mercredi 30 novembre 2011

Travailler plus pour gagner moins (Louvois)

Les soucis rencontrés par l'armée de terre avec Louvois (1) ne se limitent pas qu'au versement des soldes de base. Les témoignages convergents recueillis évoquent quasiment tout le spectre des primes, chez les militaires d'active, mais aussi chez les réservistes, une catégorie déjà démobilisée par le peu de cas que l'on fait de son emploi. Certains réservistes ont ainsi beaucoup donné, cette année, pour remplacer les absents au quartier, et certains sont même encore actuellement en opex. Comme c'est l'usage, ils ne perçoivent pas de rémunération de leur employeur (privé), et rien non plus de l'armée ! On évoque des règlements "fin janvier 2012" dans un message référencé 880311/DEF/RHAT/SFRH/NP, en date du 08 novembre 2011. Plusieurs réservistes m'indiquent que les périodes d'ESR ne sont plus soldées depuis juillet dernier. De quoi animer un conseil sur les réserves annoncé samedi.
Encore cette date de janvier 2012 (bizarre...), c'est promis, pour le règlement des "primes de rideau" attribuée aux militaires qui sont mutés (2). Et qui attendent donc le versement de cette prime depuis l'été.
Encore janvier 2012 annoncé à des soldats actuellement en Afghanistan pour le versement de leur prime opex (solde x1,5), alors qu'ils sont déjà sur le théâtre depuis plusieurs semaines (3). Certains militaires en Afghanistan nous confirment avoir touché une solde opex, mais très rabiotée, en octobre.
 Et rien en novembre, tandis que la solde de base était réduite à sa plus simple expression.
D'autres évoquent des versements sur des comptes bancaires fermés depuis des mois : ce sont donc des fiches RH qui n'ont pas été actualisées.
Selon des témoignages convergents, la mise en service de Louvois a été précipitée, puisque l'expérimentation a été réduite à un mois, contre une période bien plus longue prévue à l'origine. Il était même prévu d'envoyer deux bulletins de soldes (un Louvois, un CTAC, ancien régime) pendant cette période transitoire. Au final, cette économie de timbres et de temps, on le voit, n'en est pas une.
Déjà, les militaires s'organisent, à coups de recours avec accusé de réception, de quoi noyer encore plus un système qui ne semble avoir rien vu venir.
On imagine mal, de même, que le même système informatique discerne les situations, au point que les blessés, déjà touchés une fois dans leur chair, le soit en plus, maintenant, dans leur porte-monnaie.

(1) regardés de près par les autres armées, qui y passent, notamment la marine, en mars. L'armée de terre s'attendait à des bugs comme l'atteste cette note d'octobre. "Louvois n'oubliera personne, tout le monde sera soldé" : promesse non tenue !
(2) elle est notamment fonction de l'ancienneté dans la garnison, du grade.
(3) à quoi s'ajoutent ce qui est présenté aux intéressés comme des pannes de l'avion amenant sur place le courrier : ambiance !

A Berne, le drapeau tricolore en berne (actualisé-2)

La confédération helvétique devrait annoncer, sauf changement de dernière minute, la victoire du Gripen-NG suédois, en fin d'après-midi. Une conférence est organisée vers 16h30 : le Rafale faisait partie des candidats sérieux envisagés, et l'armée de l'air avait proposé la plateforme de Luxeuil pour faciliter l'entraînement des aviateurs suisses.
Cette victoire, qui vient d'être confirmée, interroge, cependant. Les aviateurs suisses avaient noté le Rafale en tête (et le Gripen-NG en bas de liste). Les pouvoirs publics suisses avaient aussi annoncé qu'ils achèteraient un avion en service, ce qui n'est pas le cas du Gripen-NG .
Enfin, le procès souvent fait à Dassault de ne pas travailler les dossiers de compensations n'a pas lieu d'être, puisque RUAG est partie prenante dans l'UCAV Neuron, et les réservoirs de carburant du Rafale sont faits par le même industriel. Ainsi, la Suisse aura, en quelque sorte, survolé la Libye, pendant Harmattan.
Par delà la différence de prix, qui ne devait pas directement entrer en ligne de compte, il faut peut-être trouver des explications dans des déclarations françaises pendant le G20, peu amènes envers la Suisse. Insulter un client potentiel, c'est toujours mal vu.
Dassault diffuse à 20h10 ce  communiqué (ce qui est plutôt rare après une décision de ce type), depuis Berne : "L’équipe Rafale a pris bonne note du choix des Autorités suisses pour l’acquisition de leurs futurs avions de combat. Elle regrette que le Conseil Fédéral, comme il l’a officiellement exprimé, ait « sciemment décidé de ne pas positionner la Suisse au plus haut niveau européen s’agissant des performances des nouveaux avions de combat ».
Les capacités du RAFALE permettraient à la Confédération Helvétique d’acquérir un nombre inférieur d’appareils pour répondre aux besoins opérationnels, à un coût équivalent ou inférieur, tel que démontré lors des évaluations des Forces Aériennes Suisses.
Le Gripen « helvétisé » n’existe que sur le papier. Son développement technique et sa production devraient accroître significativement les efforts financiers des Autorités Suisses pour la réalisation de ce programme.(...)."

Des Mistral tirés en Libye mais pas sur des aéronefs

C'est la devinette du jour :  des missiles Mistral ont bien été tirés par l'armée française pendant les opérations en Libye, a reconnu ce matin Antoine Bouvier, CEO de MBDA, en ajoutant, malicieux, que ces missiles sol-air à très courte portée n'avaient pas été employés contre des cibles habituelles. Et peut-être pas, d'ailleurs, depuis des vecteurs courants non plus.
Depuis un bateau sur un autre bateau (assymétrique), depuis un hélico sur un char, ou depuis un hélico sur un bateau (asymétrique) ?
Moins d'une demi-douzaine de missiles auraient effectivement été tirés.

RTD javelinise des VAB

Renault Trucks Défense vient de livrer dix kits d'intégration des missiles Javelin sur des VAB Eryx, en Afghanistan : le travail est effectué sur place par le SG Mat, à Kaboul. Ce crash program a été mené en moins de six mois, s'auto-félicite l'industriel. Chaque kit comprend de quoi placer deux postes de tir complet par véhicules, et six missiles.
Rapelons que les deux premiers Javelin ont été tiré le 3 octobre par le SGTIA Saphir du BG Quinze Deux, en vallée d'Uzbeen.

Décembre sera le mois des soldes

Comme souvent, j'ai été en dessous de la vérité en évoquant le 17 novembre puis encore hier les soucis matériels générés par Louvois : la littérature administrative et le volume d'anecdotes s'amoncelle, malgré la consigne (et pour certains, les menaces) de sanctions en cas d'évocation de ce douloureux sujet à l'extérieur du régiment (1).
Certains militaires affirment avoir été payés avec un bulletin de solde de quelques centimes voire zéro euro pour un mois de travail, d'autres, comme je l'écrivais hier, n'ont reçu des soldes très partielles, alors que novembre est traditionnellement un mois où l'on paie beaucoup de charges extraordinaires. Les personnels de l'ALAT, qui achèvent une année d'activités exceptionnelles comprennent mal cette distorsion : suractivité d'un côté (et pour certains, elle dure depuis plusieurs mois d'affilée), et non-fonctionnement d'un système administratif sensé apporter le progrès.
Car le système paie sur la base des fiches RH, précision qui rajoute encore à l'absurde quand on voit le résultat en centimes d'euros.
Quoiqu'il n'y ait sans doute évidemment aucun lien, plusieurs militaires ont le ressenti d'être la variable d'ajustement budgétaire : à la fin d'une année un peu difficile, qu'on se fasse des économies faciles sur leur solde, en partant du principe qu'un militaire ne se plaint pas...
Le résultat de ces différentes distorsions n'a pas tardé, avec la clé, des refus d'exécuter des ordres, selon des témoignages convergents. Un ancien avoue n'avoir jamais vu ça. Des comportements facilités, il est vrai, par la situation à nouveau vacillante de la disponibilité, au terme de l'année de sur-engagements en question.
Dans un échantillon représentatif d'un régiment, un peu plus de la moitié des personnels concernés a connu des bugs allant jusqu'à 400 euros de pertes de solde. 20% a connu de franches distorsions (solde de base partielle, solde à l'air payée). Et à peu près autant n'auraient rien du tout reçu.
Un souci n'allant jamais seul, les militaires en postes à l'étranger sont eux aussi concernés par ces bugs : on imagine l'image produite dans les pays où ils travaillent...

(1) des menaces qui n'ont aucun sens : il faut au minimum évoquer ces douloureux problèmes avec son banquier... Les premiers agios viennent d'être facturés par ces même banquiers !

Vous pouvez continuer à me faire parvenir vos témoignages sur mon mail tanguy_press  @ yahoo.fr (enlever les espaces avant et après le @)

mardi 29 novembre 2011

Trois commandos de la BFST blessés en Kapisa (actualisé)

Trois commandos de la brigade des forces spéciale Terre (BFST) ont été blessés ce matin en Afghanistan, au retour d'une patrouille, en Kapisa. L'un d'eux, un militaire du 13e RDP, a été assez sérieusement touché par l'attaque insurgée, et un autre, un commando du 1er RPIMa, a été polycriblé. L'un et l'autre sont rapatriés en France, vraisemblablement par un Falcon de l'ETEC, qui a pu décoller vers midi, donc, une fois de plus, dans des délais-record.
"Leur pronostic vital n'est pas engagé" rassure l'état-major, à Paris, qui ne livre pas plus de détails, conformément à sa politique de communication, restrictive en matière de forces spéciales.
Un troisième opérateur, issu du 13e RDP a également été blessé, mais serait soigné en Afghanistan.
L'attaque s'est déroulée dans la région deTagab : cetet dernière focalise une bonne partie des TIC de la zone française. Elle est, notamment pour cette raison, interdite aux journalistes après que l'Elysée s'était ému des blessures reçues par ma confrère de TF1, Patricia Allémonière, cet été.
Onze soldats du COS ont été tués en Afghanistan depuis 2004 : quatre issus d'Alfusco (dont un infirmier de la base de Lorient), quatre commandos du 1er RPIMa, un commando du CPA10, et deux dragons du 13e RDP. On ne dispose évidemment d'aucune statistique sur le nombre de blessés, même si l'on sait que ces derniers mois, des commandos marine, des opérateurs du 1er RPIMa et du CPA10 ont été touchés dans les combats contre les insurgés.

Louvois louvoie

Le nouveau système de versement des soldes aux militaires, continue à produire des bugs. L'armée de terre avait bien prévenu ses troupes, y compris en opex, comme ce blog l'avait évoqué le 17 novembre dernier, mais aux simples retards de paiement -qui persistent- s'ajoutent désormais des incongruités qui impactent les ressources des militaires concernés par ces bugs (1). Dans l'ALAT, par exemple, des soldes versées ne représentent qu'un tiers de la valeur du mois de travail, alors que la solde à l'air, elle, est payée à 100%. D'autres cas, eux, se voient réclamer, comme trop perçu, des rectificatifs de soldes qui compensaient les retards du mois d'octobre, quand la diligence semble s'être emballée.
Aucune explication fiable ne semble être disponible : les bugs frappent indifféremment les catégories de personnels. Ces derniers sont relativement désarmés : le centre-payeur est à Nancy, et l'embasement -la mise en place des BDD- ne semble pas réussir, dit-on, à régler les situations litigieuses.
Certaines erreurs, bénines, ont été corrigées : elles tenaient au fait que certains RIB avaient été mal entrés dans le système informatique.
On ignore quelle est l'ampleur réelle des dégâts. Mais à un mois de Noël, et au terme d'une année riche en activités, dans l'ALAT, on imagine qu'assez rapidement, Louvois va faire parler de lui. 

