.S. officials believe the French also want to keep their strike planes circling high above Mali as they wait for opportunistic targets".
(2) pendant Harmattan, les tankers du Bretagne sont allés ravitailler au-dessus du territoire libyen, en toute prise de risque. Dans Serval, on peut ravitailler dans un espace aérien sans risque.

(Rappel : un sondage en ligne dans la colonne ci-contre).

samedi 26 janvier 2013

Tiens des commandos marine

 (capture d'écran France 2)

Ce n'est pas le micro mais la caméra de France 2 qui a livré le tuyau : parmi les forces spéciales qui ont pris l'aéroport de Gao cette nuit figurent des commandos marine. Plusieurs images permettent de s'en convaincre. Tout comme le Transall qui a amené le maire de Gao (et l'équipe de France 2 apparemment, la rencontre est donc tout sauf fortuite) est manifestement un des ressortissants de l'escadron 3/61 Poitou, dont l'action a une fois de plus été déterminante la nuit dernière.
Ce blog le signalait vendredi dernier, les commandos marine assurent une contribution à deux chiffres dans le groupe de forces spéciales implanté au Sahel, GFS qui, pour l'anecdote, est le plus important jamais mis en oeuvre dans l'histoire du COS.
Selon nos estimations, 500 marins sont directement mobilisés dans l'opération Serval, en action directe (commandos, ATL-2) ou en soutien (Dixumude et son navire d'escorte).

(1) dès la première semaine, BFM TV avait été la première à croiser des commandos du COS, de la BFST en l'occurence.

(Rappel : un sondage en ligne dans la colonne ci-contre). 

Importante activité aérienne au-dessus du nord-Mali (actualisé)

Plus d'une trentaine de bombes ont été larguées autour de Gao et Tombouctou ces dernières nuits, selon un bilan partiel diffusé par l'EMA. Le nombre de bombes tirées depuis le 11 janvier aurait déjà dépassé la centaine.
Rien que ces dernières 36 heures, près de 30 sorties ont été effectuées. Ce rythme pourrait se poursuivre, surtout si les confrontations directes se poursuivent, dans et autour de Gao. Selon l'EMA, deux Rafale ont été injectés de France hier, et ont dans la foulée participé -et d'autres pilotes- participé aux frappes au profit des forces spéciales. Une photo diffusée par la même source montre deux pilotes à bord d'un biplace, ce qui n'était pas le cas au début des opérations, même si c'était une évolution prévisible. 14 chasseurs -dont six Rafale et six Mirage 2000D- sont mobilisés dans les opérations aériennes.

Comment le COS a repris l'aéroport de Gao (actualisé-3)

Gao libérée : c'est un site emblématique que les djihadistes ont perdu. Dans la nuit, des forces spéciales se sont bien simultanément assurées du contrôle de l'aéroport de Gao, et d'un pont stratégique à proximité.
Premier bilan, une quinzaine de djihadistes auraient été tués -et sans doute d'autres depuis- dans ce volet de l'opération. C'est surtout au niveau du pont que les combats semblent avoir été les plus durs. Des commandos sont arrivés en hélicoptères, mais aussi par une infiltration terrestre, le tout sous une couverture d'appui-feu aérien. Ce détachement s'est chargé de nettoyer l'aéroport, dont la piste avait été recouverte d'obstacles. Une fois la piste reconnue et sécurisée, le top a pu être donné à plusieurs avions de transport du Poitou. On évoque un grand nombre de rotations pour infiltrer un nombre conséquent de véhicules.
La participation des forces spéciales à cette opération a été confirmée, ce qui est rare, par l'état-major. La saisie de plate-formes aéroportuaires est une mission méconnue mais éminente du CPA 10. Un tel travail a été réalisé par ces mêmes forces spéciales à plusieurs reprises en 2003, 2006 et 2007 en Afrique, en mobilisant les moyens du 3/61 Poitou, du CPA 10, de la marine et du 1er RPIMa.
Ce type de mission inclut typiquement plusieurs avions de transport, et vu les distances de cette opération-ci, des hélicoptères ont également pu être incorporés à la maneouvre. Des chasseurs avaient quant à eux nettoyé les éventuels points posant problème. Il n'est pas impossible qu'une patrouille de chasse ait été maintenue à proximité, en assistance. L'arrivée de Rafale supplémentaires permet d'obtenir des créneaux de CAS plus longs.
C'est un grand classique, qui avait encore été mené à deux reprises ces derniers mois lors d'entraînements, en Corse puis dans le sud-ouest de la France.
Jusqu'alors, Sévaré était le terrain le plus fiable et le plus près des opérations. Le contrôle de cette plateforme de Gao était essentiel à tous points de vue, pour acheminer des troupes, du ravitaillement (il y a plus de 1000 km jusqu'à Bamako...) et permettre aux aéronefs d'opérer plus près de la zone des combats. Et évidemment, pour reprendre la ville de Gao. Ce sont des éléments du GTIA du 21e RIMa qui se sont chargés d'assister les forces locales.

(A signaler, ci-contre, un nouveau sondage en ligne)

Le GIGN, là où ca se passe

C'est la contribution essentielle de ce livre, qui s'appelle en fait "Le GIGN par le GIGN" : emmener le lecteur là où il ne pourra, de fait, jamais suivre les équipiers du Groupe, qui opèrent systématiquement en effectifs réduits. Et où le secret des procédures, auquel le GIGN tient farouchement, se marie mal avec les témoins extérieurs. Ainsi le livre concentre de beaux clichés d'un entraînement de contre-terrorisme maritime (CTM), sans doute au large du Finistère, de travail avec le 4e RHFS. Plus rare encore, une photo des trois opérateurs tarponnés en mer au large de la Libye, en mars 2011 (1), mais aussi l'équipe d'Abidjan, au coeur des combats d'avril 2011 (2). Avec un large spectre de photos, on suit aussi les gendarmes en mission à Bagdad, en Afghanistan, sous la mer, et le livre révèle même des photos d'une opération réelle d'arrestation d'un go fast, ou le guidage de chiens par faisceau laser. Ce livre lève aussi le voile sur quelques métiers mal connus, comme l'intégration de capteurs.
La plupart des personnage de ce livre sont évidemment floutés, sauf Carlos, Corto, Mali, Pitou et Tim qui méritaient, il est vrai, un coup de chapeau. Tout comme les personnels qui ont eux-mêmes pris ces photos : au GIGN, on sait aussi se servir d'un appareil photo.
Le dernier mot, celui de Christian, de la FAO me semble bien résumer le sujet: "le commandement nous laisse la capacité personnelle d'entreprendre, d'innover dans les solutions. Cà, c'est vraiment l'esprit GIGN".

