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samedi 30 avril 2011

63 chasseurs engagés outremer

Une patrouille de Mirage 2000D survole l'Afghanistan de nuit, en 2008 (crédit : US Air Force).

Les ailes françaises, armée de l'air et aéronavale confondues, engagent 63 chasseurs actuellement, dans le cadre de déploiements permanents (Djibouti, EAU et Tchad, soit 16 appareils), des opérations en Libye (21 "air" et 14 marine), en Afghanistan (6) et dans les pays Baltes (4).
Ces déploiements sont effectués depuis six pays différents, Grèce (Crète) comprise, pour les opérations en Libye. Un tel essaimage grève évidemment les lots de déploiements et les stocks de rechanges.
L'armée de l'air a d'ailleurs dû rapatrier, sans les remplacer, trois Mirage 2000-5 basés aux EAU, le mois dernier (1). Initialement, il était prévu que le nombre de Rafale sur la BA104 -trois actuellement- double, avant l'été. Les opérations en Libye, qui consomment à elles seules 20% de la flotte Rafale risque de compromettre ce projet, ou celui de baser en Afghanistan des Rafale, projet également prévu à l'été. Voire les deux.
Difficile, en effet, de réduire la cadence sur les opérations de guerre du moment en Libye, alors que le Rafale vient d'accéder en finale en Inde.
Au niveau humain, il est assez difficile de mesurer l'effectif que génèrent ces déploiements, puisque certains d'entre eux sont effectués au sein de dispositifs plus globaux.
Lorsqu'il était intégralement basés à Solenzara, "Harmattan Air" pesait près de 300 aviateurs.  Le groupe aéronaval, quant à lui, déplace près de 3.000 marins (dont 500 pour le groupe aérien embarqué). Dans les pays baltes, enfin, ce sont 110 aviateurs qui sont engagés au sein d'Air Baltic, alors que le dispositif Serpentaire, à Kandahar, mobilise un peu moins de 200 aviateurs.

(1) officiellement, aucun mouvement d'aéronefs n'a pourtant été effectué depuis le début des opérations en Libye. Néanmoins, les C-135FR se font particulièrement rares. Et il était prévu de réduire le nombre de Mirage 2000C/RDI présents à Djibouti.

Air Baltic, 3e épisode

Depuis jeudi, quatre Mirage 2000C/RDI français assurent la protection aérienne des pays baltes, dans le cadre de l'opération Air Baltic que la France arme pour la 3e fois (2007 puis 2010). L'OTAN arme ces composantes successivement, les trois baltes ne possédant pas des moyens sufisants pour le faire eux-mêmes.
Ce sont les deux derniers escadrons RDI qiu fournissent, à savoir le 1.12 Cambrésis et le 2.5 Ile-de-de-France. Les opérations sont menées depuis la base de Siauliai, en Lituanie, et engagent 110 aviateurs.

vendredi 29 avril 2011

Après la bombe A, la bombe B...

L'édition d'Air & Cosmos de la semaine (1) livre quelques précisions supplémentaires sur la bombe au béton (pour ma part, je préfère bombe B, qui n'a rien d'officiel toutefois) dont le premier tir opérationnel en Libye a été évoquée sur ce blog, hier, ici. Un expert du Rafale rappelle que le besoin "n'a rien d'une découverte", et qu'il peut s'appliquer à d'autres munitions, et d'autres appareils. L'expert révèle par ailleurs que pas moins "dizaine de projets" différents sont actuellement à l'étude pour enrichir le spectre munitionnaire actuel de nos ailes, qui, il est vrai, n'ont pas grand chose à tirer en dessous de la GBU-12/49 et de l'AASM. Sauf au canon de 30 mm, mais au risque de rencontrer d'autres obus de canons... libyens.

(1) trois pages signées de votre serviteur sont également consacrées, dans ce même numéro, à la prépa ops des hélicoptèristes air et terre qui armeront le mandat 5 de la TF Mousquetaire. C'est le 3e RHC qui sera leader sur ce mandat.

Mémoire, engagement, courage : course à l'échalote (actualisé)

Faute d'avoir vraiment occupé le sujet, et notamment sur le plan médiatique (1), la Défense est en train de se faire dépasser sur sa droite et sur sa gauche, comme l'illustre mon confrère Jean Guisnel. La passe d'armes que décrit le confrère, autour du mémorial opex, n'en est qu'une illustration, mais le même processus risque de se dérouler pour l'idée, généreuse, d'un mémorial day, qui pourrait être reprise et développée à des fins politiques (2).
Alors que l'idée trouve résonance chez la plupart des soldats avec qui on l'évoque. Particulièrement ceux qui sont en première ligne, ou qui y sont allés.
Le mémorial opex est certes utile mais... il existe déjà : il suffit de parcourir les travées des Invalides, pour découvrir les plaques commémoratives appliquées sur les murs. Cela permet, par exemple, de se rappeler que les Bretons ont largement payé leur écot à la Grande Guerre, ou que les femmes n'étaient pas qu'aux fourneaux, lors de la suivante. Cela permet aussi de rappeler que les guerriers ont à l'époque convergé de tous les coins du monde français d'alors, pour libérer la France, ce qui, dans l'ambiance un peu trouble d'aujourd'hui, n'est pas inutile de rappeler.
Mais ce mémorial n'aura pas -ou très peu d'impact- sur l'entretien de la mémoire, et particulièrement où c'est utile, dans la société civile. Or c'est bien l'objectif de ce mémorial (3).
Un mémorial day aura cette portée, parce que les commémorations à date fixe impactent l'agenda de la presse. Chaque année, la presse se mobilise trois fois autour de son histoire et de son présent militaires : le 14-juillet (antennes ouvertes sur France 2 et TF1, comme jamais), le 11-novembre, et le 8 mai. Tout le reste, quoi qu'en soit le motif, est invariablement "trappé" comme on dit chez nous.
C'est donc sur ces dates (et non pas une date supplémentaire) que le mémorial day français doit surfer. Le 14 juillet est le plus adapté, car par nature, met souvent en valeur les combattants revenant d'opex, tendance chère à l'actuel GMP, le général Bruno Dary.
Un sujet qui vaut deux sondages, mis en ligne dans l'heure, auxquels je vous encourage à répondre.