(1) et encore plus les familles dont mari et femme sont militaires, ce qui n'est pas rare.

Vous pouvez faire remonter vos témoignages sur mon mail tanguy_press @ yahoo.fr (enlever les espaces avant et après le @)

Après les Tchèques en blanc, l'Europe suit

Des hélicoptères tchèques sont venus au centre de vol en montagne de l'ALAT de Saillegousse, dans les Pyrénées, du 7 au 14 novembre. Ces Mi-17 étaient déjà venus par le passé, après un premier séjour dans les Alpes, lors d'un entraînement financé par l'agence européenne de défense. Il s'agissait, pour eux, de se préparer au vol en montagne avant un déploiement en Afghanistan.
Des Allemands sont attendus du 5 au 9 décembre à Saillegousse, avant le passage des Belges, entre le 14 et le 16 décembre.
Des AH-64 Apache britanniques sont également venus s'entraîner dans le sud-est de la France, ces mois derniers, mais également, en 2010, à Pau...

lundi 28 novembre 2011

Hélie de Saint-Marc décoré par N.Sarkozy

Entouré par deux légionnaires, l'ancien commandant de légion a été fait grand croix de la légion d'honneur par Nicolas Sarkozy (crédit : Jean-Marc Tanguy).

Le résistant et officier de légion Hélie de Saint-Marc a été le premier décoré ce matin par le président de la république et chef des armées, lors de sa traditionnelle prise d'armes d'automne. Malgré sa fatigue, l'ancien commandant du REP a tenu a être décoré debout, face à Nicolas Sarkozy.
Ce dernier a aussi récompensé, entre autres, un colonel de la BFST, déjà cité deux fois en Afghanistan, un commando marine, ancien de Jaubert et Trépel (pour son engagement dans la conter-piraterie), l'ancien pacha de la 34F, un lieutenant du GIGN, un caporal-chef du 2e RIMa et un sergent-chef du CPA20.

(mon reportage photos en fin d'après-midi, sur mon compte facebook).

Ps : ah, une info importante, une 206CC immatriculée par chez moi était pas bien garée aussi...

dimanche 27 novembre 2011

Erin, once again

L'équipage de l'US Army qui a extrait les blessés français, le 7 septembre a été décoré par l'armée américaine, à la mi-novembre, à Bagram : de gauche à droite : le major Graham Bundy et l'adjudant-chef Christopher DeOliveira (pilotes), le sergent-chef Erin Gibson (medic), et le sergent Robert Wengeler. Tous appartiennent à la C Company, 3rd Batalion, 82nd Combat Aviation Brigade. (Photo : Sgt. 1st Class Eric Pahon/TF Poseidon PAO).


C'est la gazette du RC-East qui nous l'apprend : le master sergeant Erin Gibson, dont on a déjà évoqué le courage ici, lors du sauvetage d'un soldat du BG Quinze Deux le 4 octobre, avait déjà oeuvré, le 7septembre, pour sauver d'autres blessés français victimes d'une explosion de grenade. Les évènements décrits par le PAO américain concordent avec l'attaque qui coûta la vie au CPT Valery Tholy, et faillit voir la mort d'un autre soldat français (1). C'est la Medevac d'Erin Gibson qui permit d'évacuer au plus tôt ce blessé graves, et, selon des sources convergentes, ce dernier doit la vie aux équipes médicales (américaines) de Bagram, base vers laquelle le Dustoff fut détourné, devant l'aggravation de l'état du Français.
"Je n'ai pas pensé au danger, a expliqué la medic, originaire de l'Ohio. Je savais juste qu'il y avait là deux gars blessés, qu'ils avient besoin de mon aide, et que je devais les amener à mon hélicoptère". En quatre minutes, les deux hommes sont embarqués, alors que l'engin est sous le feu, à près de deux kilomètres de la MSR.
On peut estimer que pour avoir sauvé, à deux reprises, des vies de fantassins français, cette américaine devrait être décorée chez nous, en France.  Elle n'a reçu, pour l'instant, qu'une lettre de félicitations du BG Quinze Deux (le mieux que pouvait faire le bataillon, à son niveau) : la France peut mieux faire.
Au moins un équipage américain qui avait participé au sauvetage d'un hélicoptère français avait reçu des décorations françaises.

(1) le PAO cite les mots d'un médecin français, écrits au lendemain de cet évènement : "hier, c'était l'enfer".

80 ans de présence aéronautique

Le Skyraider, un avion magnifique, hélàs plus en état de vol (photo JMT).
 

La base aérienne 188 (1) fêtera 80 ans de présence aéronautique française à Djibouti, du 15 au 22 mars. Cette semaine débutera par une journée portes ouvertes, le 15, et se poursuivra à l'institut français Arthur Rimbaud.
Le premier aéronef basé sur place était un Potez 25. Quelques témoins de le suite sont encore présents sur la base, comme un Skyraider (1968-1973) et un Mirage F1 (1978-2001). Des passionnés de la BA188 attaquent la rénovation d'un Mirage IIIC du 3.10...

(1) elle vient de récupérer pour emblème le drapeau de la 11e escadre de chasse, ce qui a du sens : elle héberge le 3.11 Corse, ainsi que l'ETOM 88, et le DETALAT, soit quinze aéronefs.

Un projet (?)

Le président de l'Adefdromil livre dans un texte des mesures d'incitation au départ, à lire ici.
Comme c'est dimanche, difficile de confronter son texte aux éventuels arguments du ministère. Je relève, cependant, que ce blog avait évoqué des informations convergentes, dans un entretien avec le député Jean-Claude Viollet, qui redoutait une "loi de dégagement des cadres". A suivre...

Le soldat et le journaliste

Comme le sujet inspire peu, signalons ce texte paru sur la FNCV, évoquant les rapports difficiles entre soldat et journaliste. C'est très bien écrit dans la forme, on y trouve des arguments (c'est pour cela qu'il faut le lire) et des amalgames (ce qui lui fait perdre beaucoup de sa force).
Ma conclusion, qui dépasse ce texte : à peu parler du fond d'un sujet, les mythes se construisent facilement.
Et pour fonder le consensus, le bouc émissaire a toujours bon dos (sacré René, tu avais raison !). Les militaires, traités un jour et collectivement "d'amateurs", sont les mieux placés pour le savoir.

vendredi 25 novembre 2011

Retrait total en 2012 : impossible !

Même si les veilles de scrutin sont favorables aux promesses les plus farfelues, la logistique doit nous ramener les pieds sur terre : il sera impossible de rapatrier les troupes françaises et leur matériel d'ici la fin de l'année 2012.
Et encore moins si la décision n'était prise qu'au printemps (soit dans six mois), par un gouvernement de gauche, au lendemain d'une victoire aux présidentielles.
Le cadencement actuel des convois  logistiques permet en effet tout juste de ravitailler les FOB et COP (ces derniers sont en train de disparaître). Au retour, les convois peuvent tout juste ramener l'inutile vers Kaboul. Pour désengager ne serait-ce que les centaines de KC20 présents sur les FOB afghanes, il faudrait... deux ans et demi de convois, au rythme actuel. Et en ne faisant que cela.
Pour aller plus vite, il faudrait plus de tringlots, plus de camions logistiques, et... plus de fantassins pour protéger les convois. Et même si on renvoie aux pays les fantassins, les sapeurs, les cavaliers, il faudra des tringlots pour les fameux convois... et tout ce qui précède pour sécuriser les axes. Bref, il restera des Français, bien au-delà de 2012, dans tous les cas de figure, n'en déplaise aux faiseurs de promesses.
Mais alors, dira-t-on, "laissons tout sur place" ! Encore une fausse bonne idée : les Américains, qui sont nos patrons en Afghanistan s'opposent à ce qu'on laisse tout ce qui pourrait être réutilisé par les talibans. Les consignes sont de tout faire sauter, ce que les Français ont scrupuleusement respecté, en juillet, après avoir quitté nuitamment un COP pilloné par les insurgés.
Les Afghans eux-mêmes ne veulent pas de nos FOB, qui ont été construites aux normes françaises, et sont donc trop coûteuses à entretenir. Les... Américains ont construit en parallèle des FOB pour les Afghans, dans lesquelles l'ANA (se) cantonne.

Juste une mise au point

Cela se confirme : les uns copiant sans vérifier les infos des autres, le grain de neige est devenu une grosse boule difficile à arrêter, comme nous l'expliquions dès le 21 novembre. L'armée de l'air vient donc de sortir l'arme absolue, la mise au point, sur les légendes urbaines qui sont colportées depuis quelques semaines sur le MRTT. Voici le texte qui vient d'être diffusé par l'EMAA : "A la suite du Salon aéronautique de Dubaï, des propos relatifs à l’acquisition d’avions ravitailleurs par l’armée de l’air française, ont été rapportés dans certains médias.L’armée de l’air souhaite préciser que c’est bien le besoin d’acquisition prochaine de MRTT (multi role tanker transport) par la France, confirmé par les récentes opérations, qui a été évoqué. Ce projet, prévu par la loi de programmation militaire en remplacement des flottes viellissantes actuelles (C-135FR, A340, A310), est indispensable à la fois pour répondre aux contrats opérationnels des armées fixés par le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale et pour éviter toute rupture capacitaire. Par ailleurs, l’armée de l’air est attentive aux choix retenus par ses alliés dans ce domaine, de manière à garantir la pleine interopérabilité des moyens de ravitaillement.
Un contrat de levée de risques, initié en 2012, permettra de consolider les éléments techniques nécessaires pour acquérir le système à même de satisfaire aux missions de ravitaillement en vol et de transport stratégique. Le choix de l’appareil, répondant à ces besoins, n’est donc pas arrêté à ce jour."
Notons que la rédaction de communiqués de presse par la Défense est rarissime en France (contrairement à ce qui se passe ailleurs dans le monde) et traduit donc la volonté de l'armée de l'air de clarifier ce sujet complexe au plus vite. Affirmer que c'est tel modèle qui sera choisi permettrait à M.Boeing d'affirmer que tout appel d'offres (si c'est par RFP qu'on procède) est pipé en France, ce qui pourrait avoir quelques conséquences juridiques.
Cette affaire de légende urbaine rappelle aussi autre chose : le journalisme est un métier consistant à vérifier les informations avant de les diffuser, et non pas à colporter des rumeurs.

Réductions afghanes : ça se confirme

On ne saura pas, officiellement, avant la fin de l'année 2011 où l'EMA va trouver l'économie des 200 postes annoncés par le CEMA aux parlementaires. Mais l'évidence est déjà là, on ne va pas reproduire avec le 1er RI ce qu'on avait fait cet été avec le 2e REP (1) en rapatriant en France des soldats qui viennent de la quitter : c'est donc le GTIA sarrebourgeois qui va devoir se serrer la ceinture avant même de quitter la France en décembre, comme ce blog l'annonçait, d'ailleurs le 26 septembre. A l'époque, la nouvelle avait généré des rires gras chez les sceptiques, et quelques grincements de dents chez les pragmatiques, les voilà réconciliés.
Au final, on devrait dépasser les 200 postes promis comme ce blog l'écrivait fin octobre. Les aviateurs vont aussi payer leur écot, notamment avec le départ dans quelques jours des trois Rafale de Kandahar. Un appareil se posera en route pour faire passer à six appareils le format du 3.30 Lorraine. Pour la première fois depuis 2004, la France n'alignera plus que trois chasseurs sur place.
A ce stade, on n'a pas de nouvelle du maintien ou pas des drones Harfang à Bagram.
De nouvelles économies se profilent aussi dans la filière OMLT, qui a déjà été réduite de 400 à 170 personnels. Désormais, les OMLT n'aligneront plus que 16 soldats, soit un tiers de leur format d'origine. Cette configuration va débuter en janvier. Traduction de la mise en place de la brigade d'assistance et de conseil (BAC),  les OMLT vont aussi réintégrer les FOB, désertant tous les COP. Certains postes ont déjà être rendus à l'ANA, sur la MSR Vermont. Un autre a même été auto-détruit par 400 kg d'explosifs, en juillet, après une attaque massive des insurgés !
De sources convergentes, les derniers postes isolés seraient quittés en février.