Editions LBM, 194 pages, 38,80 EUR

(1) dont j'avais parlé dans RAIDS 315.
(2) deux témoignages du Groupe racontent cette mission, dans RAIDS 316.

Vers le retour de l'accrédité Défense

C'est souvent une source de grande angoisse chez quelques militaires mal informés quand un journaliste leur parle ("mais vous êtes accrédité défense, au moins ?"), mais il faut bien le dire, l'accréditation défense des journalistes était tombée très bas dans les très nombreuses priorités de la structure chargée de les délivrer. Je ne cite plus son nom par pudeur, car on me dit que c'est mal vécu.
Bref, un ancien directeur de la structure en question m'avait confié avoir pris la décision de l'abandonner, car tout cela coûtait fort cher en temps et en argent pour un résultat assez banal, car finalement, la défense sait avec quels journalistes elle travaille. Et choisit, en fait, avec qui elle travaille même si elle s'en défend. Tous ces interlocuteurs ne sont pas pourvus d'une carte de presse, mais c'est un des nombreux exotismes de ce ministère, qui ne gêne plus personne.
Concrètement, que procurait l'accréditation défense ? La livraison gratuite de revues de communication, la considération unanime des cas évoqués dans la première phrase, et au final, donc, pas grand'chose : preuve en est qu'en 20 ans de pratique, votre serviteur ne l'aura pas demandée, ce qui, on le voit, n'a aucun effet sur le volume écrit. Le corollaire de la demande d'accréditation, c'était une enquête de la DPSD, mais à une époque pas si ancienne, il n'y avait pas besoin de faire une telle demande pour avoir droit à une enquête de la DPSD.
Après en avoir parlé avec plusieurs interlocuteurs sérieux, on peut discerner quelques éventuels effets à cette revalorisation de l'accréditation. D'abord, un média devra à nouveau spécialiser des journalistes dans ce domaine, s'il veut avoir la fameuse accréditation, et les quelques avantages qui pourraient en découler (l'accès à la logistique, le référencement sur le théâtres d'opération, etc). Or c'est une évidence, les média, avec constance, ont préféré ne pas valoriser leurs propres journalistes spécialisés... qui au fil des années disparaissent (1).  J'avoue aussi mon trouble d'être parfois interviewé, comme journaliste, par un média qui dispose pourtant aussi de ces spécialistes.
Alors l'accréditation défense, pourquoi pas ? Mais qui va faire la pesée des âmes ?

(1) Avec la même constance, l'IHEDN a accueilli des journalistes envoyés pour éveiller une vocation, mais le bilan est faible au vu de l'effort, une bonne partie ayant choisi un autre domaine après avoir profité d'un programme pourtant attractif.

Dans la presse déchaînée... (billet d'humeur)

Quelques minutes, je me suis mis dans la peau d'un lecteur de presse ignorant l'existence des blogs spécialisés, et de la presse du même nom, et j'ai investi quelques euros (et quelques clics, car tout cela coûte cher) dans la lecture de la presse généraliste. J'avoue avoir grillé mes premiers euros dans l'Express et sa couve faussement insolente (3,50 EUR).
Romain Rosso, qui a fourni l'essentiel de l'effort amène les lecteurs jusqu'aux rives du CPCO, des soucis de disponibilité, et de... l'âge du capitaine (les 40 ans du tanker, les 35 ans de la Gazelle). C'est une antienne connue, mais je crois aux vertus de Pascal sur l'esprit du contribuable et du citoyen français. Plus loin dans ce même magazine, j'ai découvert que David Abiker s'annonçait officier de réserve. Un journaliste de plus.
Chez Valeurs Actuelles, un autre journaliste (et officier de réserve) a commis un sujet sur la crise malienne. Mais c'est une plume inattendue... Elrick Irastorza, qui vient chatouiller là où ça fait mal. Le mieux c'est de le lire : "Nos faiblesses sont bien connues, notamment en moyens de projection. Ce qui me préoccupe le plus est la protection de nos hommes face à de l’armement d’un calibre très répandu, le 14,5. C’est autre chose que la kalachnikov ! Il est urgent de projeter des engins protégés et équipés au “standard afghan” et surtout de ne pas retarder plus que de raison le remplacement de nos bons vieux VAB."
On peut avoir trouvé bien des défauts à cet ancien CEMAT, mais pas celui de ne pas avoir pris les moyens de la mesure, ou la mesure des moyens. Comme je l'écrivais moi-même jeudi, l'adaptation réactive semble avoir disparu du scope. Il faut espérer, comme semblent le démontrer les programmes relancés (relancés, oui) quelques heures seulement après la mort du CBA Boiteux, qu'il ne faille pas attendre les morts pour prendre les précautions d'équipement qui s'imposent pour la protection élémentaire des militaires français.
Pas de Canard Enchaîné sans la reprographie d'un document estampillé de rouge. Celui de la semaine, en date du 31 octobre détaille quelques moyens aériens mais aussi quelques répliques savoureuses des arcanes parisiennes. Le Canard prête ainsi ce lourd reproche au président :"vous n'êtes pas des experts militaires, vous n'avez pas à donner des détails militaires". Principalement visé, le locataire du quai d'Orsay, qui par deux fois, a donné du travail de rectificatifs à son équipe, en évoquant la collaboration de l'Algérie pour les survols de nos Rafale, et la contribution (payante) de la Russie pour la projection de nos matériels. Dans le premier cas, RFI avait, sans qu'on croit la station, expliqué que ce survol avait en fait... évité l'espace aérien algérien, qui ne voulait pas voir de cocardes le traverser.  Maintenant, on peut le dire, les Rafale étaient à l'ouest.
En voyant cette couve, je suis allé voir sur le site, avant de griller les euros. C'était heureux d'associer le titre du haut, et celui du bas. Rien à voir. Tant pis, ils z'auront pas mes euros !

vendredi 25 janvier 2013

Un Sentinel au-dessus du Mali

Le bilan d'une prise d'otages en Algérie a peut-être fait basculer l'opinion publique britannique, et conforté l'orientation de son Premier ministre. Ce soir, le MoD annonce l'engagement d'un avion de surveillance Sentinel R1 (photo MoD) aux côtés de la France au Mali. Cet avion multicapteurs a déjà fait merveille en Afghanistan et en Libye. Cette dernière lui a sans doute évité le retrait pur et simple.
C'est une plus-value évidente, dans un secteur dans lequel les Français n'ont pas beaucoup de billes à offrir (mais quelques unes quand même). Un déficit capacitaire comblé par les Britanniques, donc, tout comme avec le transport stratégique, pour lequel la RAF va maintenir sa contribution de C-17 plus longtemps que prévu (1).
Un pays arabe aurait lui aussi offert sa contribution avec un C-17 : à ce stade, le gouvernement français n'a pas évoqué cette piste. Le ministre des affaires étrangères a pour sa part évoqué la contribution des An-124 russes. En oubliant qu'ils sont affrétés dans le cadre de Salis et d'ICS, contre espèces sonnantes et trébuchantes. L'aide payante, un secteur qui marche toujours, en pareil cas.