(1) le porte-parole adjoint du ministère de la Défense a tenté de regagner le temps perdu, hier, au point presse, mais arrivant au lendemain de la communication de l'ADEFDROMIL et de la lettre de la mairie de Paris : l'effet est donc... désastreux, ce qui n'a échappé à aucun journaliste présent.
(2) la crainte d'une récupération politique d'une manifestation en faveur des blessés d'Afghanistan était perceptible, à l'automne. Que ce soit entré en ligne de compte ou pas, c'est comme cela que nombre de journalistes ont décodé l'empressement de l'armée de terre à communiquer (enfin) sur ses blessés.
(3) un officier me rappelle ce matin que la ville de Versailles a fait porter le nom du CPL Jean-Nicolas Panezyck, du 21e RIMa, tombé en août dernier, sur le monument aux morts de la ville. De même me rappelle-t-il aussi que la vile de Meze a baptisé une rue (en fait, une promenade) du nom du sergent Jean-Louis Novarro du RICM, tombé en juin 1992. Merci à ceux qui ont d'autres exemples, de noms de rues, de promotion, ou d'installations militaires, baptisées du nom de morts d'Afghanistan, de me le transmettre sur tanguy_press@yahoo.fr.

jeudi 28 avril 2011

+1 (billet d'humeur) (actualisé)

En lisant le dernier post de mon confrère Philippe Chapleau, j'adhère totalement au point de vue qu'il livre, un peu étonné, comme lui, du décalage existant entre les déclarations du CEMAT, sincère quand il évoque "l'indifférence" vis-à-vis de la mort de soldats. Et la réalité que nous vivons régulièrement dans l'exercice de notre métier de journaliste, quand nous souhaitons l'évoquer (1). Il est utile d'aller lire d'abord l'un et l'autre, avant de lire ce qui va suivre.
S'il est évident que la France n'accueille pas les soldats morts au combat comme le fait la Grande-Bretagne ou le Canada, comme le rappelle le CEMAT, il est vrai aussi, et comme le rappelle Philippe Chapleau, que les pratiques de communication ne sont pas du tout les mêmes. Des procès d'intention sur le travail de la presse, et les mêmes globalisations, toujours les mêmes, semblent étonnantes, quand elles ne sont pas injustes. Le rappel de quelques réalités, peut-être désagréables, mais qu'il faut rappeler, n'est pas inutile, pour permettre de bien mesurer de quoi on parle.
La cérémonie d'hommage aux Invalides, par exemple, n'était pas ouverte à la presse (ce qui peut facilement se comprendre par une volonté d'intimité pour les familles, mais alors pourquoi déplorer l'absence de la presse ?). Pas plus ouverte à la presse, d'ailleurs, l'arrivée de neuf blessés du BG Richelieu, à Orly. Le site internet du ministère de la Défense a donc pu, de fait, être le seul à pouvoir l'évoquer avec des photos. C'est donc que c'était possible.
Il est possible de couvrir ces évènements sans sombrer dans le voyeurisme ou dans le story telling morbide. Comme l'exprime Philippe Chapleau, dont le journal, Ouest-France, n'est pas connu pour son sens du voyeurisme.
Il faut, de plus, rappeler que l'ouverture des armées sur la question afghane, bien réelle désormais (avec la forte progression de l'opposition des Français...), est cependant très tardive puisque ce conflit a commencé il y a dix ans. Et jusqu'à l'été dernier, il m'était par exemple très difficile de faire mon travail de journaliste en Afghanistan. Il m'a même été impossible d'y mettre les pieds pendant deux ans.
Comme le rappelle le confère, jusqu'à une période très récente, et malgré des demandes récurrentes, il était impossible d'évoquer le sort des blessés de l'Afghanistan. Tout proportions gardées, un parallèle peut être établi avec ce qu'avaient vécu les blessés (russes) d'Afghanistan en leur temps : c'est un blessé français qui m'en avait fait la réflexion. Certains blessés, et leurs familles, qui les aident à se reconstruire moralement et physiquement, souhaitent cette médiatisation, bien au-delà des quelques sujets, par aileurs très encadrés, qui ont pu être réalisés jusqu'à maintenant.
Notons enfin et toujours qu'en Afghanistan, certains sujets qui n'ont rien de sensible restent interdits de couverture, comme l'action des gendarmes, que le patron de la Task Force La Fayette a pourtant encore loués ce matin.

(1) et rappelons-le, du temps (gratuit) que nous passons à alimenter nos blogs.

POST SCRIPTUM : le fossé existant entre la France et la Grande-Bretagne, pour ne pas dire la différence profonde, peut être mesurée par un récent hommage au Captain Lisa Jade Head, qui est morte le 19 avril des blessures subies en Afghanistan : pêle-mêle y parlent sa famille, ses frères d'armes, supérieurs et subordonnés, sapeurs, medics et paras. Au bout des 22.500 signes de témoignages très forts, seulement, figure la réaction du mindef britannique. Le tout donne une impression de sobriété, de fraternité, et permet de comprendre pourquoi cet officier de génie manquera à ses proches, et à ses frères d'armes, et pourquoi elle est morte là-bas. Ce texte n'est pas un article de presse mais l'...hommage effectué sur le site internet du MOD, qui démontre donc la très forte marge de progression que conserve son homologue français.

La bombe béton utilisée mardi contre un tank

La première utilisation d'une bombe au béton a eu lieu dans la région de Misratah, contre un char libyen, vient de révéler l'EMA. C'est un Mirage 2000D qui l'a tiré : ce chasseur est le seul type d'appareil à pouvoir actuellement la tirer, au terme d'une expérimentation menée tambour battant par le CEAM de Mont-de-Marsan.
On ignore quel type de kit de guidage (GBU-12 ou GBU-49) est utilisé.
Ces bombes pesant 300 kg, et, arrivant à une vitesse proche du son (300 m/s) développeraient une énergie cinétique de 13,5 mégajoules. Le tank n'a donc aucune chance.
Selon la même source, 216 missions ont été menées sur les sept derniers jours, dont 96 sorties d'attaque, 55 de reconnaissance, 21 de défense aérienne, 12 de détection et de contrôle aérien, et 32 de ravitaillement.

Gland perdu, dérive à changer... (actualisé)

Le 23 avril, un Mirage F1CR du 2.33 Savoie a connu un problème technique lors d'un ravitaillement en vol effectué de jour, au-dessus de l'Afghanistan, vient d'annoncer l'EMA. Le panier de ravitaillement du C-135FR a emporté la perche du F1CR, et le tout a fini dans la dérive du chasseur, qui a dû poser en urgence, mais sans encombre, sur la base aérienne (américaine) de Bagram, avec son ailier.
Ce dernier a redécollé dans la foulée pour le Detchasse de Kandahar. L'appareil endommagé dort par contre à Bagram : il va falloir lui changer la dérive, comme je ne l'avais pas compris ce matin, indiquant qu'il avait redécollé.
Le tanker n'était pas français, mais on ignore à la fois son type et sa nationalité. La plupart des tankers mobilisés en Afghanistan sont américains, mais il arrive également qu'y séjournent des KC-135 asiatiques.

Un nouveau présentateur Rafale

"Rut" (1), qui a mis sur pied la présentation Rafale dans l'armée a laissé le siège de l'appareil à un nouveau présentateur : le capitaine Mickaël Brocard. Il devrait dévoiler la nouvelle série, au CEMAA, à lInspection et aux responsables de la sécurité des vols, la semaine prochaine, avant de pouvoir la présenter en meeting, et notamment, au salon du Bourget, fin juin.

(1) le capitaine Cédric Ruet, du 1.7 Provence.