(1) le SGTIA Légion injecté en renforcement en juillet a été retiré au bout de trois mois seulement, et la perte de deux hommes. Il était de fait devenu moins utile après la stratégie nouvelle décidée après l'attentat de Joybar.

Si je peux aider...

Même s'il vaut mieux réformer en période de croissance qu'en dépression, le choix qui s'offre à la communication de défense est sans appel : il va falloir trouver (au moins) 7 MEUR d'économies, l'an prochain. Selon un proche du dossier, Bercy était "obsédé" par la volonté de tailler à tout prix (1) dans cette enveloppe nourrie, il est vrai, de 100 MEUR par an, dont 77 MEUR rien que pour les salaires.
Par delà les vérités convenues -et chacun à la sienne-, les voies qui s'offrent sont assez étroites. Les vrais effets de productivité viendront avec le balardgone, car les personnels, placés en plateau, n'auront à faire qu'à un seul service administratif au lieu qu'on en entretienne un par Sirpa. La DICOD, qui doit ainsi arriver à 158 personnels avant le balardgone (effet de la RGPP)  pourrait ainsi perdre 30 à 40 personnels supplémentaires. Mais le Balardgone n'arrive qu'en 2014.
Je fais partie de ces rares fous qui militent pour la mise en plateau, dès maintenant, des personnels chargés de relations avec la presse. Cela aurait l'avantage évident de mêler les cultures, et peut-être, que les moins bons puissent s'inspirer des très bons. Quitte à ce que cela les décourage et qu'ils contribuent à la déflation naturelle.
Un confrère de TF1 pestait hier ainsi au point presse du ministère, en déplorant qu'il faille un mois (un mois !) pour lui donner les conditions d'un reportage qui fera cinq minutes au journal télévisé du soir (ce qui est très long). Un tel sujet sur le premier jité de France, c'est bien mieux, et nettement moins cher qu'une campagne de pub, et on se demande encore, d'ailleurs, pourquoi on fait, dans les armées, plus d'efforts pour les cabinets de publicités, ou les réservistes citoyens, qu'on n'en fait pour la presse. Franchement, demandez autour de vous, qui est arrivé à l'armée par une pub télé ?
Passons. Tailler dans les campagnes de pub serait facile et tentant, mais ces cabinets disposent de contrats pluriannuels, difficiles à réduire d'une année sur l'autre sans tracas juridique. Et j'entends déjà la marine rappeler, à juste titre, que l'année où elle a négligé ses écrans de publicité, elle a récolté un recrutement de bien moindre qualité (tout ceci ne s'expliquant pas, à mon sens, par la seule qualité et présence d'une campagne...).
Reste deux variables évidentes : la masse salariale incroyable de cette filière com (77 MEUR) qu'on pourrait qualifier, dans certains endroits, de mexicaine, et les frais liés aux magazines internes de la défense, deux sujets sur lesquels les armées s'arc-boutent (on se demande pourquoi). Dans le premier cas, les armées doivent enfin privilégier les compétences de leurs personnels sans forcément se focaliser à tout prix sur le placement des leurs lieutenants-colonels et colonels (un sujet douloureux, mais que j'ai récemment expérimenté à deux reprises lors de reportages à l''étranger). Pour le dire encore plus clairement, certains postes pourraient être ouverts à des officiers subalternes, qui ont des qualités à défendre, pour peu que les DRH s'y intéressent.
Le maintien de quatre magazines internes, dont pas un seul n'est uniquement centré sur l'engagement opérationnel interarmées -la finalité, et la réalité des armées- a de quoi impressionner, en ce début de 21e siècle. Chacun de ces magazines mobilise une vingtaine de personnels, même si ce blog l'a déjà relaté, les situations varient d'un titre à l'autre. Abattre des arbres pour voir des paquets entiers de ces magazines finir à la poubelle à de quoi faire frémir (2), dans un ministère qui revendique sa note écolo. Pour la faire court, un seul titre suffirait bien, et le rendre disponible en ligne (3) économiserait des factures d'impression, en le rendant, en plus, bien plus visible.

(1) comme la Cour des Comptes avait eu le bon gout de publier un rapport sur le sujet quelques jours avant, les services de Bercy ont eu de précieux éléments de réflexion.
(2) animé sans doute par un souci louable de venger ces arbres, le commandant de l'ilôt Saint Germain, ancien communicant, a fait placer des présentoirs dans l'entrée principale, permettant à ces magazines de rester un peu plus longtemps en vie, et de les faire donc connaître aux visiteurs.
(3) la DGA a déjà matérialisé tous ses supports de com'.

jeudi 24 novembre 2011

Les muds français à la rescousse des Italiens

Une patrouille française constituée d'un Rafale et d'un Mirage 2000D est intervenue en soutien de troupes italiennes prises à partie, a-t-on appris ce matin lors du briefing hebdomadaire de l'EMA. Les avions français ont été requis il y a une semaine en RC-West, alors qu'ils devaient, initialement, opérer sur un convoi américain en RC-SW, la zone d'action contigüe. La timeline témoigne de la réactivité des avions : décollage à 12h20, retasking à 12h40 par le JTAC italien, arrivée sur la zone de combats 20 minutes plus tard et tir de GBU-12 à 13h10, suivi d'un show of force à 13h30.  Le cours initial de la mission a été repris cinq minutes plus tard, après un ravitaillement en vol. Les deux appareils ont posé à 15h55.
Les délais d'intervention de chasseurs en Afghanistan sont en général inférieurs à dix minutes. Mais ces délais risquent d'augmenter, du fait du récent départ de moyens néerlandais, et de la réduction de six à trois chasseurs (départ des Rafale), côté français, prévu dans quelques jours.

D2 peut signer des marchés... maintenant

Voici une conséquence inattendue de la vacance du poste de directeur de la communication de défense (DICOD) : le départ de Laurent Teisseire a laissé son adjoint sans la possibilité de pouvoir régler les commandes de marché. Jusque là, D2 -c'est son surnom dans la maison- ne pouvait qu'engager des processus contractuels, sans pouvoir signer les contrats correspondants. La carence s'est prolongée pendant plusieurs semaines, avant d'être réglée, en fin de semaine dernière. Un signe de plus que le système se satisfait, pour l'instant, d'une DICOD à une seule tête, ce qui a du sens alors que la communication de défense va devoir économiser, en 2012, 7 MEUR.

Miss France de retour chez elle

C'était lundi : Miss France (alias miss Bretagne) a visité la marine, après avoir relâché dans l'armée de l'air, comme ce blog l'avait relaté à l'époque. Cette fille d'un maître principal commando marine (réserviste) a pu mettre pied sur l'Aquitaine, s'envoler dans un Lynx puis voguer sur un hors-bord. La météo brestoise a empêché un saut en tandem prévu sur EC225, avec un commando marine pour tenir les suspentes. Elle a cependant pu être treuillée par le même appareil, de la 32F. Elle s'est aussi immergée à la flottille 50S.
En fin de parcours, Miss France a reçu son bachi.

(photos Prémar Brest Alain Monot / Céline Poinot)

Les oies sauvages bientôt en Afghanistan

C'est demain que le GTIA Wild Geese (oies sauvages), formé autour du 92e RI, verra le jour à Clermont-Ferrand. Rien à voir avec un célèbre film avec Roger Moore, mais avec les combattants irlandais qui rejoignirent la France avec Jacques II, et qui furent à l'origine du régiment.
Ce nom présente aussi l'avantage d'être prononçable facilement par les Américains, qui sont nos patrons en RC-East.

mercredi 23 novembre 2011

Le Jean Bart réhabilité

C'est un vieux navire, mais en lisant à fond la littérature marinienne de la semaine, on apprend que le Jean Bart n'a pas démérité, par rapport aux frégates de défense aérienne. Le Jean Bart qui opérait dès le 11 mars en face de la Libye a "accroché sa conduite de tir sur MiG-23", et "engagé son SM1" (un missile surface-air) sur un hélicoptère, dans la zone de Misrata. Le missile n'a pas détruit sa cible du fait, apprend-on, du risque de "dommages collatéraux prévisibles". Un contrôleur aérien du navire a aussi guidé un Rafale de l'armée de l'air vers une interception qui n'a "pas abouti", sans doute pour les mêmes raisons.
La frégate a tiré plus de 250 coups de 100 mm par ailleurs.
D'autres n'ont pas chômé non plus : 378 coups de 100 mm ont été tirés par la FLF La Fayette.
Au total, la marine aura lâché 3.000 coups de 76 et 100 mm sur la Libye.

Le Hénaff vs Bad guys : 1-0

L'aviso -pardon, le PHM, pour être marinement correct- Le Hénaff a effectué une belle interception, le 25 mai. Ce navire placé dans l'opération United Protector a visité un navire battant pavillon libyen, dans lequel voyageaient quatre membres des forces libyennes et de quoi générer des dégâts. La marine, qui révèle l'info dans son magazine interne (1) affirme que ces quatre personnes étaient "susceptibles de se livrer à des attaques asymétriques". Leur armes et munitions, de types quantités non précisées ont été saisies, le navire a été dérouté, et une embaracation rapide a quant à elle été détruite.
Le PHM Le Hénaff a réalisé au total six visites de navires suspects, entre le 8 avril et le 17 juin.
Même s'il n'y a sans doute aucun lien, les forces libyennes lui ont lancé, le 11 juin, une dizaine de roquettes, selon la même source.
Un autre PHM, le Commandant Birot, a quant à lui escorté le HMS Ocean, pendant qu'il lâchait ses Apache sur la Libye...


(1) il est anormal que la presse doive lire un magazine interne pour apprendre de telles nouvelles... L'information sur les opérations devient la grande sacrifiée des points presse du jeudi. Qui perd ainsi ses derniers pélerins. CQFD.

L'Afghanistan, l'oublié du colloque opex

C'était visible à l'oeil nu, hier, le théâtre afghan a failli être l'oublié du colloque consacré par les opex, qui initialement, n'avait d'ailleurs... même pas prévu de l'aborder (1) ! L'Afghanistan est apparu très en retrait, dès le discours du ministre, puis ensuite, dans les débats, qui ont surtout privilégié l'opération Harmattan, et dans une moindre part, la Côte d'Ivoire. Rien n'a filtré des engagements au Sahel, ou dans la corne de l'Afrique : trop spécial, peut-être (2). Ou peut-être fallait-il montrer aux délégations étrangères présentes une vision unique de l'engagement français en opérations.
L'Afghanistan concentre pourtant la moitié des effectifs en opération, actuellement. Et l'essentiel des pertes en opérations.
Le blessé du 21e RIMa, ou le JTAC du CPA20 ont finalement permis d'aborder ce théâtre assez concrètement, devant un auditioire captivé et admiratif (3).
Notons que le colloque devait à l'origine comporter un discours du président de la République, et chef des armées. Seul son sherpa, hier, a pris la parole.

(1) La grande oubliée de l'année, l'ALAT, a aussi pu -miraculeusement- placer un de ses pilotes de Tigre sur l'estrade.
(2) le renseignement, priorité n°1 du livre blanc n'a pas non plus été particulièrement mis en avant. Deux directeurs de services, DRM et DPSD, étaient pourtant dans la salle...
(3) prenant sans doute acte d'une salle remplie -les locataires de l'école militaire y étant pour quelque chose aussi-, le ministre a suggéré devant la presse que ce colloque puisse être pérennisé. On ne peut qu'abonder, pour autant que la part laissé au terrain (seulement 90 minutes pour 9 témoins, les industriels avaient deux fois plus de temps) soit bien plus grande. En tout état de cause, le colloque ne semble pas avoir passionné la presse.