(1) les contributions britanniques sont significatives : un à deux C-17 sur une flotte totale de 8, un Sentinel R1 sur une flotte de 5. Aurions-nous fait pareil pour eux ?

L'hommage du RAID aux morts du Mali et de Somalie

Amaury de Hauteclocque, chef du RAID et de la FIPN a rendu hommage aux quatre militaires morts en service en janvier en Somalie et au Mali, en présentant ses voeux. Il a notamment honoré la mémoire du CBA Damien Boiteux pilote du 4e RHFS avec qui le RAID avait récemment travaillé. Des personnels du COS, mais aussi du GIGN et de la DCRI, ainsi qu'Ange Mancini, coordonnateur national du renseignement, premier patron du service, assistaient à ces voeux, qui rassemblent traditionnellement tout ce que la France compte d'unités spécialisées.
Le chef du RAID en a aussi profité pour annoncer la création d'une salle d'honneur au RAID. Trois policiers du RAID (Christian Caron, Fernand Seither et René Canto) sont morts en opérations depuis 1985 et plusieurs dizaines ont été blessés, dont quatre lors de l'affaire Merah, il y a un an. Le chef du RAID a rappelé que ces quatre personnels (parmi lesquels figure un officier) avaient depuis retrouvé leur place, et toutes leurs qualifications au service.

Calvi part au Mali

12 jours après sa mise en alerte, le 2e REP s'est finalement envolé hier pour le Mali, depuis Solenzara. Le régiment, encore en Guépard, avait été placé en alerte le 12 janvier à 14 heures, mais sa première et sa deuxième compagnie ont dû attendre les verts du CPCO. Ce n'est pour l'instant et finalement que la 2e compagnie qui est partie, avec une structure de commandement et le chef de corps, le colonel Benoît Desmeulles. Cet officier connaît bien la guerre assymétrique pour l'avoir pratiquée, avec les OMLT, en Afghanistan, puis l'avoir restituée à la génération montante.
Le président de la république s'était fait présenter les éléments de la 4e compagnie, lors de sa récente visite aux EAU. Plusieurs témoins avaient bien cru entendre que le régiment pourrait fournir des éléments pour le Mali.
Les effectifs de Légion engagés au Mali restent étroitement limités, pour l'instant, avec un élément du 1er REC, et donc un SGTIA d'infanterie de Calvi.
On ignore encore l'emploi qui sera fait des atouts de ce régiment emblématique. Un autre, le 3e RIMa s'occupe actuellement de la sécurité de l'aéroport de Bamako...

Et si la solution c'était des SEM au Sahel ?

Un SEM à Kandahar, en 2008 (photo EMA).

C'est mon confrère Air&Cosmos qui le révèle : la marine plancherait sur un éventuel engagement de SEM au Sahel (proposition qui n'a pas été retenue par l'EMA, signale le magazine). Par delà cette allitération en "s" qui pourrait faire sourire les uns et persifler les autres, voire faire croire à un 1er avril avant l'heure, cette hypothèse a du sens car le porte-avions est au bassin pour au moins six mois. Les SEM ont effecté un bilan de feu pas ridicule contre les insurgés afghans en 2008, à Kandahar, avec une vingtaine de GBU-49 envoyées en quatre mois de présence.
Mais surtout, entretemps, en Libye, ces petits chasseurs -les plus vieux qui seraient déployés au Sahel- peuvent embarquer quatre bombes GBU-49 (deux fois le chargement d'un Mirage 2000D) tout en disposant de canons. Mais c'est aussi le seul vecteur qualifié pour emporter la GBU-58 -une bombe de 125 kg- mieux adaptée à l'action en zone périurbaine, ou dans des zones où les combattants sont entremêlés.
Certes, cela obligerait à déployer une quatrième chaîne logistique de chasseur. Certes, cela amène une endurance moindre qu'un Mirage F1CR. Mais osons le dire, en plus d'être un bombardier et un avion de reconnaissance, le SEM est aussi une nounou, et par les temps qui courent, même les plus petites quantités ne sont pas négligeables. Si, si.

jeudi 24 janvier 2013

Serval, côté cuirasse

Je signalais le 16 janvier dans un post avoir reconnu quelques équipements livrés aux forces en adaptation réactive, pendant l'Afghanistan. Cette liste ne s'est pas forcément consolidée dans le temps depuis.
Tant l'imagerie diffusée par la défense que celle véhiculée par les médias montrent une majorité de soldats portant de vieilles frags, malgré les milliers livrées ces derniers mois en Afghanistan, notamment celle de Tigre, sensées coller aux livraisons de Félin (il est vrai affublée de revendications convergentes pour évoquer sur un poids excessif).
Sur les photos diffusées ce jour par la défense, les soldats n'en sont même pas dotés.
De même, les véhicules déployés ne semblent pas disposer tous de capacités de combat de nuit, malgré les crash programs lancés pendant l'Afghanistan. On cherche aussi au Mali les moyens mis en place depuis 2006 pour contrecarrer les capacités d'agression des insurgés afghans, qui se documentent aux mêmes sources que les adversaires actuels venus du Nord-Mali.
Un coup d'oeil approfondi sur les véhicules déjà arrivés sur place, comme ceux qui ont quitté Toulon laissent apparaître des engins dans leur plus simple appareil (1).
Les témoignages des militaires maliens confrontés aux djihadistes font pourtant état d'usages répétés de RPG et d'armes de 14,5 mm (dont la France ne dispose pas), mais qui on le sait, traversent à peu près tout ce qu'on peut lui opposer au sol, voire en l'air.
Notons que le seul crash programme spécifique au Sahel lancé par l'EMA (en 2010) est encore aux essais en vol.

(1) On trouve aussi un grand nombre d'AA52, malgré le lancement d'un programme de remplacement par la MAG-58.