Le Javelin pas encore opérationnel en Afghanistan

Contrairement à ce que peuvent laisser entendre des écrits ici ou là, y compris sur le site du ministère de la Défense, le missile Javelin n'est pas encore déployé en Afghanistan. C'est le général Jean-François Hogard, patron de la TFLF3, qui vient de le confirmer, en réponse à ma question. Comme cela a toujours été prévu, le Javelin ne sera opérationnel qu'avec les unités (1er RCP et 152e RI) qui ont été formées avec, unités qui ne sont pas encore effectivement déployées.
Le COMTFLF évoque plus précisément le "prochain mandat" qui ne commence, de fait, que dans quelques jours.

La légion d'honneur pour un légionnaire britannique

Comment un sujet de sa grâcieuse majesté (1), accueilli par la Légion a reçu la Légion d'Honneur, alors même que l'armée de son propre pays n'en avait pas voulu ? Un portrait, signé Pascal Le Pautremat, dans le numéro anniverisaire de Raids explique le parcours de ce légionnaire qui ne mâche pas ses mots, en évoquant ses années Bosnie ("ne rien pouvoir faire, je trouve cela lamentable") et les motifs qui ont amené à ce titulaire d'un double séjour en Afghanistan à obtenir sa cinquième citation, en jouant un rôle-clé dans l'évacuation de forces spéciales américaines prises sous le feu (si cela ne vous rappelle pas quelque chose...).

Inde : Dassault ou Cassidian

Un Rafale de l'armée de l'air à Solenzara, dans une configuration classique : trois bidons de 2.000 litres, quatre AASM et deux MICA (crédit : Jean-Marc Tanguy)

Dassault Aviation et Cassidian sauront peut-être ce jeudi quelles sont leur chances d'emporter l'appel d'offres indien MMRCA, le marché de ce début de 21e siècle, pour plus de 120 chasseurs polyvalents. L'un et l'autre seraient convoqués aujourd'hui (date de fin de validité de l'appel d'offres) par les autorités indiennes (1), alors que leurs chasseurs -Rafale et Typhoon- sont en première ligne dans les opérations en Libye. Avec un avantage net au premier, qui a largué en Libye plus d'une dizaine de Scalp-EG, ainsi qu'une centaine d'AASM et un nombre indéterminé de GBU-12. Le pod Reco-NG a trouvé aussi, en moins de six mois, son troisième théâtre d'opérations, et confirmé son potentiel.
Ceci, bien sûr, sans compter le bilan déjà engrangé, sur le théâtre afghan : depuis 2001 par la marine, et depuis 2007 par l'armée de l'air.
Ce retex positif influera-t-il sur l'avis des autorités indiennes ? Réponse, aujourd'hui. Peut-être.

(1) Le Gripen suédois ne fait pas partie de la short-list, a-t-on appris hier soir, en forme de confirmation de ce que nous apprenions en fin d'après-midi.

mercredi 27 avril 2011

Un livre impressionniste sur le BG Hermes

La multiplication des livres sur l'Afghanistan, conséquence, peut-être, pour les plus récents, de la harangue du CEMA dans une enceinte parisienne, l'été dernier, génère une large variété de genres. Du journal de marche façon Nicolas Le Nen, incontournable dans la bibliothèque, au plus inclassable (en tout cas plus intimiste) "Engagé", écrit, avec la collaboration d'un civil, par Nicolas Barthe, un lieutenant du 21e RIMa, régiment qui a déjà eu les honneurs de l'édition il y a quelques jours.
La multiplications des ouvrages, à un rythme aussi soutenu, risque-t-il de tarir le genre ? Sans pour autant réussir, non plus, à intéresser les Français à l'Afghanistan : trop lointain, et surtout, pendant trop longtemps trop mal expliqué.Quand il était expliqué.
Difficile, aujourd'hui, donc, de récupérer un tel passif, presque neuf ans de guerre à l'abri des regards -c'est une partie du drame, en France, de l'Afghanistan, l'autre étant évidemment celui des morts et des blessés- avec un livre, avec des livres, si intéressants soient-ils ? L'ouvrage du lieutenant permet à ses lecteurs de se faire un avis assez vite, car le livre, peu jargonneux, se lit d'une seule traite. Pas de révélations à attendre sur les opérations elles-mêmes : si la mort des trois membres de la TF Hermès est bien évoquée, le livre n'apporte aucun détail, se contentant de rendre hommage aux deux marsouins (le LTN Lorenzo Mezzasalma et le CCH Jean-Nicolas Panezyck) et au sapeur (SCH Laurent Mosic). Quant au tir fratricide du 23 août, il n'y est tout simplement pas fait allusion. Si ce n'est à travers l'évocation des blessures graves infligées au chef des snipers, opéré à huit reprises.
Quelques petites infos qui ont échappé au crayon rouge sont distillées, néanmoins, aux quatre coins du livre finalement impressionniste. On apprend ainsi que le CEMAT a manqué de peu de se faire avoiner au RPG, cet été, alors qu'il roulait en VBCI, tête dépassant par l'écoutille, entre Nijrab et Tagab. Et un Milan français tiré en appui a manqué d'assez peu la colonne de véhicules dans laquelle il roulait... (1)
En guise d'accueil, les ultramarins du régiment lui ont présenté un "haka", à Tagab, tandis que les lieutenants, bien connus pour leur "devoir d'impertinence", ont réservé une "perche" (p.168) à leur cinq-étoiles suprême.
On apprendra aussi pourquoi une zone d'orpaillage en Guyane s'appelle désormais "Emilie" (p.223) et pourquoi les Nambikwara restent une valeur sûre pour les étudiants de Sciences Po (p.113). Sans oublier le tarif, pour un vol de cartes téléphone : un vol bleu (p.46). Et, en forme de rappel, les non-initiés comprendront l'utilité de la double dotation (p.178), qui devait, rappelons-le, être généralisée.

Engagé, Grasset (parution 4 mai), 264 pages, 17 EUR. Les bénéfices du LTN Barthe seront reversés à l'association Terre-Fraternité.

(1) Le tir a été annulé en vol : c'est tout l'avantage du filoguidé sur le tire et oublie, comme le Javelin. Qui aurait fait un beau carton ce jour-là...

La météo capricieuse pèse sur les sorties de l'OTAN

C'est la météo peu coopérative qui serait responsable de la nouvelle forte baisse de sorties de l'OTAN, ces trois derniers jours. Le résultat est visible sur l'activité communiquée quotidiennement par l'OTAN, qui a touché le fond, hier, avec un maigre total de 123 sorties, plus bas historique depuis que l'Alliance a pris les rênes des opérations, le 31 mars.
Le niveau de sorties d'attaque (hors SEAD) était de même assez faible, hier, avec seulement 52 sorties. C'est le troisième plus mauvais chiffre, en 27 jours d'activité.
Les moyennes se situent respectivement à 147 sorties/jour (total) et 61 (attaque), les maxima, à 184 (2 avril) et 79 (11 avril).
La France, premier contributeur en sorties d'attaque, et deuxième contributeur au total, a subi, comme les autres avions de l'Alliance, cette mauvaise météo. Par conséquent, le niveau record de sorties de la semaine dernière ne sera pas atteint.