Des nucs sachant conventionner

Les FAS (forces aériennes stratégiques) ont généré près du tiers du volume d'heures de vol de l'armée de l'air dans Harmattan. Les C-135 ont assuré 3190 HDV, les 2000N, 3160 et les Rafale, 1850. Ces derniers se sont chargés des raids Scalp, et ont à leur actif l'essentiel des moyens aéronautiques kadhafistes abattus au sol. Un tel bilan tombe à point nommé pour rappeler la polyvalence des moyens des FAS, par delà les ravitailleurs, et d'autant plus que plusieurs réfléchissent sur d'éventuelles économies dans le dispositif de dissuasion. Trois unités des FAS ont été (1.91 Gascogne) ou seront (2.4 La Fayette, GRV Bretagne) décorées à titre collectif de la valeur militaire.

mardi 22 novembre 2011

"La récompense, c'était le silence"

Un JTAC (joint tactical air controller) du CPA20 a lui aussi laissé un sillage de silence après le témoignage de son engagement en Afghanistan, lors du colloque organisé aujourd'hui à Paris. Ce sous-officier était en charge de l'appui aérien sur un COP, en vallée d'Alasay, il y a quelques mois, et raconte une journée un peu chargée, sur ce "fortin de cinquante mètres par soixante-dix, occupé par 12 Français -six OMLT de l'armée de terre et six CPA" au service de l'armée afghane.
"Ce jour-là, on a subi une attaque coordonnée d'envergure, raconte le sergent-chef Yann, les trois COP de la vallée sont attaqués simultanément par une cinquantaine d'insurgés, et ce, pendant toute la journée".
"J'ai guidé cinq patrouilles de Tigre, une de Kiowa, une de F-16. (...) Grâce au système Rover on a pu déceler un groupe insurgé. Et là, tout s'accélère, je rends compte à ma chaîne hiérarchique, et je dis au capitaine, si on veut marquer des points, c'est maintenant. Il m'a donné le feu vert. J'ai fait larguer une bombe de 250 kg sur cette position insurgée. La récompense, après huit heures de combat, la récompense, c'était le silence. Dans les trois semaines qui ont suivi, il n'y a pas eu un seul coup de feu tiré dans la vallée".
Depuis 2006, le CPA20 déploie en permanence des personnels en Afghanistan, à l'origine pour des missions de personal recovery, avec les Caracal. Il a depuis apporté un spectre plus large d'effets, en mettant en oeuvre des équipe de guidage, à l'instar de celle du SGC Yann. En parallèle, des équipes de ce type sont aussi déployées à Djibouti et au Tchad.

Un blessé parle

Même si les précautions semblaient avoir été prises pour ne pas en faire l'objet central d'un colloque sur les opérations, les militaires de terrain ont pu faire entendre leur voix, en fin d'après-midi, à l'amphi Foch. Un lieutenant-colonel du 21e RIMa a notamment recueilli une longue salve d'applaudissements venant saluer la force morale dont ce blessé a fait preuve, après avoir été touché en Kapisa : "le 18 septembre 2010, un obus de mortier est tombé à deux mètres de moi, entre deux bâtiments". L'officier a perdu une jambe, mais loue la rapidité du service de santé : "j'ai été blessé à midi le 18, à midi, le 19, j'étais à Percy, sur une table d'opération". Le blessé va subir 14 opérations, et reste deux mois le corps attaché.
"La victoire, c'est de retourner en régiment (...) moi j'ai retrouvé mon boulot" s'excuse-t-il presque, pour rappeler immédiatement la mémoire de ceux qui ne sont pas revenus : le capitaine Lorenzo Mezzasalma, le caporal-chef Jean-Nicolas Panezyck. Et ajoute aussitôt à ces noms les blessés graves du BG Hermes, qui ne sont toujours pas revenus dans leurs régiments : Alexandre, un caporal-chef touché à la face lors d'un tir fratricide, Kévin, un légionnaire du 1er REG.
Sur les 38 blessés du BG Hermès, trois ne sont toujours pas revenus dans leurs régiments.
C'est pour eux qu'il est venu témoigner, comme il le dit. Il se lève, pour prouver qu'il a eu la chance. Et il lance encore à la salle : "ils ont été blessés pour la France (...) parce qu'ils sont les soldats de la France".

lundi 21 novembre 2011

MRTT : une urgence qui passionne

Rarement les questions de ravitaillement en vol auront autant passionné la presse. Après un média économique qui annonçait triomphalement, au début de l'automne, un contrat imminent sur le MRTT, voici que c'est le très sérieux Aviation international News, déjà (trop vite) repris en France, qui annonce à peu près la même chose, en attribuant des propos au CEMAA français (1).
Dans les deux cas (2), la nouvelle n'en est pas une, même si les récentes opérations en Libye rappellent, s'il était besoin, l'âge de nos tankers -47 ans en moyenne- et un bilan plutôt riche : 3.000 ravitaillements effectuées par les avions des FAS, en 400 sorties.

(1) Entre cinq et sept avions devaient être commandés selon le confrère qui écrivait depuis le salon de Dubaï. A Paris, on dément. Le calendrier du MRTT porte sur une commande en 2013 si la loi de programmation l'autorise, et des livraisons entre 2017 et 2024.
(2) A qui de telles annonces peuvent-elles bien profiter ?

La phrase de la semaine : CDT Yann, pilote sur A-10 à Kandahar

"C'est important de se rappeler pourquoi les avions décollent chaque jour d'Afghanistan : permettre à ceux qui sont au sol de rentrer sains et saufs après avoir accompli leur mission, appuyer les engagements pour neutraliser les insurgés"
Interview à Raids, n°307, décembre 2011.

dimanche 20 novembre 2011

Les JTAC français et américains drillent ensemble

Parachutistes, bigors et commandos parachutistes de l'air mobilisés dans CASEX 2011, avec des personnels du CFAA, et des Leathernecks, de passage à Djibouti.

Ces images ont quelques heures : des JTAC (contrôleurs aériens avancés) français et américains ont efffectué un entraînement commun ce dimanche, à Djibouti, sur le champ de tir de Maryam Koron.
Autre première dans l'entraînement interallié à Djibouti : un hélicoptère Huey du Marines Corps a été intégré cet après-midi, avec les deux équipes de JTAC Leathernecks.
Des JTAC issus de l'armée de l'air (CPA20), de l'armée de terre (68e RAA, 3e RAMa, 35e RAP, 40e RA) ainsi que des CTA (contrôleurs tactiques air) effectuent ainsi plusieurs dizaines de guidages aériens et d'artillerie, sous le pilotage du CFAA (centre de formation à l'appui aérien), organisme de formation interarmées et interallié, une référence quasi-unique dans l'armée française.
La plupart des personnels français engagés dans cet exercice, Casex 2011, ont déjà opéré en Afghanistan. Et tous y retournent dans quelques mois.

Une expo photo à Djibouti

Deux caporaux-chefs des FFDJ, les caporaux-chefs Jean-Baptiste Tabone et Christophe Seychelles exposent 64 photos de toute beauté à l'hôtel Kempiski de Djibouti. Les bénéfices du produit de la vente seront reversés à l'amélioration du cadre de la maison des anciens combattants de Djibouti.

" Un regard, un peuple", entrée libre, jusqu'au 30 novembre.

vendredi 18 novembre 2011

Un pilote d'Atlantique chez les commandos

Nouvelle traduction de l'importance de la 3D chez les commandos marine : un pilote issu de la patrouille maritime, disposant de qualifications particulières, est désormais inséré chez Alfusco à Lorient. Cette petite première a commencé au mois de septembre.
Les interactions ont toujours été fortes entre les deux communautés, notamment pour l'appui aérien, ou, comme un célèbre para d'essai l'avait démontré, pour l'aérolargage en mer.

jeudi 17 novembre 2011

Les rabots du 15 novembre

Les 101 MEUR d'économies budgétaires pour 2012, annoncées le 8 novembre, ont été dévoilés le 15 suivant à l'assemblée nationale. 13 MEUR sont amputés sur les programmes 167 et 169, et constituerait, en fait, une révision à la baisse de la population des anciens combattants, sans que le niveau de prestation ne soit touché. 43 MEUR sont obtenus sur le programme 178, dont 20 prélevés sur la moitié de la vente du TCD Foudre au Chili. Enfin, le programme 212 est amputé de 45 MEUR.

La première brevétée para djiboutienne

Quatre "cadets méritants" ont reçu leur brevet paras des mains du commandant de l'école interarmes, et de responsables des FFDJ, ici le général William Kurtz, COMFOR. L'ambiance musicale était de tradition, avec la prière du para (chanté) et le chant du 8e RPIMa.

Elle est diplômée en langues étrangères, dotée d'une volonté de fer, bientôt sous-lieutenant dans l'armée djiboutienne et... brevetée para depuis ce matin. Ce jeune officier féminin de l'armée djiboutienne a reçu, ce matin, son brevet des mains du colonel M.A Obsieh, un cyrard djiboutien commandant l'académie militaire interarmes d'Arta (AMIA). 21 autres cadets ont reçu leur insigne, sur les 34 candidats qui avaient démarré la formation à l'automne.
L'officier est la deuxième femme brevetée à Djibouti, après qu'une gendarme a également été jugée apte.
Aucun traitement de faveur ne semble avoir été accordé à la cadette : la formation est aux normes françaises de l'ETAP.
Ce détachement d'instruction opérationnelle (DIO) a été effectué par des cadres français, avec le concours des moyens des FFDJ, à commencer par le Transall de l'ETOM, et les agrès paras du 5e RIAOM.
L'AMIA dispose en permanence de quatre cadres marocains et de deux officiers français de la Coopération, un bigor, le commandant Stéphane Condette et un para colo, le capitaine Guillaume Beth.

Le 1er RPIMa se jette à l'eau : une femme sauvée

Comme le raconte Sud Ouest, deux caporaux chefs du 1er RPIMa ont sauvé, hier, matin, une quadragénaire en péril dans la Nive, rivière qui traverse Bayonne. Les deux parachutistes effectuaient une séance de jogging, qui s'est donc avérée doublement salutaire.

N'ayez pas peur... mais prévenez votre banque !

Après Chorus, c'est Louvois, un logiciel de gestion des soldes qui créée quelques petits désordres... dans la vie des militaires, mais cette fois leur vie privée. En France, et même jusqu'en Afghanistan, les militaires un peu ébahis ont appris par message que le paiement des soldes pourrait connaître quelques soucis par rapport à la date de versement habituelle. Aux soldats en opex, qui ont donc peut être autre chose à faire, on conseille de prévenir les créanciers... et les banquiers, afin de ne pas se mettre en situation indélicate.
Les troubles pourraient perdurer jusque dans les premiers mois de 2012.