Des gendarmes au Mali

Des gendarmes sont déployés au Mali. Leur volume est significatif, pour renforcer la sécurité de l'ambassade et de l'ambassadeur de France, qui dans le contexte, peuvent faire l'objet d'attaques (1). La surveillance des extérieurs est fournie par l'EGM 24/1, déjà déployé en Afghanistan et à Bagdad, tandis que la force de sécurité de protection du GIGN se charge de la protection rapprochée du diplomate.
Signe de la réactivité, le GIGN avait déjà, fin décembre, envoyé un échelon sécuriser l'ambassade de Bangui. C'est de là que sont arrivés les précurseurs parvenus à la mi-janvier à Bamako, avant d'être rejoints par une équipe partie elle de France.
On peut imaginer qu'au vu du risque terroriste du moment, le GIGN est également prêt à renforcer d'autres ambassades dans la région, si le Quai d'Orsay ou les évènements le demandent.
Les seuls gendarmes qui pourraient être formellement impliqués dans l'opération Serval sont des prévôts. On ignore si à ce stade c'est déjà le cas. D'autant que la prévôté est actuellement, à la demande de la DGGN, en pleine refonte.


(1) une ambassade sahélienne avait été, rappelons-le, ciblée à l'explosif.

Serval, côté sel

La marine accentue sa contribution à l'opération Serval, en action directe, ou en soutien. La mobilisation dépasse les 500 marins, si l'on intègre les dernières contributions en date : le BPC Dixmude et son navire d'accompagnement. Plus anciens dans la zone, les ATL-2, dont le volume a été renforcé pour atteindre cinq appareils des flottilles 21F et 23F. C'est tout simplement le plus gros volume jamais déployé au profit d'une seule opération, a fortiori en Afrique. Le précédent record était à trois appareils mis en place à Niamey en 2010 pour rechercher des otages enlevés à Arlit. Le plot ne mobilisait alors que 70 marins, on excède donc cette fois largement la centaine.
Cinq appareils, c'est un tiers de la flotte en ligne. Une flotte qui doit aussi contribuer à la sécurité des SNLE : on peut donc parler d'un effort doublement significatif au beau milieu du Sahel.
Selon des sources convergentes, des commandos marine sont aussi déployés dans cette zone, mais pour un volume ne dépassant pas les deux chiffres. Et, à raison de moins d'une dizaine, des marins sont également déployés au JFACC de N'Djamena.

mercredi 23 janvier 2013

Dans Raids Aviation n°5

(cliquer pour agrandir ces doubles pages d'ouverture de chaque dossier)








L'homme de la situation

Para colo, le général de brigade Grégoire de Saint Quentin est le commandant opératif de l'opération Serval, basé à Dakar. Il dispose pour cela d'un PC opératif, constitué d'un segment avant avec 80 personnels à terme à Dakar, et une vingtaine à Bamako, a révélé ce soir l'EMA. Selon cette même source, il était à Bamako il y a quelques jours pour rencontrer son homologue de la MISMA.
Cet officier général commande les éléments français au Sénégal (EFS), diminués des deux tiers par rapport à ce que comptaient encore les forces françaises sur place, il y a deux ans.
Sa nomination à la tête de Serval est logique : depuis des mois, Dakar est une base incontournable de l'action des forces françaises dans la région, notamment les forces spéciales. Le général de Saint Quentin connaît les unes comme les autres. Il a commandé le 1er RPIMa, le fer de lance des forces spéciales de l'armée de terre. Et il arrive tout droit du CPCO, la célèbre "cuve" où la guerre se gère réellement. Jeune lieutenant pendant Desert Storm, il a depuis servi avec ses commandos sur plusieurs théâtres.
Cet officier qui a croisé assez tôt les adversaires asymétriques a aussi écrit, dans son comité de la 58e session du CHEM (1), un travail en quelque sorte précurseur, quoique toujours en attente de concrétisation : "l'union européenne dans la lutte contre le terrorisme".

(1) notons que certains des rédacteurs dudit document auront eux aussi fait du chemin depuis : l'un d'eux est le chef de cabinet de son chef d'état-major et un autre suit les voilures tournantes.

Record d'emport pour le Dixmude

Le Dixmude est en mer pour l'ouest de l'Afrique avec à son bord plus d'une centaine de véhicules, dont une vingtaine de VBCI. Le volume de véhicules est tel qu'il a fallu en laisser dans le radier, et en monter sur le pont. Un film diffusé par la Défense montre des P4, des VABSAN, des VBCI, des GBC180, des AMX10RCR, mais pas de Leclerc -un BPC peut en emporter 13-, ce qui ne prouve pas qu'il n'y en ait pas. Par contre, le BPC n'a pas emporté d'hélicoptères.
Le port d'arrivée du navire, qui est accompagné d'une frégate, n'est évidemment pas connu. Le risque terroriste explique en partie ces précautions, qui ne sont pas que de pure forme. Mais la simple consultation d'une carte permet de visulaliser le(s) possibles.
Le recours à un BPC plutôt qu'à un affrété permet évidemment de gagner en réactivité, puisque la marine conserve en permanence un de ses trois BPC en alerte à 72 heures. Jeudi, le Dixmude est passé en alerte à 48 heures. Et le chargement de l'équivalent de quatre rames de TGV (1600 m de linéaire) a commencé hier. Le lot comprend des munitions, ainsi qu'un effectif conséquent.
Sur un BPC, les militaires qui accompagnent les véhicules vont aussi pouvoir se préparer, mettre leurs véhicules en condition de combat. Ils peuvent aussi s'entraîner au tir. C'est donc un gain de temps appréciable, et en plus, dans des conditions de sécurité maximales, à un coût maîtrisé : le Dixmude aurait dû, de toute façon, prendre la mer pour aller s'entraîner.
Le Dixmude avait déjà assuré un mandat au large de l'Afrique, un Corymbe, en terminant la campagne Jeanne d'Arc, l'an dernier.

Une mission et un incident de séance

Comme prévu par ce blog, la commission de la défense de l'assemblée nationale a lancé ce matin la mission d'information sur l'opération Serval. Elle sera présidée, comme annoncé ici par Patricia Adam, avec deux co-rapporteurs, Philippe Nauche et Christophe Guilloteau.
Par contre, l'audition du ministre de la défense, jugé très crédible par plusieurs présents, a été interrompue par le départ imprévu d'une dizaine de députés de droite. Philippe Folliot, Philippe Vitel, Philippe Meunier (pourtant très virulent contre l'exécutif en début de semaine) ont quitté la salle, à l'étonnement du ministre et de leur présidente de commission. Les incidendents sont pourtant rarissimes dans cette commission.
Plusieurs des occupants de la salle évoquent une manifestation contre le mariage pour tous, à proximité de l'assemblée. "Je ne partage pas la posture de mes collègues, nous déclare pour sa part le député (UMP) du Rhône Christophe Guilloteau, l'explication du ministre valait un quart d'heure de patience. Je suis opposé au mariage pour tous, mais je suis allé manifester à Lyon, à Paris, en temps et en heure".
Après avoir répondu à quelques questions, le ministre est lui parti vers 13 heures, après avoir promis de revenir toutes les semaines.