Un monument pour les soldats morts en opex

C'est l'Adefdromil qui l'annonce : la mairie de Paris a donné son accord à l'érection d'un monument "à la mémoire des militaires morts en opérations extérieures". C'est un conseiller du cabinet du maire, Philippe Lamy, qui l'écrit, sans plus de détails, dans un courrier adressé à l'association, en date du 18 avril. Cette dernière avait écrit au maire de Paris, le 8 avril.
On n'a pas de précisions supplémentaires à vous apporter, car on ne peut pas parler à Philippe Lamy, sans que le service de presse de la mairie de Paris l'ait autorisé, et il n'y a pas d'attaché de presse libre à cette heure pour le faire. Le service de presse n'a pas non plus de détails, car il n'a pas produit de communiqué de presse sur le sujet. Il n'est jamais trop tard pour le faire.

Ejection d'un pilote de F-16 à Sigonella

Un pilote de F-16 émirati s'est éjecté au sol, ce matin, vers 11h35, sur la base italienne de Sigonella. Pour une raison inconnue, le pilote s'est posée à Sigonella, au lieu de Decimomannu, où les six F-16 et les six Mirage 2000-9 sont basés. On ignore aussi pourquoi le pilote a choisi de s'éjecter alors qu'il venait de se poser (1), peut-être la conséquence d'une sortie de piste : néanmoins, la procédure classique ne semble pas être l'éjection dans ce genre de cas..
La coalition n'a perdu, pour l'instant, qu'un F-15E (américain), abattu en Libye. Bonne deuxième en nombre de sorties et d'appareils engagés, la France n'a connu, pour l'instant, que des soucis mineurs (au moins trois),  en tout cas sans conséquence, avec ses Mirage F1CR.

(1) ce qui est possible, à vitesse et altitude nulles, sur un siège éjectable de nouvelle génération dit "0-0"

L'ambassade d'Abidjan a été envahie

C'est un petit scoop qu'a lâché ce matin le général Jacques Mignaux, DGGN, en révélant que l'ambassade de France à Abidjan avait été victime d'une "invasion", lors des récents évènements dans la capitale économique ivoirienne. Le DGGN, qui parlait au cercle Stratégia de Défense et Stratégie est resté évidememnt avare de détails mais il a néanmoins rappelé la transcription d'un message radio qui lui était parvenue, pour illustrer le sang-froid et le professionnalisme de ses hommes. "Tir de Kalachnikov dans l'ambassade, auteurs neutralisés" a-t-il sobrement raconté, avant de rappeler qu'à l'époque, 160 gendarmes opéraient en Côte d'Ivoire (1).
"Ils ont essuyé des tirs, et on aurait pu avoir des morts" a commenté le DGGN. "Trois d'entre eux ont été blessés", a complété le général Denis Favier, dont au moins un du GIGN.
Sept impacts de balles ont ainsi, notamment, été retrouvés dans un des véhicules occupés par des gendarmes. Dont un dans l'appuie-tête.
Comme les militaires de l'armée de terre, les gendarmes mobiles auront donc assuré un mandat de sept mois, puisqu'on était "dans l'impossibilité de les relever" a dit le DGGN. Ce qui vient d'être fait, la semaine dernière.
Avec un sourire en coin, le patron des gendarmes a rappelé que c'était avec des VBRG de 40 ans d'âge -un bon cru donc- que les mobiles étaient allés chercher des ressortissants isolés dans Abidjan. Le renouvellement de ces véhicules a été plusieurs fois repoussé aux calendes grecques, faute de budget (2).

(1) y compris du GIGN, comme ce blog l'avait rappelé.
(2) ce qui est le cas aussi et notamment pour des hélicoptères EC135, dont 25 exemplaires auraient dû être commandés.

Blue force tracking

Des gendarmes français ont assuré l'extraction d'une unité afghane pris sous le feu insurgé, a révélé ce matin le général Jacques Mignaux, patron des gendarmes. Pour des raisons difficiles à comprendre, la DGGN ne parle jamais ou presque la mission particulièrement risquée de ses hommes (1) dans ce pays, mais ce matin, le DGGN, qui parlait au cercle Strategia de Défense et Stratégie, l'a évoquée dans des termes particulièrement flatteurs, citant précisément les combats du 10 avril.
Selon le DGGN, les gendarmes, qui assuraient une liaison vers une unité américaine, ont assuré l'appui d'une unité afghane piégée sous le feu, lui permettant de se dégager.
Les gendarmes français, de toutes spécialités, du technicien d'identification criminelle (TIC) en passant par le gendarme mobile affecté en POMLT sont un peu moins de 200. Un général de gendarmerie a pu mesurer, il y a quelques semaines, le degré d'engagement de ces hommes, à toute heure du jour et de la nuit.
Ce sont les escadrons de gendarmerie mobile de la région lyonnaise qui assureront la relève des POMLT, à l'automne. Selon le sénateur Jacques Gautier, également présent ce matin au cercle Stratégia, l'EMA aurait demandé à la DGGN d'injecter deux POMLT supplémentaires dans la zone française, où oeuvrent déjà quatre unités de ce type. Le DGGN n'a pas commenté.

(1) les gendarmes n'ont encore perdu aucun des leurs. Néanmoins, un de leurs 4x4 blindé avait sauté sur un IED du côté de Mahmoud-E-Raqi, il y a un an et demi, a rappelé le DGGN.

17 Tigre opexables sur 30 livrés

L'ALAT a reçu le 15 avril son 30e Tigre. Il en reste encore 50 à livrer, si le programme va jusqu'à son terme. Sur ces 30 appareils, seulement 16, à Pau (5e RHC et 4e RHFS) sont "aptes au combat", donc, ont la capacité opex. Un 17e l'aura prochainement.
Le reste des appareils est employé à l'école franco-allemande (EFA), qui accueille, depuis l'été, une filière espagnole, insérée dans la française, ainsi qu'au GAMSTAT.

mardi 26 avril 2011

Un Ematien remplace un futur Ematien

C'est le colonel Frédéric Gout, actuellement en charge des relations extérieures de l'EMAT, qui va prendre le commandement du 5e RHC, à l'été. Il y remplacera un des plus jeunes colonels de l'armée de terre (41 ans), par ailleurs polytechnicien. Ce dernier est actuellement en charge du bataillon hélicoptères à Kaboul (1), avant de partir, à l'été, pour l'EMAT.

(1) lui succèdera à Kaboul l'actuel commandant du bataillon d'hélicoptères de reconnaissance et d'attaque (BHRA) du 3e RHC.