AJeTS s'internationalise

L'école franco-belge de transition opérationnelle (AJeTS) créée à Cazaux en 2003 voit son périmètre s'élargir mois après mois, même si les pays qui viennent expérimenter le concept restent encore sur une échelle minime.
Comme le rapporte le député Jean-Claude Viollet dans son rapport 2011, AJeTS a accueilli en 2010 huit Belges, quatre Qataris, tous pilotes, et sept navigateurs officiers système d'armes (NOSA) singapouriens. Pour 2011, huit Belges ont été formés, avec encore quatre NOSA singapouriens.
Pour 2012, autant de Singapouriens sont prévus, avec quatre pilotes qataris : c'est peut-être l'effet des récentes opérations conjointes avec le Qatar, pendant Harmattan, qui a vu la France soutenir la mécanique qatarie à Suda, et vraisemblablement, l'aider aux tirs de bombes guidées.
Notons que c'est aussi à Cazaux que l'armée de l'air accueille, depuis 1998, un escadron de transition singapourien, opérant actuellement sur Super Skyhawk. Cet type d'appareil sera remplacé l'an prochain par des M.346.

mercredi 16 novembre 2011

Le Transall de Kolwezi au Bourget

Le Transall R18 qui avait participé au largage de parachutistes du 2e REP et du 13e RDP en 1978, sur Kolwezi rejoindra le musée de l'air du Bourget, l'an prochain. Il appartenait alors à l'escadron 3.61 Poitou.
Bien après cette opération, il avait reçu des marquages commémorant ce largage.
L'armée de l'air retire du service en moyenne 7 Transall par an, et n'en conservera qu'une vingtaine après 2015, avant leur disparition totale, en 2020 au plus tard.

mardi 15 novembre 2011

Des carences sur l'A330, déplore un élu socialiste

L'A330 gouvernemental perçu en septembre 2010 a-t-il été trop vite décrié pour son coût, ou plutôt, sur la répartition de la facture ? La question est permise, car comme le constate Jean-Claude Viollet, le rapporteur (socialiste) des crédits air à l'assemblée nationale, cet appareil est dépourvu de quelques briques pourtant incontournables sur un avion de ce type. Le député écrit avoir "constaté avec regret qu’il avait été renoncé à certains des équipements de sécurité évoqués lors de l’acquisition, s’agissant notamment de la protection anti-missiles de l’appareil. Au-delà, on peut également s’interroger quant au choix porté sur un appareil qui, au regard des standards du marché d’occasion, avait déjà accumulé un grand nombre d’heures de vol."

Selon Jean-Claude Viollet, l'A330 gouvernemental a néanmoins reçu un système de communications gouvernementales protégées (COMGOUV).

lundi 14 novembre 2011

In memoriam : 1CL Goran Franjkovic (2e REG)

La TF Tiger, qui vient juste d'effectuer son TOA, perd son premier soldat, aujourd'hui, avec le légionnaire de 1ère classe Goran Franjkovic, 25 ans, blessé mortellement par un tir d'ALI devant l'entrée de la vallée d'Alasay, ce matin. D'origine serbe, il avait rejoint la Légion en mars 2010. Il est affecté au 2e REG, à l'issue de sa formation au 4e RE, en août suivant.
Il est promu 1ère classe le 1er février 2011, avant que sa compagnie ne soit, le mois suivant, désignée pour l'Afghanistan. Dans le cadre de sa mise en conditions avant projection, il est qualifié pour la fouille opérationnelle complémentaire (FOC) en août. La fouille opérationnelle spécialisée, initiée en 2008, est du niveau brigade, tandisque que la FOC est réalisée au niveau GTIA.
Pour la quatrième année consécutive, le 2e REG fournissait des sections pour le mandat d'hiver,tenu par la 27e BIM : cette année, ces sections sont intégrées dans les SGTIA du BG Tiger.
Le 1ère classe Franjkovic est le deuxième militaire du régiment à périr en Afghanistan : le CBA Benoît Dupin avait été tué en décembre dernier. Déjà, dans la même zone.

Un légionnaire du 2e REG tué (actualisé 20h)

L'entrée de la vallée d'Alasay, zone où l'attaque est intervenue, ce matin, ici photographiée il y a un an (crédit : Jean-Marc Tanguy).

On a appris à 16 heures la mort d'un 76e militaire français en Afghanistan. Il s'agit du légionnaire de 1ère classe Goran Franjkovic, du 2e REG, tué en Kapisa par un tir ALI, lors d'une mission de protection d'un convoi logistique, au profit de l'ANA. On ignore si d'autres soldats ont été blessés à ce moment-là : un autre soldat avait été blessé plus tôt, par un tir de RPG.
L'EMA situe la zone de l'attaque à "3-4 km au nord de Tagab, en face de la vallée d'Alasay". Dans cet intervalle figurent les villlages de Jalokhel et Omarkhel -Joybar, où cinq Français ont été tué le 13 juillet est à quelques centaines de mètres seulement-, où plusieurs Français ont déjà laissé la vie pour les uns, été grièvement blessés pour les autres. Précisément, le régiment avait déjà perdu un des siens, le CBA Benoît Dupin, en décembre dernier, dans cette zone.
Tous les convois qui se présentent dans cette zone y sont systématiquement attaqués. Ce fut le cas en décembre dernier, lors d'un reportage que j'ai effectué sur place.
500 soldats français, soit plus des deux tiers du GTIA Tiger étaient sortis de la FOB, aujourd'hui. Le détachement placé dans la zone où a été frappé le légionnaire comportait plusieurs dizaines de soldats français. Malgré la végétation qui commence à disparaître, les insurgés n'ont pas reculé devant le risque. Une fois de plus.
Le 2e REG fournit la composante "génie" du BG Tiger, armé par le 27e BCA.
Depuis la nouvelle stratégie décidée dans le courant de l'été, les militaires français sont en deuxième rideau, par rapport à l'ANA, avec une moindre activité hors des FOB. Les escortes de convoi restant par contre incontournables.

BHL cible Longuet

Jeudi, Gérard Longuet était à Mont-de-Marsan, où il a fait chanter la marseillaise aux militaires qui revenaient d'Harmattan (crédit : Jean-Marc Tanguy).

Voilà un passage pas piqué des vers, qu'on peut trouver dans les bonnes feuilles du livre de BHL, publiées par l'Express cette semaine. L'auteur relate ses entretiens avec le président pendant Harmattan, et notamment celui-ci, le 1er juin quand le président lui aurait dit : "et puis ces fuites dans la presse.... Elles ne nous ont pas aidés, il faut bien le dire."
BHL soliloque : "j'ai vu, il y a quelques jours, en effet , un gros article dans Le Figaro, très précis, très renseigné. Insinue-t-il que je pourrais être à l'origine de l'indiscrétion ?"
Et le philosophe de rétorquer au président : "J'ai vu cela, oui, mais c'est de l'Elysée qu'elles sont venues, ces fuites ! Je me suis dit... "
BHL poursuit : "Et lui, très vite, m'arrêtant net : 
"Non, la Défense, c'est de la Défense que c'est sorti.
- Cela ne m'étonne qu'à demi. Longuet est contre, depuis le début".
Fin du récit du philosophe. N'ayant pas le dégré de proximité du philosophe avec le président, j'avais néanmoins interrogé, le 16 juillet, le ministre de la défense sur la provenance des fuites en question, portant sur les largages en Libye (1). Lui avait en tout cas nié farouchement toute responsabilité dans la divulgation de ces informations opérationnelles. Leur mise sur la place publique avait notablement compliqué la tâche des opérationnels chargés de ces missions. On ignore si, comme c'est la coutume, la DPSD a enquêté sur ces fameuses fuites. Et s'il en est sorti quelque chose. La DPSD est placée sous l'autorité du ministre de la Défense. Lors d'un précédent (Surcouf), c'est la DCRI qui avait été à la manoeuvre.
Pour ce qui est de son opposition au conflit, Gérard Longuet n'a en tout cas devant moi jamais évoqué un tel sentiment (2). Même si les journalistes avaient été étonnés de son silence assourdissant, pendant les premiers jours d'Harmattan. Il s'en était justifié le 24 mars par la volonté de "laisser travailler les professionnels de la communication opérationnelle".
Voilà au moins une différence avec le philosophe qui l'accuse.

(1) sans s'apesantir sur les détails de livraison, BHL affirme que la France a livré 40 tonnes d'armes aux insurgés libyens. Par air, cela ferait beaucoup de largages, on peut donc estimer qu'une bonne partie est arrivée par un autre élément.
(2) on se souvient du flottement diplomatique qui a eu cours, en février-mars, sur l'opportunité ou pas d'engager l'OTAN en Libye. Même son sécrétaire général était sceptique, si mes souvenirs sont bons. En France même, de très hauts cadres de l'armée étaient d'ailleurs du même avis, qui a bien sûr changé par la suite.

A l’ED 1/33 Belfort, le cerveau des drones, c’est l’équipage !

L'auteur de ce texte, le lieutenant-colonel Christophe Fontaine, est le commandant en second de l'escadron drones 1/33 Belfort. A titre exceptionnel, j'ai choisi d'ouvrir le blog à cet opérationnel, actuellement n°2 de l'escadron drones de l'armée de l'air, afin de faire un peu de pédagogie sur ces objets curieux au coeur de l'actualité et les humains qui les servent. Depuis février 2009, plus de 5.000 heures de vol ont été enregistrées par le Harfang, en Afghanistan, où opèrent les équipages du Belfort, et en Libye.

Les drones sont devenus incontournables, pour ne pas dire indispensables, dans la conduite des guerres modernes. Les récentes opérations aériennes en Libye le démontrent au quotidien. Au-delà de la technologie et des progrès réalisés dans l'automatisation, ce sont pourtant bien les hommes qui font la différence, car le drone reste très largement "homo sapiens dépendant".

Le drone, l'élément visible d'un système complexe

Au-delà d'un cercle restreint d'initiés, la représentation des drones dans l'inconscient collectif du grand public est celle d'engins volants, aux formes parfois bizarres, déshumanisés et évoluant de manière quasiment autonome. La réalité est beaucoup plus complexe. L’engagement d’un système de drone repose, intrinsèquement, sur quatre éléments fondamentaux.
- Un segment sol d’abord, qui comprend les stations de contrôle où sont regroupées les fonctions de préparation de mission, de pilotage et d'exploitation des données recueillies. Dans le cas du drone français Harfang, c'est le centre nodal du système qui centralise toutes les fonctions et les personnes nécessaires à l'accomplissement de la mission.
- Un satellite de communication, couvrant la zone d’action, est outre indispensable pour piloter les grands drones et la mise en œuvre des charges utiles. Des antennes spécifiques au sol assurent ces liaisons et la diffusion au client, via un réseau sécurisé, d'un flux vidéo en temps réel.
- Le vecteur, enfin, est un avion propulsé par un moteur à hélice ou par un ou plusieurs réacteurs. Il dispose de tout un ensemble de capteurs (optiques, radars, laser), de bombes ou missiles guidés. Il est équipé, à l'instar de tout avion civil ou militaire, de l'ensemble des équipements de radio et de navigation. En d'autres termes, c'est un avion piloté, certes à distance, mais piloté tout de même. C'est l'homme, et non la technologie, qui permet donc de faire cohabiter, en toute sécurité, dans un même espace aérien, des avions " habités et non habités".
- Si les hommes incarnent le cerveau du drone, les charges utiles en sont certainement le cœur. Elles représentent le prolongement de l'œil du combattant ou de l'expert sur le terrain. Placés au sein d’un cockpit virtuel, le fantassin au sol, le pilote en vol, le décideur ou ses conseillers juridique ou opérationnel, bénéficient ainsi, en temps réel, de l'intelligence et la capacité d'appréciation de situation de l’équipage du drone.

Des pionniers dans un domaine d’avenir

Le déploiement et la mise en œuvre de telles technologies ne sont possibles que grâce aux hommes et femmes qui composent les unités de drones. C'est particulièrement vrai en France avec l'escadron de drones 1.33 « Belfort » déployé sur les théâtres afghan et libyen.
Ces personnels ont réussi, en quelques mois après son arrivée dans l'Armée de l'air, à faire d'un système intérimaire et expérimental (SIDM) un drone opérationnel en Afghanistan baptisé Harfang.
Une des caractéristiques propre au Harfang est l'organisation de son équipage. A la différence des autres systèmes alliés, les principales fonctions - pilotage du vecteur et des capteurs, la conduite de la mission et l’interprétation des données - sont toutes co-localisés. Cela permet une très grande flexibilité et réactivité tant pour la gestion, en temps réel, des demandes de recueil que pour la qualité de l'analyse du renseignement.
Ce sont ces mêmes hommes et femmes qui, bien que déjà fortement sollicités par leur engagement en Afghanistan, ont été capables d'optimiser l'emploi d'un outil technologique désormais obsolescent et déployé en urgence, afin qu'il puisse encore à réaliser sa mission dans le cadre d’Harmattan. Quinze jours après le déploiement du personnel de l’ED 1/33 Belfort sur la base de Sigonella en Sicile, le Harfang effectuait déjà son premier vol.
Les officiers et sous-officiers de cet escadron, fort de leur sens du devoir et de la passion de l’aéronautique, deux éléments consubstantiels à l’engagement des aviateurs de l’Armée de l’air, ont permis au Harfang, de tenir encore toute sa place dans le cadre des opérations en Libye.