Dans le nouveau RAIDS

. Le 2e REP, les FAZSOI et le 13e BCA dans Amitié,
. Le CPA20 et les tringlots dans un des derniers convois réalisés entre Nijrab et Kaboul,
. Les premières photos de l'opération Serval.

Echange standard (ou presque)

Les Mirage F1CR basés à Bamako échangent leur place avec d'autres avions. Les F1CR pourraient ainsi revenir à leur mission d'origine, tandis que les muds feraient leur travail, avec des équipes de ciblage au sol qui bénéficieraient ainsi d'un playtime singulièrement augmenté.
Mais l'autre versant du problème, c'est bien l'optimisation des 12 chasseurs présents dans la zone, et de la difficulté de l'armée de l'air à tenir dans la durée le contrat opérationnel sur les tankers (1). Le dernier volume évoqué pour les tankers était de cinq appareils au Tchad, chiffre assez proche des appareils... présents en France : en intégrant les appareils indisponibles pour maintenance programmée ou panne (le lot commun sur un avion de 40 ans), l'avion des EAU, on arrive assez vite à la totalité de la flotte...


(1) à bout de souffle, le potentiel de ces avions est de plus prioritairement réservé pour la mission nucléaire.

D'Algérie ou de Tunisie

Les attaques informatiques sur deux sites du ministère de la défense français révélées hier sur ce blog ne proviennent "pas du Maroc". Restent donc deux pays d'origine possibles, l'Algérie et la Tunisie, avec lesquels la France a des liens plutôt étroits -le président de la République était en déplacement dans le premier il y a peu-. Ce sera donc un bon cas concret, un test de la volonté ou pas de coopérer sur le plan judiciaire avec la France. L'attaque contre le site de la DICOD devait provoquer le dépôt d'une plainte en bonne et due forme.
A ce stade, aucune cyber-attaque ne semble avoir été détectée depuis le territoire français, depuis le début de l'opération Serval.
Les attaques sur les Facebook de l'EMA et de la DICOD proviendraient eux aussi, d'Afrique du Nord. Néanmoins plus perverses à contrôler, si ce n'est au niveau de Paris, car on sait que les Facebook et autres twitters sont relativement difficiles à raisonner, comme l'a rappelé encore une autre affaire, il y a quelques jours.

mardi 22 janvier 2013

Serval, côté logistique aérienne

L'EMA détaille ce soir le pont aérien mis en place pour acheminer les matériels et personnels français vers le Mali  où 2.300 militaires sont désormais stationnés, selon cette source (avec 1.600 africains hors Maliens). Une quinzaine de VAM, pour la quasi-totalité du 3/60 Estérel ont été nécessaires pour amener ces militaires français au Mali, depuis la France ou les bases de la région (notamment le Tchad).
Une trentaine de vols d'avions de transport ont servi à déployer du fret, et une soixantaine de gros porteurs se sont chargés des KC20 et matériels roulants et aériens. D'après l'EMA, sept gros porteurs travaillent encore sur Serval, dont trois C-17 américains... et quatre autres canadiens et britanniques.
Rappelons que la marine a pris sa part du fardeau, avec une vingtaine de VBCI et sans doute d'autre matériel, chargés à bord du Dixmude qui a quitté Toulon ce jour.

Les douze derniers

L'Eurocorps doit retrouver ce jeudi ses douze derniers personnels affectés en Afghanistan. Dans cette douzaine figure le propre chef de l'Eurocorps, le général Olivier de Bavinchove, qui fut également CEM de l'ISAF, pendant un an.
Comme ce blog l'avait annoncé, la France perd ce poste stratégique, conséquences, entre autre, de la réduction de son format en Afghanistan.

Le chargement des ATS alliés (suite-actualisé)

Le chargement du 6e vol de C-17 canadien parti de France a de quoi interpeller : quatre P4 et leurs remorques, issues du parc du 121e RT. Ces vols canadiens doivent s'interrompre dans quelques jours. Deux C-17 américains sont déjà à pied d'oeuvre pour les relever, comme ce blog le signalait ce weekend.
Cinq sorties de C-17 de l'US Air Force ont déjà été réalisées, pour un total de 124 tonnes transportées, ainsi que 80 personnels.

Serval, la bataille numérique continue

La bataille numérique parallèle à l'opération Serval a été plus intense que prévue. Par delà les attaques verbales sur le Facebook de l'EMA et de la DICOD, révélées sur ce blog, le propre site internet du ministère a été l'objet d'une attaque, la troisième d'importance depuis que ce site existe.
L'offensive a été menée depuis un pays du maghreb, dès le vendredi qui voit l'opération Serval commencer. Mais la défense a été, cette fois, la plus forte : le site internet n'est pas tombé, même s'il a connu des dysfonctionnements.
Néanmoins, mardi dernier, c'est le site du SHD qui a été lui, piraté. Des mots de passe permettant aux chercheurs de se connecter sur le site ont été braqués dans un ficher pourtant crypté. Une défaillance de protection aurait pu faciliter cette attaque.
Celle contre le site de la DICOD doit faire l'objet d'une plainte. Certaines attaques sur les Facebook pourraient faire l'objet de poursuites.
De telles attaques, qui semblent pour l'instant relativement bénignes sur l'échelles des possibles seront bien plus compliquées à mener d'ici la fin de l'année, quand est attendu le programme de lutte informatique défensive, donc Cassidian a gagné le contrat. 
Preuve supplémentaire que l'EMA prend ces sujets au sérieux, un officier général est désormais intégré au CPCO depuis le printemps dernier, avec le titre de "chef cyber".

lundi 21 janvier 2013

Philippe Meunier : "le président aura des comptes à rendre"

Le secrétaire de la commission de la défense de l'assemblée nationale, l'UMP Philippe Meunier (photo, crédit AN), élu du Rhône, dénonce le manque d'anticipation de l'exécutif dans la crise malienne et demande à ce que les touaregs soient réintroduits dans la résolution de cette crise.