Les futurs généraux air de l'outremer

C'est le général de brigade aérienne Bernard Metz, actuel chef d'état-major du commandement de la force aérienne, qui commandera à l'été les forces françaises en Guyane (FFG), remplaçant le général Jean-Pierre Hestin. Un poste traditionnellement confié aux aviateurs, et, dit-on, régulièrement convoité par l'armée de Terre. Le général Metz, qui prendra, au passage, une troisième étoile, avait été, précédemment, chef de cabinet du CEMA.
Son prédécesseur au CFA, le général Thierry Caspar-Fille-Lambie était devenu, entretemps, commandant interarmées de Djibouti. Il sera remplacé, cet été, par le colonel William Kurtz, actuel chef du Sirpa Air. Vétéran de la guerre du Golfe, sur Mirage F1CR, ce dernier avait également commandé la patrouille de France (1994). C'est un commandant de base qui est pressenti pour lui succéder.
Arrivés colonels, les derniers chefs de Sirpa Air sont tous sortis généraux. William Kurtz est néanmoins un des premiers à se voir confier un commandement interarmées à l'issue de son mandat (1).

(1) Robert Gosset avait également commandé l'EMFIA, à Creil.

dimanche 24 avril 2011

Le F1CR était à dix minutes de l'éjection

Le pilote d'un des deux Mirage F1CR qui a dû effectuer un atterrissage d'urgence cet après-midi à Malte, vers 14h20, était à dix minutes de l'éjection. C'est l'ambassadeur français qui l'a confié aux confrères du Times of Malta, expliquant que le "problème était sérieux". C'est l'hydraulique, vieux problème des avions vieux, qui serait en cause.
Les deux chasseurs revenaient d'une mission en Libye, et comme le rapporte un des pilotes, dans sa conversation avec la tour de contrôle, il ne portait pas de bombes, mais des obus (pour le canon). C'était donc une mission de reconnaissance avec pod Presto, et non d'attaque au sol.
Selon les confrères, des techniciens français devaient venir réparer l'appareil. Un des deux Mirage F1CR est le 112-CL, qui avait déjà dû, le 20 avril, poser à Malte après ce qui avait été présenté comme un problème de carburant. C'était alors la première mission avortée en moins d'un mois d'opérations aériennes, ce qui est peu, vu le cadencement des opérations.
Un Mirage F1CR avait dû renoncer à prendre la direction de la Libye, le 29 mars, mais avait été remplacé au pied levé par un spare : la mission n'avait donc pas été annulée.

Gecko-Predators : 0-1

Les Etats-Unis refusaient hier de détailler les objectifs, et notamment, le premier tiré par leurs drones Predator opérant au-dessus de la Libye, l'OTAN vient de se charger de livrer quelques élemnents sur ces derniers. Le premier tir, intervenu samedi, aurait détruit un lance-roquettes multiple (LRM) à Misratah, à 11 heures GMT. Un deuxième tir serait intervenu hier soir à 20h40 GMT sur un SAM-8 Gecko, à Tripoli. Très sérieusement -comme elle le fait d'ailleurs en Afghanistan-, l'OTAN assure avoir attendu que des civils qui jouaient au football aient terminé leur partie, avant de tirer le SA-8.
L'Alliance recommande, une fois de plus aux civils libyens de ne pas rester à côté des installations militaires.

Une légende est partie

Le général Lecerf à l'endroit qu'il préférait : au milieu des combattants. Ici avec les paras du 8e RPIMa, en Kapisa. (crédit : 8e RPIMa).

Le général Antoine Lecerf est mort vendredi des suites d'un cancer contre lequel il se battait depuis des années. La nouvelle devrait frapper une bonne partie de militaires de l'armée de terre qu'il a commandés, à un moment ou un autre, mais au-delà, même. Car ce fantassin qui avait grandi en légion avait une culture interarmes et interarmées très développée et n'hésitait pas à soutenir la conversation avec les aviateurs qui passaient à sa portée, comme ce 25 septembre 2008, quand il avait pris du temps pour remercier des équipages de Caracal du Pyrénées qui étaient allés chercher "ses" paras, en Uzbeen, un mois plus tôt.
Il avait mis sur pied la préparation opérationnelle différenciée, qui avait mené aux mises en condition opérationnelle actuelles, sésame pour l'Afghanistan, et, avec son aîné, le général Elrick Irastorza (alors MGAT), l'adaptation réactive, visant à envoyer au plus tôt les meilleurs matériels disponibles dans la chaudière afghane.
Le CEMAT vient d'ailleurs de nous confier l'estime qu'il avait pour son camarade, qui lui avait succédé à la tête l'opération Licorne : "ce n'était pas un subordonné, on se connaissait depuis plus de 20 ans, on se comprenait, on n'a jamais eu un différend. C'était un homme de confiance, on travaillait donc en totale confiance. Et ses subordonnés lui vouaient un amour filial."
Il le leur rendait bien. Le 12 mars, ce blog rappelait une de ses récentes citations : "Pourquoi un jeune français meurt-il en Afghanistan ? La France, le drapeau tricolore, non, foutaises ! Il meurt pour son copain, son sergent, son lieutenant, son colonel. Pourquoi ? Parce que, lorsqu'on tutoie la mort au quotidien, il se créée une alliance sacrée. Cela s'appelle tout simplement l'amour".
Ce général atypique ne refusait pas, parfois, à faire dans l'autodérision, évoquant en comité réduit son mai 1968 à lancer des pavés. Authentique ou pas, l'anecdote se mariait en tout cas avec le personnage, rugueux, volontiers provocateur et rentre-dedans, profondément patriote. Soldat légendaire, au parler rocailleux et facilement intelligible, il était respecté, et parfois même, adulé par ceux qui l'avaient servi. "Il vous testait, la première fois, comme our savoir s'il pouvait vous faire confiance, mais c'était quelqu'un d'extrêmement attachant, et proche de nos préoccupations" me résumait ainsi un officier sorti du rang qui avait servi sous ses ordres en Côte d'Ivoire.
Déjà, à cette époque, le légionnaire a un parcours extraordinaire, commencé au 2e REI : chef de section, commandant de compagnie, chef BOI dans le Golfe (1), il en est chef de corps, lorsque le régiment envoie ses mortiers dans le cadre de l'opération Balbuzard Noir, évoquée dans le prochain RAIDS. Ses mortiers de 120 mm iront mettre de l'ordre chez leurs homologues serbes, qui pilonnent, alors, Sarajevo, sa population et ses casques bleus.
Alors que l'armée de terre sortait frappée de l'embuscade d'Uzbeen, et devenu commandant des forces terrestres, il n'avait pas hésité à répondre à mes questions pour une longue interview dans RAIDS, le 16 octobre 2008, et à refuser toute forme de misérabilisme sur le plan du matériel.

Il m'avait notamment rappelé avoir sur son bureau cette phrase de Samuel Fuller : " as long as we need remain amateurs, we shall be surprised sometimes by the substance of the ennemy, but more often by the shadow of our ignorance".

(1) voici une anecdote tirée de l'ouvrage du Col Nicolas Casanova (Tempête du Désert, un peloton de légionnaires cavaliers dans la première guerre du Golfe) : "finalement, en arrivant sur le site, je frappe à la porte d'un VAB. Un lieutenant-colonel bourru portant de superbes Ray-Ban me répond. Ce n'est pas le véhicule de commandement du chef de corps, mais celui du chef opérations. Je me fais juste chahuter comme un jeune lieutenant (...) C'est le premier contact avec le futur général Lecerf".