Des hommes qui préservent la vie d’autres hommes

En raison des particularités du mandat et de l'opération OUP, la préservation des vies civiles et la limitation des dégâts collatéraux sont des dimensions fondamentales auxquelles contribuent les drones en général, et le Harfang et ses équipages, en particulier.
Les termes de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU n°1973 précisent qu'il faut « protéger les civils ». Cette dimension est la priorité numéro une de la coalition en Libye. Les forces pro-Kadhafi utilisent cette « obligation » en s'imbriquant au plus près des populations civiles. Il s'agit donc pour le commandement, par l’emploi des drones en particulier, de déterminer le moment où la probabilité de présence de civils permet de réaliser une frappe. De plus en plus souvent, la présence d'un drone sur la zone conditionne ainsi l'emploi d'un armement et la frappe sur l'objectif, en particulier lorsqu’elle a lieu en zone urbaine.
La dimension légale, à laquelle le Harfang et les autres drones contribuent ainsi de manière directe, est loin d'être un frein aux opérations. C’est une dimension essentielle de la bataille des perceptions, c’est à dire la manière dont la population perçoit notre action. Il s’agit, par ailleurs, de ne laisser aucune capacité à la propagande ennemie de réaliser une contre-information en prétextant des soi-disant « bavures » de la coalition. La "conquête des cœurs" commence par cette nécessaire absence de dégâts collatéraux dès le début de la campagne.

Conclusion

Les drones sont donc bien loin de l'image souvent véhiculée - des robots déshumanisés parce qu'automatisés. En Libye, le Harfang, ses équipages, et tous ceux qui assurent sa mise en œuvre, ont contribué, aux cotés des autres drones de la coalition, au recueil du renseignement mais aussi à la préservation et à la sauvegarde des vies de civils libyens. En Afghanistan, ils sauvent la vie de soldats de l'ISAF.
« Renseigner et préserver des vies », sont de très nobles missions pour les drones qui seraient tout simplement impossibles sans les hommes et les femmes qui les mettent en oeuvre. Il faut préserver ce capital humain précieux et unique, ainsi que son esprit de « pionnier » qui, à la différence de la technologie, ne s'achètent pas une fois qu'ils sont perdus.

dimanche 13 novembre 2011

L'autre vie de Forces spéciales

Alors que les recettes de sorties en salle semblent compromises, en France (1), Forces Spéciales a déjà commencé sa deuxième vie, à l'étranger. Il ne faut pas exclure des meilleures situations dans d'autres pays, où ce type de film est un film de genre, en Russie et en Suisse, où le film est déjà projeté.  Le film est aussi sorti en Belgique mercredi dernier, et sortira prochainement au Brésil.
Le DVD sera disponible le 6 mars, accompagné d'un making-of. Le réalisateur n'a pas exclu, mercredi, en recontrant des fans, à Paris, d'apporter quelques touches au montage de cette version DVD.
Malgré les résultats inattendus de la vente du film à l'étranger, aucun chaîne hertzienne française ne l'a retenue pour l'instant. Et les résultats en salles françaises ne devraient pas accélérer le processus.


(1) les mauvais résultats enregistrés en première semaine ont déjà eu un impact direct sur la réduction du nombre de salles, qui va devenir de plus en plus dur à trouver.

samedi 12 novembre 2011

Les gendarmes, aussi

Avec le GBGM de Satory hier, deux autres unités de gendarmerie vont recevoir la croix de la valeur militaire à titre collectif : il s'agit de l'EGM 23/7 de Selestat, et du GIGN.
Le premier est récompensé pour sa contribution aux POMLT, sans qu'on ait plus de détail, tandis que le GIGN est décoré, et c'est une des trois seules unités dans ce cas, pour sa contribution aux trois opex principales de 2011 : Afghanistan, Libye, Côte d'Ivoire. C'est la première fois que la présence du GIGN en Afghanistan est reconnue officiellement. Les décorations sont attribuées pour des faits de 2011 (1).
Le GIGN opère en Afghanistan depuis 2002, ponctuellement, même si plusieurs missions se sont déroulées dans la durée. Entre autres, l'EPIGN a assuré la protection du haut représentant de l'ONU : ce fut la mission la plus longue tenue par les gendarmes, sur place. Depuis, le GIGN a notamment contribué à installer dans les meilleures conditions les POMLT, tout en assurant des missions d'appui au profit de la TFLF. Cette mission n'a pas dépassé un volume de 10 personnels.
En Libye, on se souvient que la force de protection avait été mise à contribution pour sécuriser le représentant français à Benghazi, arrivé par la route, et recueilli par une équipe qui avait été tarponnée en mer puis infiltrée par d'autres moyens à terre. Ce moyen a vraisemblablement permis aussi d'infiltrer du matériel, ce qui n'était pas possible par la terre, du fait des douaniers égyptiens.
En Côte d'Ivoire, le GIGN a aussi protégé des diplomates, lors des combats de début d'année. Plusieurs gendarmes avaient été blessés en cette occasion. Rappelons que les caméras de M6 ont pu tourner, à cette époque, avec les gendarmes.

(1) rappelons que quatre autres unités de forces spéciales seront elles aussi décorées à titre collectif : 1er RPIMa, 13e RDP, 4e RHFS et le commando Jaubert.

Une rupture d'embargo

Cela peut se concevoir, les activités de renseignement, et particulièrement de ROEM faisaient l'objet, pendant Harmattan, d'une protection particulière (1). Trois capteurs étaient précisément cités : les SNA de la marine, ainsi que les Gabriel et les Mirage F1CR du 2.33 Savoie. Aucun des trois, pas plus que le travail abattu par l'escadron drone 1.33 Belfort, n'étaient mis en valeur, à Mont-de-Marsan, vendredi; qui accueillait pourtant le ministre de la défense.
Pour être passé à l'époque à plusieurs reprises à  Solenzara, qui fut le nid de cette guerre discrète, dès la mi-mars, je peux témoigner que la consigne de silence (pas de discrétion, de silence) a été prise au sérieux, sur place, et appliquée. La façon de nier l'évidence -le travail du F1CR et du Gaby- avait manifestement été soigneusement répétée, tout comme la façon de protéger ces zones interdites de presse (2). Une fois de plus, le porte-avions de l'armée de l'air aura été une bonne base de projection, que ce soit pour les capteurs, la puissance et même le fret.
La même protection d'activité a été portée sur l'activité du drone Harfang, qui faisait l'objet d'un puissant embargo médiatique (3), ainsi que, dans une moindre mesure, sur la nacelle Reco-NG du Rafale : cette dernière faisant partie du "pack export" du Rafale, on pouvait la photographier, mais une fois dit qu'elle était merveilleuse -ce qui est vrai-, les conversations tournaient court avec les opérationnels.
Une fois la campagne terminée, une directive de communication de l'EMA a perduré, interdisant d'évoquer la thématique renseignement avec les journalistes : c'est témoigner de l'extrême sensibilité du sujet, en terme de communication opérationnelle, en tout cas.
On a pu constater comment la consigne avec été appliquée dans la marine, au plus haut niveau de la sous-marinade, avec pour résultat, un papier plutôt documenté paru dans le Monde sous la plume de ma camarade Nathalie Guibert (4), qui avait déjà récupéré les chiffres d'activité de l'ALAT, dès l'été.
Après, qu'on ne me dise, plus, et notamment dans la marine, que ce sont les journalistes qui nourrissent les guerres de clochers interarmées.

(1) on se rappellera, par exemple, que les largages de fret dans les djebels, pourtant aussi sensibles, si ce n'est, nettement plus sensibles car ils ne se font pas en standoff, n'ont pas eu droit à une telle protection, puisqu'ils ont fait la une du Figaro.
(2) il était pourtant possible, malgré tout, de croiser des représentants des trois services de renseignement abondés par le budget du ministère de la Défense, dans et autour de la base.
(3) c'est TF1 qui a pu, aux forceps, récupérer des images du drone.
(4) On a compris que comme douze ans plus tôt devant les gorges de Kotor, les SNA se sont relayés pour interdire et renseigner, une évidence, le seul élément manquant au puzzle étant le nombre de SNA mobilisés dans ce chouf submergé.

vendredi 11 novembre 2011

Des tableaux de chasse éloquents

Pendant sept mois, c'était le sujet tabou : une fois n'est pas coutume, c'est sur internet qu'on peut trouver les consommations de feu des unités aériennes qui ont été décorées ce jour. Pour le 1.91 Gascogne, on évoque 120 bombes larguées en 368 missions (1). Le ratio est à peu près le même chez les potes d'Aldo (3.3 Ardennes), avec 140 bombes, pour 336 missions. Pour le 1er RHC, on évoque seulement la destruction de 250 objectifs en Libye. Quoique ne faisant pas partie des décorés, on peut aussi évoquer la contribution des Mirage F1CT/CR aux opérations de renseignement et de bombardement, avec 33 engins tirés, dont un tiers par un seul appareil.
Dernière statistique, l'EH 1.67 Pyrénées a effectué depuis 2006 2.436 missions de guerre, dont 193 evasan, en Afghanistan. Cet escadron avait aussi mobilisé trois hélicoptères dans le cadre d'Harmattan.


(1) Rappelons que le but unique d'une mission aérienne, pour un chasseur, n'est pas de larguer une bombe, mais de maîtriser les effets qu'il produit.

(Les) Forces spéciales pas suffisamment visibles

Stéphane Rybojad en tournage, dans un Caracal de l'EH 1.67 Pyrénées, à Kaboul. (crédit : Memento)

Un peu à l'image des vraies, Forces Spéciales n'a pas réussi à sortir de l'ombre, depuis sa sortie en salles, le 2 novembre. Le réalisateur et co-scénariste, Stéphane Rybojad, n'a pas caché sa déception, mercredi soir, en recevant dans ses locaux plusieurs fans qui avaient répondu à son appel sur Facebook.
Sans acrimonie, l'auteur de ce premier film a constaté un bilan modeste : 130.000 spectateurs seulement ont fait le déplacement en une semaine, ce qui indique clairement que les militaires eux-mêmes ne se sont curieusement pas mobilisés, alors que ce film leur rend clairement hommage à tous, au travers des six commandos (quatre marins de Trépel, un commando du 1er RPIMa et un sniper de la 11 alpha/CPA10.  
Le film paie sans doute clairement le pari d'avoir voulu faire un film sur le temps présent, or l'Afghanistan, ce film le confirme, ne parle pas aux Français. Et donc, pas forcément à tous les militaires non plus.
Tourné en Afghanistan plutôt qu'au Maroc -la production aurait souhaité ce pays, moins risqué et moins loin, donc moins cher-, le film ne manque pas de réalisme dans ses décors. Mais cela non plus n'aura pas été relevé. Pas plus par le public que par la critique.
Pas plus le pari de mettre un Béninois en tête d'affiche, et à la tête du commando. Le réalisateur a justifié son choix par la réalité courant au COS et dans l'armée -la couleur de peau n'empêche pas la montée en grade, en France en 2011, tout le monde peut-il en dire autant (1)- et par les qualités intrinsèques de l'acteur.
Malgré une virulence rare contre la presse lisible sur le Facebook du film, le réalisateur a appelé à la raison, constatant que lui-même aurait dû insister plus sur l'aventure humaine qu'à constitué le tournage.
Conséquence, les médias n'auront pas vraiment mobilisé : trois couvertures dans la presse féminine, et trois sujets télé, a-t-on récensé à la production.
Bref, pas une lame de fond, alors que les films déboulent à l'affiche actuellement.
Faute d'avoir su mobiliser sur un film, le premier sur l'Afghanistan, sur les forces spéciales, et le premier tout court depuis longtemps, l'armée va prendre en pleine face des sujets qui risquent de lui être autrement plus pénibles : le 16, la sortie en salle du film de Matthieu Kassovitz, suivi, le 27, de l'émission Pièces à conviction, sur l'Afghanistan.