Vous avez diffusé un communiqué virulent contre le président la semaine dernière : que lui reprochez-vous exactement ?
Il y avait une nécessité à stopper les colonnes qui arrivaient du nord. Mais François Hollande a donné aux islamistes un blanc-seing en n'intervenant pas plus tôt, et en expliquant pendant des mois que la France n'interviendrait pas au sol.
Vous estimez que c'est un retard à l'allumage ?
Non c'est un mauvais choix du président de la République. Il aurait fallu procéder comme en Côte d'Ivoire, quand la France s'était déployée entre les deux zones, et les avaient rendues étanches, empêchant les pénétrations. En ne le faisant pas, François Hollande a en quelque sorte donné carte blanche aux islamistes. Et notre dispositif sur place était trop faible. Il aurait fallu, en fait, mettre plus de matériel en pré-positionnement, avec des avions d'assaut et des hélicoptères Tigre, bien mieux protégés qu'une Gazelle. On savait que les islamistes étaient lourdement armés. Cette situation n'est pas acceptable. Il faut aussi réintroduire la problématique touareg, et discuter avec eux. C'est la clé de voûte de cette crise. On ne doit pas les assmiler aux islamistes, et reconquérir le nord-Mali pour en redonner les clés à Bamako sans considérer les touaregs. Je suis favorable, je le redis, à la lutte contre le terrorisme mais il ne faut pas oublier les touaregs.
Cette crise révèle-t-elle pour vous des carences capacitaires dans nos armées ?
Mais on avait à disposition ces Tigre ! Il fallait juste les pré-positionner dans cette zone. Ce n'est pas un mauvais choix des armées, mais du politique, c'est le politique qui donne les ordres aux armées. Si encore le Mali avait dû faire face à des colonnes très volumineuses non prévues, mais on sait que ces islamistes sont au nord-Mali depuis des mois ! Le président a fait preuve d'un manque d'anticipation. Ce n'est pas acceptable, et le président aura des comptes à rendre aux armées et aux Français.
Le ministre de la défense n'est pas encore venu à la commission, c'est une faute de goût ?
Il était en interview ce matin-là, il avait donc du temps disponible. Le président de la République et ce gouvernement n'appréhendent pas les choses en face. On est face à un pouvoir qui n'entend pas. Il ne faudra pas s'étonner si les choses se passent mal.
Que voulez-vous dire ?
On est comme face à un mur. L'exécutif n'a pas pris l'ampleur des dossiers. Pour ce qui est du ministre, cela fait déjà un certain nombre de jours que l'armée française est sur le terrain. On l'auditionne mercredi, si c'est pour l'entendre dire ce qu'il a déjà dit à la télévision...
Quelles questions voudrez-vous lui poser ?
Pourquoi ces moyens militaires n'ont pas été déployés plus tôt. Et je veux aussi des explications sur l'affaire somalienne. Puisqu'il a dit que cela faisait plus d'un mois que le dispositif était en place, je veux comprendre.

La France va commander Atalante (once again)

Comme en 2012... et en 2011, un amiral français commandera à nouveau l'opération Atalante (1) en océan Indien dans quelques semaines. Un bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) sera intégré à la force, pour l'occasion, et comme elle le fait aussi en pareil cas, des avions de surveillance de la marine et de l'armée de l'air (2) pourraient être intégrés aux opérations sur place.
Atalante est une réussite de l'Europe (franco-espagnole à l'origine). Mais on le voit, les marines de la même Europe ne se battent donc pas forcément pour toutes mettre les mains dans le cambouis...

(1) Le patrouilleur Adroit doit opérer dans cette zone dans quelques jours.
(2) Le nouveau Raids Aviation consacre un sujet aux appareils de patrouille maritime espagnol et allemand (et non italiens) basés à Djibouti.

dimanche 20 janvier 2013

Des décisions (enfin) sur les drones

Face à la très percutante Caroline Roux (photo France 5), le ministre de la défense a reconnu à demi-mots sur France 5 que le dispositif français de drones n'était pas suffisant. Le président de la République l'avait, il est vrai, déjà dit le weekend dernier, en parlant du dispositif de renseignement implanté dans la zone malienne. "Je vais être amené à prendre des décisions dans les jours qui viennent" a déclaré le ministre avant, relancé par la journaliste, de préciser : "engager les investissements".
En remettant le dossier des drones MALE à plat dès son arrivée, le ministre avait pourtant prévu des décisions dès l'été 2012.
Selon nos informations, c'est actuellement la marine qui aligne le plus d'avions spécialisés dans le renseignement dans la région concernée par la crise malienne. Les forces spéciales assurant quant à elles, dit-on, une contribution très significative à ce même renseignement, en l'air autant qu'au sol.

Qui est engagé dans Serval (actualisé)

Voici la liste actualisée des unités engagées dans la zone malienne :
Au sol : 21e RIMa, 1er REC, 1er RHP, 3e RPIMa, 126e RI, 92e RI, 6e RG, 13e RG, 2e RIMa, 11e RAMa, RICM, CPA 20, CPA 30.
Dans les hélicoptères conventionnels : 1er RHC, 5e RHC, EH 1/67 Pyrénées, GCM 27.
Dans les chasseurs : 1/3 Navarre, 2/3 Champagne, 3/3 Ardennes, 1/7 Provence, 2/30 Normandie-Niémen, 2/33 Savoie.
Dans les avions de transport: 2/61 Franche Comté, 1/64 Béarn, 2/64 Anjou, détachements régionaux, 3/60 Estérel.
Forces spéciales : 1er RPIMa, CCT, 13e RDP, CPA 10, 4e RHFS, Alfusco, escadron de transport 3/61 Poitou.
Marine : flottilles 21F et 23 F.
En soutien : 511e RT, 7e RMAT, détachements du SEA, 7e ACP du SSA à Bamako, bases régionales de Dakar, Libreville, N'Djamena, Abidjan.

Voici également quelques statistiques pour fixer les esprits de Serval :
. 2000 militaires implantés en 8 jours de France et des bases bases de la région.
. Douze chasseurs (contre huit samedi dernier), cinq tankers (contre un samedi dernier), une quinzaine d’hélicoptères (contre sept samedi dernier). Plus de 150 véhicules dont un gros tiers venu par la route.