Le général Lecerf avec ses célèbres Ray-Ban, en septembre 2008, jour où il consacrera de longues minutes aux équipages d'hélicoptères de l'armée de l'air qui avaient extrait les blessés d'Uzbeen, un mois plus tôt. (crédit : Jean-Marc Tanguy).

Pourquoi il faut étudier le rachat des Cougar néerlandais

La France n'a que très rarement acheté des surplus à ses alliés. Néanmoins, la gravité de la situation de l'aéromobilité française, décrite il y a déjà plusieurs années par des rapports parlementaires successifs, impose de prendre rapidement des mesures. Pour préparer ses équipages à l'Afghanistan, où opèrent 13 hélicoptères, l'ALAT a eu beaucoup de mal à en aligner autant, lors d'un contrôle opérationnel effectué la semaine dernière, à Pau.
La tension est particulièrement perceptible sur la flotte Cougar (23 appareils), du fait du fort taux de déploiement de ses appareils (3 en Afghanistan, au moins autant en Afrique) et d'une opération de rétrofit de la flotte.
Cette opération doit durer au moins trois ans, mais la situation ne se simplifiera pas par la suite. Car les Puma, actuelle bête de somme de l'ALAT, ne seront bientôt plus que 48. Le calcul partait du principe que le NH90 arriverait à l'heure et en nombre. Mais il y a peu de chances, après 2012, que tous les beaux modèles élaborés survivent à la réalité budgétaire et polotique. Au mieux, le programme NH90 sera étalé, au pire, amputé et étalé.
Bien sûr, il serait possible d'étaler le retrait des Puma français. Mais ces appareils n'ont pas la capacité d'emport des Cougar. Et leur âge -le Puma est né en 1967- les condame. L'appareil a déjà connu de multiples problèmes liés à son âge.
Le Cougar est un bon compromis. Et les Cougar néerlandais, plus que les autres, puisque ces appareils, utilisés en Afghanistan, ont de meilleures capacités d'autoprotection que les nôtres.
Il faut donc se pencher sur le rachat de ces capacités : elles seront disponibles assez vite, et au prix de l'occasion. Le gouvernement a dit qu'il ne conserverait que trois appareils sur les 17 actuels, dans l'attente du... NH90.
Quitte, même, à défendre auprès de l'UE une forme de financement : l'UE défend depuis des années le fait qu'il n'y a pas assez d'hélicoptères, etc (1). La France peut ainsi défendre son leadership, et défendre le noyau d'une unité européenne. En Europe, Français, Espagnols, Grecs, Allemands (et donc les Néerlandais, et même les Suisses, qui ne sont pas membres de l'UE...) utilisent des Cougar/Super Puma : les volontaires ne manqueraient donc pas.
Aujourd'hui, toutes les crises, y compris les crises intérieures, nécessitent des hélicoptères. Il n'est même plus question d'en avoir suffisamment, mais de les avoir en état de vol au moment où on en aura besoin.
Le rendez-vous néerlandais ne peut être manqué. On a déjà manqué le rendez-vous d'un rachat de CH-53 allemands, qui nous auraient bien facilité la vie, en Afghanistan. Evitons une deuxième erreur que l'on paiera forcément comptant.

(1) on avait eu beaucoup de mal à trouver dix malheureux hélicoptères pour l'Eufor Tchad/RCA. Depuis, l'UE et l'OTAN ont financé quelques programmes en faveur des hélicoptères du bloc de l'est. Mais on le voit bien avec la question libyenne, les pays de l'est ne sont pas très motivés par les questions géopolitiques, et la situation de leurs voisins. Peu d'entre eux (Pologne, Tchéquie) ont d'ailleurs déployé des hélicoptères en Afghanistan...

samedi 23 avril 2011

Hard landing en Alasay : un mort (actualisé-4, 23h)

Un hélicoptère de l'ISAF américain, sans doute un OH-58D Kiowa Warrior, a dû effectuer un atterrissage forcé en Alasay ce matin, en milieu de nuit. Un de deux pilotes est mort sur place des suites des blessures subies pendant le crash, précise ce soir l'ISAF, qui explique également que l'endroit a été assez rapidement sous le feu insurgé. Des moyens aériens et terrestres américanis ont été mis en oeuvre, en pleine nuit, pour dégager les deux pilotes. Un QRF française a participé à cette opération de récupération. Aucun français n'a été touché dans les combats. Vu l'endroit, la QRF (quick reaction force) française a été activée sans doute de la FOB Kutchbach de Tagab. Aucun aéronef français n'aurait été impliqué.

L'appareil serait particulièrement endommagé : le sort souvent réservé à ce genre de reliquat est un tir de bombe guidée, ou quelques paquets d'explosifs.
Les Français sortent d'une opération dense en vallée d'Alasay : c'est là qu'un gunner de la TF Mousquetaire et trois autres militaires du BG Alllobroges ont été blessés, la semaine dernière.
La vallée d'Alasay est une des vallées qui pose le plus de problème à la task force La Fayette, avec la vallée de Begraou voisine.
La récupération au combat est essentielle : l'ISAF ne peut pas se permettre, actuellement, de devoir composer avec une affaire de militaires pris en otages. Cette capacité incontournable fait donc partie, sans surprise, des situations répétées comme du papier à lettres : cette semaine, les navigants de la future TF Mousquetaire ont précisément travaillé sur une mission de ce type, largement inspirée d'un hard landing de Tigre en Surobi, le 5 février. A l'époque, c'est un CH-47 américain qui avait récupéré les deux morceaux du Tigre.

vendredi 22 avril 2011

GAN : une escale pas exclue

Le groupe aéronaval (GAN) français, le seul à opérer devant la Libye, pourrait être amené à faire un break de quelques jours dans un port méditerranéen. La décision, évidente n'a pas été formellement prise, mais elle a déjà fait l'objet de réflexions très avancées. Une confirmation traduirait le besoin, pour les personnels du GAN, de recharger les batteries, ce qui n'avait pas été totalement fait entre le retour d'Agapanthe 2010 et leur retour à la mer. Quoiqu'on n'ait pas de stastiques fiables sur le sujet, le rythme semblerait assez élevé pour les navigants du groupe aérien embarqué (GAE) avec quatre à six largages par jour. Le temps entre deux missions serait plus court, aussi, dans la marine que dans l'armée de l'air, comme ce blog avait déjà pu l'expliquer. L'armée de l'air a déjà pu, elle, effectuer une relève de ses pilotes, après une cinquantaine d'heures de vol en moyenne par navigant.
Le nombre de pilotes qualifiés dans l'aéronavale est structurellement extrêmement faible, on les compte sur les doigts de cinq mains, et le format humain actuel de l'aéronavale ne comporte pas le moindre bout de gras. A titre d'exemple, il n'y a que deux officiers d'appontage, des hommes expérimentés pourtant essentiels pour faire le fonctionner le PA.
Un rythme trop haut pourrait avoir générer des risques difficiles à accepter en termes de sécurité des tirs, ou des vols.
Ce même rythme imposé aux navigants l'est, de la même façon aux appareils et leurs maintenanciers, où, là aussi, et comme ce blog l'a déjà expliqué, la marine ne dispose d'aucune réserve. Les no-fly days (NFD), tombant à période fixe, n'étant qu'une légère marge de manoeuvre pour faire souffler cette base aérienne qui flotte à 15 minutes de vol de la Libye.
L'autre problème, qu'il ne faut pas escamoter, repose dans la capacité de la France à trouver une façon de compenser l'absence de la quinzaine de sorties actuellement assurées par la marine. Si c'est possible : l'armée de l'air a réussi, à plusieurs reprises, à rendre indolores pour l'OTAN les NFD du PACDG. Le faire plusieurs jours d'affilée, même avec des Mirage 20000D relocalisés à Suda, sera difficile.