A mes lecteurs, une petite clarification :
Quand ils sont à court d'arguments, les perfides croient toujours que la bêtise sera plus performante. Je leur répondrai par ces quelques lignes : la rédaction d'un livre sur le film Forces spéciales ne m'a pas enlevé tout sens critique sur le film éponyme, il ne suffit que de lire tous les posts que je lui ai consacré, sur ce blog, depuis des mois, ou mes textes dans ce même livre. Mon appréciation de ce film, juste à défaut d'être totalement exact -c'est un film de cinéma, pas un documentaire sur le COS en Afghanistan-, est fondée sur les réalités que j'ai pu moi-même observer en Afghanistan, ou lors de reportages au sein des unités de forces spéciales. On peut proposer aux tenants de la critique gratuite d'aller vérifier tout cela en Afghanistan par leurs yeux, mais je crains que nous ne manquions de volontaires.
Et si cela peut libérer les esprits, c'est mon éditeur qui a pré-financé mon travail, prenant en cela un risque évident (merci François !), et la production n'a pas pré-acheté le moindre livre : tout repose, comme sur le film, sur la curiosité du public.
Sur ce blog, sur ce livre, et sur mes supports de presse payante, personne ne m'a jamais acheté, et je poursuivrai avec délices ceux qui pourraient avoir, désormais, la délicatesse de l'écrire, ou de le sous-entendre.
Merci de votre intérêt pour cette liberté totale.

(1) plusieurs exemples éclairants, notamment dans les forces spéciales air et marine démontrent cette réalité.

Une cérémonie à Pau

C'est la déclinaison régionale de la cérémonie du jour, qui verra le président décorer de la valeur militaire plusieurs drapeaux : le 23 novembre, le CEMAT remettra quatre CVM collectives, à Pau. Les récipiendaires sont trois unités de la BFST (1er RPIMa, 13e RDP, 4e RHFS) et le 5e RHC. Le 1er RPIMa était déjà décoré de la fourragère de la légion d'honneur, et de la croix TOE, avec, bien sûr, la guerre du Golfe.
Dans la marine, une cérémonie identiqeu devrait se tenir le 10 décembre à Brest, récompensant notamment les drapeaux du commando Jaubert et de la flottille 23F, opérant sur ATL2

Les FSA décorées "début 2012"

Le CEMAA se rendra "début 2012" décorer les forces spéciales air, sur la base d'Orléans, nous a-t-il annoncé hier. On ignore encore précisément comment et quelles unités seront décorées, du Poitou et/ou du CPA10. Des unités conventionnelles de transport pourraient aussi être décorées, en cette occasion.
Le CEMAA doit, auparavant, décorer des unités à Avord (Awacs), Istres (C-135, peut-être Mirage 2000N), Cognac (drones Harfang).

Coïncidence

C'est lundi, à l'heure où François Fillon annonçait la rigueur, que la flotte gouvernementale a accueilli un nouveau membre, un Falcon 2000 qui sera suivi d'au moins un, sinon, sans doute, deux petits frères. Il remplace un Falcon 50.

Une Marseillaise a capella

"Est-ce que savez-chanter ?" Sans prendre la peine d'attendre une réponse, Gérard Longuet a donné lui-même le ton, et le contenu du bachman, aviateurs, alatmen, marins, et même les gendarmes de l'air ont entonné une marseillaise, hier, sur le tarmac de la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan.
Les trois chefs d'état-major, le CEMA, ainsi que plusieurs élus du sénat et de l'assemblée nationale -dont Yves Vandewalle, co-rapporteur drones de l'assemblée nationale, et Daniel Carrère, nouveau président de la commission des forces armées du sénat-.
Très courtisé, le conseiller budgétaire du ministre, Christophe Maisonneuve.
L'homme à la manoeuvre, car mardi, après les chants, le dépeçage continue, avec le détail sur les 100 MEUR d'économies annoncées lundi.

NB : les abonnés de mon compte Facebook ont un bonus, une partie des photos prises hier à Mont-de-Marsan.

jeudi 10 novembre 2011

Il s'appelle FOB

Le blog d'actualité terrestre dont nous vous parlions ici fin octobre a commencé à opérer en vitesse de croisière, avec ses deux journalistes, Guillaume Belan et Frédéric Lert. Le nom résume l'angle : FOB, pour force opérationnelle blog.
Comme nous l'expliquions à l'époque, l'initiative est portée par une maison d'édition, soutenue par au moins trois industriels, dont Nexter et Thales (et peut-être MBDA), avec l'assentiment de l'armée de terre, qui a du mal à placer son activité au coeur des colonnes de la presse.
Malgré ce mode de fonctionnement inédit sur le net, l'équipe rédactionnelle revendique son indépendance d'écriture.
Selon une formule éprouvée, FOB distribue les infos sous forme de brèves, sans s'interdire d'écrire des sujets de fond, et il est vrai que la thématique terrestre n'en manque pas actuellement, à commencer par la longue liste de ce qu'il faut financer, alors que l'enveloppe budgétaire, elle, se rétrécit comme un peau de chagrin.
Ce que le nouveau CEMAT a rappelé aux députés et aux sénateurs, avec ses mots, lors des auditions parlementaires. Oui, il va en falloir du courage.

mercredi 9 novembre 2011

Nexter et Renault Trucks s'allient sur le VBMR

C'est ce qu'on peut appeler un hasard incroyable : au lendemain d'annonces budgétaires qui font un peu soupe à la grimace, on apprend que Nexter et Renault Trucks vont faire offre commune sur le VBMR, qui doit succéder au VAB. Les deux travaillent ensemble sur le VBCI, mais qui n'arrive pas à s'exporter, et dont la chaîne va bientôt s'interrompre, de ce fait, une fois la série française (630 véhicules) totalement livré.
Aucune information n'a été livrée sur le partages des tâches entre les deux sociétés.

"On était à l'os, on a dépassé l'os..."

Inquiet, comme bien des députés de la commission de défense, Jean-Claude Viollet (photo Assemblée nationale), rapporteur (PS) des crédits air, qui lâche cette formule : "on était à l'os, on a dépassé l'os", une façon imagée de mesurer l'impact des coupes annoncées hier soir par le ministre de la défense. Ce spécialiste du MCO est particulièrement inquiet des coupes de 20 MEUR annoncées dans le maintien en conditions opérationnelles, alors même que "les surcoûts de 2011, liés à Harmattan, impacteront aussi 2012". L'élu charentais constate aussi : "le coût en MCO de l'opération Harmattan est considérable car les avions ont été en l'air pendant sept mois, ne l'oublions pas. En opérations, il est évident qu'on se sert plus de la post-combustion des chasseurs qu'à l'entraînement, il y a donc plus d'usure moteur, par exemple".
"On sait aussi qu'on rencontre déjà des difficultés dans les populations de spécialistes, comme on l'a vu dans Harmattan : mécaniciens des ESTA, armuriers, interprètes-photos, et même des pilotes, puisqu'on a rappelé des abonnés qui travaillent en état-major !". Comment ces carences pourraient être réglées dans un budget dépressif, "qui aura peut-être des suites", augure Jean-Claude Viollet, qui évoque un projet encore discret de "loi de dégagement des cadres".
La mesure du problème pourra éventuellement se prendre dans l'hémicycle, cet après-midi, alors que d'habitude, le vote du budget ne rameute pas les foules. L'élu y sera, lui, pour défendre notamment un amendement relatif à une étude sur les MRTT, dont le finanemcement -innovant !- se fera par ponction sur le budget destiné à l'OTAN. "J'aide le général Abrial, explique le Charentais malicieux, on nous annonce des réductions d'effectifs, de budget, j'anticipe. Et c'est un soutien que j'envoie au président Sarkozy, qui a fait rentrer la France dans l'OTAN pour y faire entendre la voix européenne, le MRTT est un très bon exemple" jubile Jean-Claude Viollet.

22, v'la la FGC

Défense & Stratégie organise le 22 novembre à Paris un sujet d'ardente actualité, sur l'action de l'état en mer (AEM) et la fonction garde-côtes (FGC). C'est un sujet multifacettes -organique, opérationnel, budgétaire et presque... philosophique qu'a choisi le député Philippe Vitel pour ces 8e rencontres parlementaires du Naval de Défense, qui avait été initiées par le député Jean Lemière. Le député achève de rédiger un rapport sur le sujet, avec Patricia Adam.
L'actualité du sujet, et son "interministéralité" est telle que ces rencontres sont placées sous le haut patronage du Premier ministre : conséquence, les orateurs sont de très haut niveau, et venus d'horizons très divers (mais malheureusement, pas d'au delà de nos frontières...)
Le ministre de la défense est annoncé en ouverture, avec Jean-François Tallec, le secrétaire général de la mer, mais aussi Frédéric Perrin (1), directeur de la police aux frontières, du contre-amiral Patrick Chevalllereau (SGM), du comissaire en chef Thierry Duchesne (EMM), du colonel Georges Strub (gendarmerie maritime) ou de Pierre-Eric Pomellet de Thales, société qui a le privilège d'être représentée par un deuxième orateur, l'amiral Xavier Rolin. Le général Marc Watin Augouard, IGA-Gendarmerie, interviendra aussi sur les aspects juridiques.

(1) la PAF est très active en mer à Mayotte, où elle aligne les seuls embarcations dont elle dispose. Cf mon reportage dans Police Pro de Mars 2010.

Des coupes et découpes (suite)

Une dizaine de millions d'euros ont été amputés sur les budgets des pôles de reconversion des territoires, a-t-on appris hier soir au terme d'une audition du ministre de la défense, par la commission de défense. Un choix étrange, si l'on considère que les restructurations sont loin d'être terminées.
Les principaux acteurs concernés par ces coupes, qui se présenteront aujourd'hui à leur vote, les députés, réagissaient très différemment. Le vice-président (UMP) de la commission de défense, Philippe Vitel confiait s'être attendu à des "coupes bien plus importantes" et appelait à relativiser, au vu des dépeçages budgétaires au hachoir opérés ailleurs en Europe, et notamment en Allemagne.
D'autres, comme l'ancien ministre Hervé Morin, n'excluait pas le risque d'une cure de choc, après les élections de 2012. Tandis qu'un député UMP reconnaissait, a posteriori le travail de fond opéré par ce ministre.
Où en serait-ton, de fait, si les réformes territoriales et de soutien n'avaient pas été entamées ? Car c'est bien connu : il vaut mieux réformer quand on a des sous que quand on en manque.

mardi 8 novembre 2011

Mais si il l'a dit... et il reviendra mardi pour la suite

Le ministre de la Défense a livré ce soir quelques détails sur le deuxième coup de rabot qui touche son projet de budget. A ce stade, certains n'excluent même plus un troisième... après le vote du budget.
Ce sont en fait 500 MEUR qui sont passés à la trappe, mais grâce au surcroît de recettes issus des ventes des fréquences, le solde net des coupes est limité à 260 MEUR selon des sources convergentes. Dans ces 500 MEUR, figurent des soustractions au budget de Djibouti (-9 MEUR, de sérieuses menaces semblent aussi peser sur l'hôpital), dans des travaux d'infrastructure (-34 MEUR), dans les budgets des écoles (notamment Polytechnique). Rien, apparemment, sur le budget de la com (100 MEUR par an quand même...).
Le premier coup de rabot net de 185 MEUR se décomposait en 167 MEUR pour le budget défense, 14 pour les anciens combattants, et 4 MEUR sur le budget recherche. Ce sont donc plus de 100 MEUR qui s'y sont ajouté : pour l'instant, on ne semble pas trop savoir sur quoi les imputer...
N'oublions pas non plus la dette que la Défense doit contribuer à payer à Taïwan (une paille) : là non plus, pas de nouvelles sur les postes budgétaires qui vont devoir se serrer la ceinture.
Le ministre doit revenir mardi prochain à la commission de la défense -un record d'assiduité pour un ministre- afin de préciser aux élus -après le vote !- le détail des coupes.
Pour finir cette journée pré-budgétaire -le live, demain, en fin d'après-midi-, un petit focus sur notre sondage de la semaine : 60% de ceux qui ont pris la peine de répondre estiment que c'est l'armée de terre qui va être la plus touchée par les réductions budgétaires. Vous pouvez, bien entendu, vous aussi cliquer.