(j'en profite pour rappeler que l'information délivrée quotidiennement sur ce blog ne doit pas dispenser de la réflexion, ou de la citation, quand on l'utilise dans un média ou un forum. Toute copie de ces posts est aussi prohibée sans autorisation, en vertu de la loi sur l'espace numérique)

Des renforts de blindage et des miniguns sur Gazelle

Difficile de ne pas voir la conséquence de la mort du CBA Damien Boiteux aux commandes de sa Gazelle : l'armée de terre a relancé la semaine dernière un dossier de renforcements de blindages sur ses SA342. Un modèle étranger ferait même partie des solutions envisagées (1). Vraisemblablement un dossier technique déjà prêt depuis longtemps -c'est le travail du GAMSTAT que de plancher sur ces solutions et ce travail est bien fait- mais qui, comme nombre d'opérations de cohérence, cherchent les millions d'euros -quand ce ne sont pas les KF...- pour les financer. L'âge respectable du matériel de l'armée française a démultiplié ces petits programmes (2), souvent les premiers à souffrir en période de disette budgétaire. Le dossier d'intégration d'une minigun (3) sur Gazelle, réputé pour ne pas être très rapide, semble lui aussi avoir connu un coup de fouet brutal depuis cette semaine.
Depuis que la Gazelle est en service, elle avait traversé les opex -et notamment la Libye et la RCI en 2011, mais aussi l'Afghanistan- sans perdre un membre d'équipage du fait du tir adverse. Un miracle, donc.
A la base, la Gazelle est un appareil civil, optimisé ensuite pour la liaison et la reconnaissance, puis le combat antichar. La Grande-Bretagne ne l'utilise plus pour les missions de combat depuis des lustres.
Le Caracal et le Tigre ont connu des renforcements de leur protection contre les tirs adverses pendant les opérations en Afghanistan. Cette intégration de blindages faisait même partie d'un pack qui avait, de fait, contribuer à retarder la mise en oeuvre du Tigre en Afghanistan.
Avec les réductions et décalages évoqués sur le Tigre, la Gazelle risque de rester encore longtemps en service...

(1) difficile de ne pas faire le lien avec d'autres séquences du même type, comme celle-ci par exemple : les premiers TOP sur VAB avaient été envisagés sur VAB dès la guerre de Bosnie. Il aura fallu attendre la mort d'un sous-officier du GCM, l'ADC Laurent Pican, pour que le programme soit accéléré.
(2) on n'a plus trop de nouvelles d'un programme pourtant présenté comme emblématique et notifié par le plan de relance de l'économie sous Morin : l'affût canon SH20 de Nexter a vu son calendrier de livraison glisser, mais l'argent, cette fois, ne semble pas en cause.
(3) Le 4e RHFS avait obtenu l'intégration de la M134 en 2010. Bien que la M134 soit un modèle connu depuis plus de... 50 ans, la DGA a préféré tester elle-même les effets de cet engin déjà utilisé, pourtant et par ailleurs, par les forces spéciales, notamment le 1er RPIMa et la marine. 

samedi 19 janvier 2013

Des GCM aux portes des hélicos au Mali

Sur le deuxième théâtre consécutif, les commandos montagne (GCM) vont armer les hélicoptères chargés de mission de récupération des personnels isolés au Mali. Le GCM avait déjà armé, en décembre, les hélicoptères français à Kaboul.
Traditionnellement, l'armée de terre faisait appel à ses pelotons de reconnaissance et de balisage (PRB), stuctures qui avait été réduite en nombre. Seul celui de Pau avait survécu, mais ne semble pas avoir été utilisé depuis un mandat en Afghanistan, en 2011.
De son côté, l'armée de l'air dispose d'une unité dédiée, le CPA30, qui avait été utilisée en Libye, et en Afghanistan, jusqu'en décembre dernier... quand les GCM leur avait succédé.
Le GCM déployé est interarmes. C'est pour le moment l'unique représentant de la 27e BIM. Comme ils l'ont bien prouvé en Afghanistan, les GCM sont capables de tenir un très large spectre de missions, un atout qui, dans la crise malienne, ne se refuse pas.

Des C-17 de l'USAF bientôt à Istres

Ce n'est plus qu'une question d'heures : des C-17 de l'US Air Force vont arriver sur la base aérienne d'Istres (Bouches-du-Rhône). C'est à côté du noeud logistique de l'armée de terre, à Miramas.
Il aura fallu du temps pour que les Etats-Unis injectent ces moyens, annoncés pourtant dès la semaine dernière : on évoquait alors des C-5 pour transporter les VAB du 2e RIMa.
La sitation difficile sur le terrain impose un matériel plus nombreux et moderne : sans doute ce que les Américains devront transporter.
Les Britanniques puis les Canadiens ont prêté chacun un C-17, mais pour une durée limitée à une semaine, qui doit s'interrompre donc la semaine prochaine.
Jean-Yves Le Drian devrait être dans cette zone stratégique dans le courant de la semaine, pour rencontrer les troupes en partance pour le Mali. Initialement, il devait aller rencontrer les aviateurs, à Avord.

Serval consomme plus de monde que prévu

Il n'y pas de quoi s'en étonner, Serval va être une machine à consommer l'effectif. 2000 Français opèrent désormais au Mali, chiffre qui n'inclut évidemment pas le soutien provenant des trois bases de la région : Dakar, Abidjan et N'Djamena. A un terme qui n'est peut-être pas si lointain, l'effectuif pourrait allègrement atteindre voire dépasser. C'est qu'à temporiser, les djihadistes ont consolidé leurs positions ces derniers mois, se sont équipés, ont formé leurs troupes...
Les difficultés rencontrées pour reprendre du terrain aux djihadistes illustrent  bien le caractère coriace et furtif de ces combattants, qu'il va falloir aller chercher à la fourchette à escargot. Pas sûr que les troupes africains prennent toute leur part dans ce travail qui nécessite une formation et un matériel adapté.
Le corollaire, la possibilité évidente de pertes, c'est bien ce qui rebute les Européens, qui n'ont pas mis la moindre troupe au sol. Une antenne chirurgicale française est déjà à pied d'oeuvre à Niamey, et des avions médicaux ont sans doute été placés en alerte avancée, en France.
Les régiments et unités concernés par la mobilisation n'arrête pas de croître : RICM (un escadron, 50 véhicules), 511e RT, 126e RI, 3e RG, 92e RI, CPA 20 et CPA30, 5e RHC, EH 1.67 Pyrénées, flottilles de la marine à Lann Bihoué, escadrons de chasse de Saint-Dizier et Mont-de-Marsan... En plus des combattants de la première heure qu'ont été les muds de Nancy, et les opérateurs des forces spéciales, en l'air et au sol : 13e RDP, 1er RPIMa, 4e RHFS et 3/61 Poitou.