300 (actualisé)

Créé il y a 25 ans par son actuel rédacteur en chef, Eric Micheletti, RAIDS sort le mois prochain un numéro à compte rond : le numéro 300. Le rubriquage habituel a été en partie cassé (1) pour donner la parole aux soldats, avec une trentaine de témoignages couvrant 25 années d'opérations extérieures parmi lesquelles :
. la guerre du Golfe, avec des témoignages d'officiers et de sous-offfciers du 1er Spahis et du 1er RI.
. la Bosnie, avec le témoignage du général Gobillard, qui commandait le secteur de Sarajevo quand les Serbes effectuèrent des prises d'otages sur les casques bleus, et tentèrent leur coup de force à Vrbnja. Le général révèle, pour la première fois, comment la décision de reprendre le pont fut prise. Un très long développement est aussi effectué sur une opération que l'histoire a oublié : Balbuzard Noir, l'opération extrêmement risquée qui devait permettre de libérer les otages de Sarajevo. Opération dont nous avons retrouvé les principaux protagonistes -hélicoptéristes des 3e RHC et 5e RHC et marins sur le porte-avions et le TCD Ouragan- de cette opération qui pratiquait l'interarmes avant l'heure.
. l'opération DC04 au Kosovo, avec le témoignage du chef de corps de l'époque, le général Didier Brousse (8e RPIMa) et du chef opérations du dispositif de Transall (3.61 Poitou).
. l'Afghanistan, avec les témoignages d'un commandant de SGTIA de la TF Chimère (8e RPIMa) et d'un médecin du 2e REP, engagé à deux reprises, à Uzbeen en 2008, puis avec son régiment, en 2010.
. la Côte d'Ivoire, avec un témoignage d'un commandant d'unité du 2e REP, plongé au coeur de combats violents.
. le général de division Denis Favier nous livre son analyse de l'évolution du GIGN et du contre-terrorisme, depuis 1986.
. L'interview du contre-amiral Philippe Coindreau permet de mesurer la diversité d'engagement des marins. Patmariste, le CA Coindreau a opéré au-desus et au large de l'Afrique -contre les pirates-, au large du Kosovo (1999) et de l'Afghanistan (2001). C'est ce contre-amiral atypique qui commande, depuis le 19 mars, la TF473 qui est engagée au large de la Libye.
. L'opération Harmattan est bien sûr directement couverte, avec trois témoigages inédits de pilotes de Rafale et celui du commandant de la base aérienne 113 de Saint-Dizier, d'où sont partis les premiers raids. Notons que le premier numéro de RAIDS, en 1986, évoquait précisément... le colonel Kadhafi, déjà pas fréquentable.
. deux hauts responsables ont accepté de livrer leurs analyses et leurs souvenirs au magazine : le général Benoît Puga, chef d'état-major particulier du président de la République a servi de Kolwezi jusqu'au COS et à la DRM, après avoir commandé le 2e REP (2). Le VAE Bernard Rogel, sous-chef opérations de l'EMA et sous-marinier d'origine, coiffe aujourd'hui le CPCO, coeur battant des opérations, et les urgences opérations : il a accepté de nous expliquer comment les théâtres sont aujourd'hui soutenus depuis Paris et comment est géré, au niveau stratégique, l'engagement opérationnel des soldats.

(1) la rubrique d'actualité sur l'armée française est néanmoins conservée, avec un point sur Harmattan, la Côte d'Ivoire, la venue en France du RAF Regiment au CPA20 et le nouveau brouilleur actif anti-IED développé par Bull.
(2) un récit détaillera son engagement dans les opérations Pélican/Alamandin.

TSEF : 19 questions, une réponse

Un bouchon commençait à se former : le ministère de la Défense a enfin répondu, ce 21 avril, à 19 questions écrites de sénateurs tournant autour du même thème, les TSEF (techniciens supérieurs en études et fabrications, en catégorie B).
Ces derniers, en conflit larvé avec la DRMD depuis des mois, ont manifestement travaillé au corps leurs élus. Certaines questions avaient été envoyées au ministère en septembre dernier...
Si l'on se fie à la dernière réponse en date -le dossier a déjà fait l'objet de plusieurs rebondissements-, 800 TSEF seraient intégrés comme IEF (ingénieurs études et fabrications, en catégorie A donc) en 2011, et autant en 2012. Cette dernière année, le ministère décidera combien de TSEF il voudra faire changer de catégorie. Entretemps, TSEF et TMD (techniciens du ministère de la Défense) seront fondus dans une catégorie TSEF rénovée. Le ministère promet 80 euros de bonification, "et des reprises d'anciennété.

7.300 marins et 47 navires en mer ! (actualisé)

C'est un plus-haut historique, si on le rapporte aux moyens, contraints d'aujourd'hui : la marine nationale engage actuellement en mer 7.300 marins (le coeur "embarqué" de la marine est de 12.000 marins) et 47 navires de toutes tailles en mer. Un chiffre évidemment tiré par les opérations en Libye, mais pas seulement, du fait, notamment, des opérations antinarcos réalisées avec d'imposants bilans, aux Antilles (trois prises en quelques semaines) et du déploiement du Mistral en mission Jeanne d'Arc.
Selon le point lybien effectué hier par l'EMA, Harmattan consomme actuellement notre unique porte-avions, le pétrolier Meuse, l'aviso Le Hénaff, les frégates Montcalm et Forbin, ainsi qu'un ou plusieurs SNA, le doute persiste, puisque le ou les submersibles ne sont pas nommés. Le Rubis a néanmoins relâché dans un port méditerranéen il y a quelques jours...
La moyenne de marins à la mer, en 2010, était fixée à 4.043 marins (sur 31 navires). Le maximum avait été atteint le 19 novembre, avec 6.090 marins, sur 42 navires.