"Ainsi va le monde", le blog

C'est ainsi que dans son studio de RFO, en 1985, Henri Weill concluait son jité : "ainsi va le monde" ! Il récidive avec la même formule, mais cette fois en ouverture de son blog, dans lequel il restitue quelques éléments des évènements d'Ouvéa, en 1988. A une semaine de la sortie en salle du film de Matthieu Kassovitz, des éléments qui ne sont pas inutiles.
A l'époque, Henri Weill avait écrit le très documenté "Opération Victor, GIGN et services sercrets dans le Pacifique (Editions Universelles)"... avant d'écrire, en 2011, "Légionnaires".

Nouvelles coupes en vues, Balardgone ciblé

Petites indiscrétions, alors que le ministre de la défense était attendu, vers 17 heures, à la commission de défense de l'assemblée nationale, avant la mise au vote du budget, demain. Le projet de budget 2012 pourrait faire l'objet de 260 MEUR de coupes, information qui n'a pas encore fait l'objet de commentaires du ministère : le ministre devrait livrer des détails à ceux qui voteront -ou pas- ces petits imprévus : les députés eux-mêmes.
La gauche aurait également déposé un ou plusieurs amendements pour bloquer le projet de Balardgone. C'est un travail délicat d'acrobate que nous faisons : tous les intéressés par ces nouvelles sont désormais reclus, pour des dizaines de minutes, dans un sous-sol de l'assemblée...

L'armée de l'air va surveiller le Heron-TP de près

Victime directe de la gestion douloureuse du programme Harfang (cinq ans de retard, et des capteurs maintenant obsolètes), l'armée de l'air ne cache pas son intention de mettre tous les acteurs du programme Heron TP, qui lui succède, devant leurs responsabilités. Ce discours volontariste, rarement entendu chez des opérationnels, vise aussi bien le fournisseur israélien, que la société Dassault, qui doit être désignée maître d'oeuvre, au terme d'une négociation contractuelle en cours avec la DGA.
L'armée de l'air devrait remplir sa part du fardeau, la rédaction d'une fiche de caractéristiques militaires (FCM) qui sera "bouclée d'ici la fin de l'année". La livraison doit intervenir en 2014, le soutien du Harfang s'arrêtant, lui, en novembre 2013.
318 MEUR d'autorisations d'engagement sont disponibles dans le projet de loi de finances de 2012 pour ce projet.
L'état-major de l'armée de l'air ne manque pas de spécialistes du sujet, à commencer par le propre chef d'état-major, ainsi que son assistant militaire, qui fut le premier chef de l'escadron drones 1.33 Belfort. L'un comme l'autre mesurent les risques d'une nouvelle encoche dans cette activité désormais incontournable dans une force aérienne moderne.
Les Harfang ont, malgré leurs limites, engrangé plus de 5.500 heures en opérations, en réussissant, avec seulement trois vecteurs opérationnels, à être présents simultanément sur deux fronts : Afghanistan et Libye.
Celui engagé à Sigonella est actuellement en cours de rapatriement en France.

lundi 7 novembre 2011

Le remplacement du FAMAS est bien en route

Le CEMAT l'a annoncé aux sénateurs en réponse à une question de Jacques Gautier, le remplacement du FAMAS est bel et bien en route avec un appel d'offres portant sur 60.000 armes à lancer en 2013...  pour les trois armées (1). Ces annonces interviennent après les essais menés en 2009 par la DGA et la STAT. Les forces spéciales et les CPA conventionnels, ainsi que le GIGN ont déjà opté pour le HK416.
Voici ce qu'en a dit, précisément et avec force prudence, le nouveau patron de l'armée de terre : on voit bien que rien n'urge, mais que si les crédits restent disponibles, les quantités ont de quoi allécher les armuriers suisses, allemands ou... italiens, avec des Belges en embuscade.
"Les équipements de petit calibre sont des équipements de cohérence. Malheureusement ce sont les premiers à être supprimés lors des arbitrages budgétaires. Nous savons que nous garderons le calibre 5,56 et que nous achèterons sur étagère deux versions ; une version standard à canon long principalement pour les unités d'infanterie, une version à canon court pour les autres. La cible du programme, toutes armées confondues, est de 60 000 pour la version standard. Le coût sera de l'ordre de 400 millions d'euros pour les trois armées. D'ici 2013, sera lancée l'appel d'offres et le matériel retenu devra bien sûr être compatible avec le FELIN."

(1) Il y aura donc en quelque sorte un parc d'armes pour les unités d'infanterie, et le FAMAS aura encore quelques bons jours devant lui... pour ceux qui ne seront pas servis. Avec le risque, alors, de voir cohabiter, au sein de GTIA, des soldats qui n'auront pas la même arme...

Un FB "pour que l'ex-otage respecte les millis et leurs familles..."

Un compte Facebook vient de s'ouvrir pour faire pression sur France 3 : il demande d'inonder le médiateur de la chaîne. Ses auteurs demandent précisément que le journaliste et ex-otage Hervé Ghesquière, dont le nom n'est pas cité une seule fois dans le texte fondateur, mais qui est clairement visé, "respecte les milis et leurs familles". Le texte, qui est consultable par tout à chacun, reprend le mécontentement qui avait suivi la libération du reporter de Pièces à conviction et de son JRI, Stéphane Taponier : les militaires ne cachaient pas leur incompréhension de l'argumentaire développé sur le tarmac de Villacoublay. Les deux journalistes estimaient notamment ne pas avoir été prévenus des dangers qu'ils encouraient, ce qui, en Afghanistan, est un non-argument.
Le buzz a vite couru, sur internet, notamment par comptes Facebook interposés, pour prendre celui d'un compte spécifique. Au moins une famille qui a perdu un des siens en Afghanistan avance avoir été dérangée ces dernières semaines par le comportement d'Hervé Gheqsquière, lors d'un récent reportage à Tarbes qui alimentera (peut-être) l'émission prévue fin novembre.
Mon confrère Patrice Le Nen, oeuvrant en presse télévisée, a aussi annoncé le transfert d'Hervé Ghesquière sur France 2, dans l'équipe d'Envoyé Spécial. Le médiateur de France 2 pourrait donc, lui aussi, recevoir du courrier, si le mouvement prenait.

L'armée de terre livre ses consommations

Le député Jean-Michel Bernard, rapporteur pour avis des crédits Terre à l'assemblée a eu plus de succès que la presse pour s'approprier les consommations de feu de l'armée de terre en opérations, un chiffre parfois surprotégé au-dessus de la raison.
La preuve, puisqu'on peut désormais les trouver sur internet.
Un tableau assez éloquent évoque l'envolée des consommations de munitions en opex, de 2008 à 2010. Cette première année, le coût des consommation en inventaire s'élevait à 4,74 MEUR (8,01 MEUR en coût de recomplètement), puis de 11,30 MEUR en 2009 (22,44 MEUR), 14,21 MEUR en 2010 (37,96 MEUR) et une estimation de 28,06 en 2011 (89,93 MEUR), l'augmentation étant sans doute liée aux engagements en RCI, en Afghanistan, et en Libye.
Selon nos sources, 200 tonnes de munitions ont été consommées, rien qu'en Afghanistan en 2010, de la 5,56 jusqu'à l'obus de 155 mm.

dimanche 6 novembre 2011

Blessés : de nouveaux chiffres

En 2011, 588 militaires de l’armée de terre ont été blessés en service dont 292 en Afghanistan et 324 (1) dans les autres opérations extérieures selon le député Jean-Michel Bernard, rapporteur des crédits Terre, qui se fonde apparemment sur des statistiques fournies par la cellule d'aide aux blessés de l'armée de terre (CABAT). "Depuis sa création, elle a suivi plus de 5 300 blessés. La moyenne est à présent de 750 blessés par an dont 300 qui nécessiteront un accompagnement dans la durée" constate l'élu, qui appuie aussi sur un point douloureux, mais néanmoins régulièrement souligné par ce blog : "le rapporteur tient néanmoins à souligner le défaut de communication de l’armée de terre sur ses soldats blessés et la prise en charge qu’elle leur offre via la CABAT – et dont elle n’a pas à rougir. Ces soldats, qui le plus souvent souhaitentindividuellement rester discrets, méritent collectivement la reconnaissance de la Nation. Tout en les préservant, l’armée de terre pourrait insister sur le travail du service de santé des armées et le dévouement de la CABAT. Un tel discours paraît indispensable pour faire pleinement reconnaître à l’extérieur l’engagement de nos soldats blessés. Ce travail de communication pourrait également s’avérer extrêmement positif pour le moral de leurs camarades en opération et jouer en faveur du recrutement en donnant une bonne image de notre armée, qui sait effectivement s’occuper des hommes et des femmes qui ont choisi de rejoindre ses
rangs."
Ce blog ne peut qu'abonder dans ce sens, puisque les rencontres avec les blessés restent très limitées, malgré la promesse du propre ministre de la défense, en juillet, de les faciliter. L'armée se retranche régulièrement derrière la volonté de ne pas entraver la guérison de ses hommes. Les spécialistes, les familles et les blessés eux-mêmes sont souvent d'un avis diamètralement opposé.

 (1) bizaremment, l'addition ne coïncide pas avec le total.

Aviateurs en Afghanistan : le livre

Ce blog vous en a déjà parlé : l'armée de l'air parachève actuellement un livre de témoignages de plusieurs centaines de pages sur l'engagement des aviateurs, depuis 2001, en Afghanistan. Ce projet étonnant, qui balaie apparemment toutes les spécialités -navigants, commandos, mécaniciens, etc- a été porté et rédigé par une rédactrice d'Air Actualités, le lieutenant Charline Redin, dont la couverture porte le nom.
Venue de la presse civile, Charline Redin a effectué de longs reportages en Afghanistan, de Kandahar jusque sur les COP de Kapisa en passant par la TF Mousquetaire, balayant ainsi le spectre couvert par les aviateurs dans le pays.
Selon sa hiérarchie, le livre serait disponible pour le 15 décembre, et sera tiré à 8.000 exemplaires, dont 6.000 seront mis en vente. 2.000 seront distribués en interne, et à des relais d'opinion, afin de mieux faire connaître le travail des aviateurs en Afghanistan.
Ils sont actuellement un peu plus de 500 sur place, à effectuer des missions il est vrai assez peu mises en valeur jusqu'alors. Avant une réduction, prévue d'ici la fin de l'année, à trois avions, à Kandahar.