Le Drian perd un conseiller

Après la directrice de l'ECPAD, et le directeur de la DRESD, le ministre de la défense perd un membre de son cabinet. C'est le journal officiel du 17 janvier qui a annoncé cette décision du 14 janvier, rédigée dans un style laconique : "il est mis fin aux fonctions de M. Philippe-Xavier Bonnefoy, conseiller politique et parlementaire auprès du ministre de la Défense, appelé à d'autres fonctions".
Ce conseiller est parti comme chef de cabinet (et non dircab comme indiqué par erreur) chez Nicole Bricq, au commerce extérieur explique l'entourage du ministre, qui assure que ce départ n'a donc rien à voir avec des difficultés récentes avec les députés, niées par ailleurs. La bronca a pourtant soufflé fort cette semaine, comme l'a révélé ce blog. Même Patricia Adam, la présidente de la commission de défense, connue pour sa bonne humeur et ses bonnes relations avec le ministre, s'en serait fâchée.
Christine Mounau-Guy, assistante parlementaire du ministre pourrait ainsi récupérer un périmètre plus large. Cette conseillère, qui était déjà dans l'équipe Le Drian auparavant a déjà assuré le soutien de plusieurs visites de terrain des parlementaires, chez qui elle semble jouir d'un important crédit.

Les unités du COS distinguées par leur ministre


Le général Christophe Gomart (GCOS), le CV Olivier Coupry et le ministre écoutent les explications de ce chef de groupe du 1er RPIMa (Photo Jean-Marc Tanguy)
Les derniers personnels du COS qui ne sont pas encore au Sahel ou ailleurs étaient réunis cet après-midi à Lorient pour un hommage de leur ministre. Pas sûr, d'ailleurs, que ce dernier carré ne soit pas envolé, tout ou partie, pour le Sahel, dans la foulée !
Le mindef a reconnu, en fin de séquence, avoir mieux compris les spécialités de chacune des unités. Chacune a évidemment fait passer ses messages d'actualité, ses nouveaux concepts. Comme l'escadron Poitou qui diffusait des vidéos particulièrement explicites.  
JYLD a très directement confirmé nos informations, évoquant le rôle crucial tenu par les forces spéciales vendredi dernier au Mali, un outil "réactif" qui a permis de stopper nette la progression des rezzous venus du nord. Aucun volume d'effectifs n'a été cité publiquement, néanmoins, le ministre a évoqué la présence des unités des trois armées.
Selon nos sources, la BFST est sans surprise très bien représentée au sol, avec le soutien d'aéronefs de l'armée de l'air.
Arrivé vers 12h30, le ministre avait pu discuter longuement avec les opérateurs jusqu'à 14h30, à l'abri des oreilles indiscrètes, puis a découvert des capacités classifiées, à l'abri des regards, pendant près de trente minutes.
Devant la presse, plusieurs opérateurs lui ont fait très sérieusement des propositions de service, comme ce spécialiste de la neutralisation à distance du 1er RPIMa dont le mindef a écouté les explications techniques en matière de tir. Le régiment est connu pour ses fines gâchettes.
JYLD a rappelé que c'est un autre socialiste, Pierre Joxe, qui avait créé le COS. C'était il y a 21 ans. O tempora, o mores, Pierre Joxe ne faisait pas chanter la marseillaise : JYLD, lui, n'a pas eu trop besoin de chauffer la salle pour que les commandos, d'une voix, entament l'hymne national, sans doute en pensée pour leur frère d'armes Damien Boiteux, tombé au Mali, le 11 janvier. Mais sans savoir encore qu'un ancien du 1er RPIMa avait aussi été tué à In Amenas (Algérie).

L'otage tué à In Amenas était un ancien du 1er RPIMa

C'est le site spécialisé Veterans Job Center qui l'annonce sur son Facebook : "Dany", l'otage français tué sur le site gazier d'In Amenas était un ancien du 1er RPIMa. L'ancien commando avait ouvert un restaurant au pays basque, et avait effectué parallèlement des missions à l'étranger.
Il serait parti pour le site gazier il y a deux mois, où d'autres anciens militaires contribuaient, comme lui, à la sécurité du site. Le security manager, un Britannique, aurait chèrement vendu sa peau, et ferait partie des premiers tués. L'otage français serait mort, lui, plus tard dans la partie industrielle du site : les terroristes l'auraient, comme d'autres, équipé d'un collier explosif.
"Dany" avait brièvement communiqué avec des journalistes français, au début de la prise d'otages.
A ce stade, on ignore si le fait que les média aient dévoilé qu'il était ancien militaire -sa qualité d'ancien commando n'avait pas été connue- a eu un impact ou non sur sa détention.
"Dany", qui avait une cinquantaine d'années, avait terminé son temps de service à l'instruction spécialisée (IS) du régiment. Il aura donc contribué à former plusieurs promotions de jeunes commandos bayonnais. Une bonne partie est déjà vraisemblablement au Sahel.

vendredi 18 janvier 2013

Le Wildcat tué à Alep ?

L'information émane de la télévision arabe Al Arabyia : Yves Debay aurait été tué à Alep par un

Une audition à Paris et une rencontre à Lorient

Après une période de gros flottement qui semble avoir énervé quelques députés (1), la commission de défense auditionnera le ministre mercredi prochain, à l'issue du conseil des ministres. Comme ce blog l'évoquait mercredi, la première audition de deux ministres (défense, affaires étrangères) prévue en début de semaine avait été annulée. Coïncidence, ou peut-être pas, les députés ont depuis très largement occupé le terrain médiatique. Il est vrai qu'en général, la défense ne passionne pas la grande presse, ce qui ne contribue pas à l'expression des dits députés.
Les évènements du moment  rendent l'agenda ministériel plus flottant que d'habitude. Du fait du conseil de défense prévu demain matin, le ministre a dû largement réajuster son programme de demain à Lorient avec les forces spéciales. Il ira néanmoins, demain, à la rencontre de ces opérateurs, dont les frères d'armes ont contribué, vendredi, à freiner l'offensive venue du nord. Un pilote du 4e RHFS y a laissé la vie. L'essentiel du dispositif actuel au Mali est fourni par la BFST.
Selon des informations convergentes, et déjà évoquées sur ce blog, le niveau de mobilisation actuel du COS en opération atteint un niveau record, le Mali n'étant pas le seul théâtre concerné, comme l'engagement d'hélicoptères en Somalie l'a bien illustré.

(1) notamment mais pas seulement les députés UMP, qui ont sorti un communiqué de presse assez virulent.