L'externalisation se livre

Mon confrère Philippe Chapleau, journaliste à Ouest-France et blogueur (Lignes de défense) sort "Les Nouveaux entrepreneurs de la guerre : des mercenaires aux sociétés militaires privées" (Editions Vuibert, 242 pages). Le livre est pédagagique, pour les chapitres, consacré à la France, sur lesquels je me suis concentré -le temps manque pour lire...- et donne des éléments du débats, notamment les limites de l'exercice.
L'auteur, qui a travaillé de longues années en Afrique du sud, possède une bonne connaissance de la grande bullle des SMP, pour lequel son blog est d'ailleurs une bonne source d'informations en Français. A découvrir, donc.

jeudi 21 avril 2011

Sorties : la France a tenu parole

A une époque où il est toujours mieux de faire le contraire de ce que l'on dit (1), la France, elle, a au moins tenu parole, en effectuant, ces sept derniers jours, beaucoup plus de sorties que la semaine glissante précédente, et encore plus que celle d'avant. Pour dire les choses plus clairement encore, le nombre total de sorties effectuées au-dessus de la Libye a augmenté de 20% en sept jours, soit une moyenne de 36 sorties/jour.
La progression est particulièrement marquée pour les sorties d'attaques (+40%), à 135 sorties, soit 19 par jour. Un niveau soutenu, si l'on considère que le nombre d'avions n'a pas singulièrement augmenté, et que le niveau des sorties de reconnaissance -dont une partie effectuées par les Rafale, détournés donc des missions d'assaut- a légèrement augmenté (+8%).
Les avions de détection et de contrôle augmentent leur activité de 50%, tandis que les "nounous" et les tankers sont à la fête, avec une progression de 33%.
Il est difficile d'analyser ses chiffres plus finement, faute de bilans quotidiens, et de détails disponibles. Aucun no-fly day du PACDG n'est venu, cependant, grever le bilan : son potentiel est estimé à une quinzaine de sorties par jour.

(1) on pourra noter le décalage flagrant entre la réthorique guerrière de bien de pays de l'Alliance et le nombre très limité de moyens utiles (donc d'attaque de précision) apportés en renfort ces derniers jours. En ce sens, les généraux de l'Alliance peuvent légitimement affirmer qu'ils font au mieux... avec ce qu'on leur donne.

200 Milan n'ont pas été livrés à Kadhafi (actualisé)


Un tube de lancement de missile Milan récupéré par un habitant d'Ajdabiyah, photographié par une équipe d'envoyés spéciaux de RFI. On ignore cependant, qui, des insurgés ou des forces gouvernementales, ont utilisé cette arme antichar déjà utilisée, dans les années 80... au Tchad. (crédit : DR)

En réponse à nos interrogations sur l'usage de missiles Milan en Libye et le nombre de missiles livrés aux troupes du colonel Kadhafi, le ministère de la Défense a repris les termes d'une interview d'un responsable de MBDA par France 3 Centre, réalisée hier. 200 missiles "bons de guerre" n'auraient pas été livrés, du fait de l'embargo sur les armes, qui sont donc à retrancher du millier commandé : 800 auraient donc été réceptionnés.
En présentant ses résultats le 18 mars, Antoine Bouvier, PDG de MBDA avait évoqué le fait que les livraisons avaient été interrompues, et que la formation des militaires libyens n'avait pas été effectuée par sa société.
Les témoignages d'usage de missiles Milan par les forces libyennes se multiplient, néanmoins, et les insurgés ne se privent pas pour les exhiber devant les journalistes français envoyés spéciaux en Libye.
Des livraisons de Milan aux insurgés libyens ont également été évoquées à plusieurs reprises, mais pas confirmées officiellement.

230 coups de 155 tirés en Alassay (actualisé)

L'opération Eternal Blacksmith (11-14 avril) qu'on a déjà évoqué sur ce blog a connu un déluge de feu puisqu'au moins 230 obus de 155 mm (le chiffre de près de 300 a été évoqué par des sources officieuses) ont été tirés sur la vallée d'Alassay par les Caesar, sans compter l'action des mortiers de 120 mm. Deux chasseurs américains ont également largué à deux reprises.
40 insurgés ont été "neutralisés" selon l'EMA, qui évoque 30 morts, des blessés, et cinq prisonniers transmis aux forces de sécurité afghanes. Ces dernieères ont perdu un de leurs soldats.
En outre, comme nous l'avons déjà évoqué, quatre militaires français ont été blessés, certains gravement. Deux chasseurs alpins du 7e BCA ont notamment sauté sur des mines anti-personnels (et non des IED, comme nous le pensions). Ils ont dû, tous les deux, être amputés d'un membre, avant d'être évacués vers la métropole, avec un gunner de la TF Mousquetaire.

Un Morphée pour les blessés du BG Richelieu

Un C-135FR des forces aériennes stratégiques (FAS) va bel et bien décoller pour stratévaquer les blessés du BG Richelieu, comme nous le pressentions dès hier. L'appareil devrait quitter sa base d'Istres en fin d'après-midi.
Les C-135FR assurent en permanence l'astreinte Morphée, en plus de la contribution à la dissuasion, et, actuellement, évidemment, les opérations en Libye.

Nouveaux détails sur le CPL Rivière (BG Richelieu)

Comme l'atteste le brevet porté par le CPL Alexandre Rivière sur sa photo, publiée par l'armée de terre, ce militaire expérimenté pour son jeune âge était breveté tireur de précision et tireur d'élite. Présent en Afghanistan depuis le 4 décembre, il était employé comme tireur de précision au sein du SGTIA Les Boucs, formé autour de la 2e compagnie du 2e RIMa.
Rappelons que les trois derniers morts du 2e RIMa avaient été enregistrés à Bouake, lors de l'attaque de chasseurs ivoiriens.
C'est le  2e RIMa qui avait contribué à la destruction des moyens aériens, consécutivement, avec des tirs de missiles Milan et Eryx.

mercredi 20 avril 2011

In memoriam : CPL Alexandre Rivière (BG Richelieu/2e RIMa)

Le caporal Alexandre Rivière, tué aujourd'hui en vallée de Tagab par un IED, était âgé de 23 ans, et était déjà marié et père d'un enfant. Il s'était engagé au 2e RIMa le 6 février 2007. Il avait servi au Tchad au sein de l'Eufor Tchad RCA de mars à juin 2008 puis en RCI, au sein de Licorne, de juillet à octobre 2009.
L'Afghanistan était sa troisième opération extérieure en quatre ans de service : il avait donc emmagasiné une expérience opérationnelle très riche, en très peu de temps.
Il était arrivé en Afghanistan le 4 décembre, et devait donc réintégrer Auvours dans moins de deux mois.

Le recours à Morphée pourrait s'imposer (actualisé)

L'ampleur du bilan de l'explosion d'un IED en vallée de Tagab cet après-midi (un mort, neuf blessés dont trois graves) pourrait amener l'EMA à activer un C-135 Morphée des Forces aériennes stratégiques (FAS), recours qui n'est pas encore tranché à l'heure où nous écrivons. Les trois blessés graves peuvent théoriquement être évacués dans deux Falcon de l'ETEC-un 900 et un 50- mais cette flotte, très sollicitée actuellement, n'est peut-être pas la plus adaptée.
Le recours à un C-135 FR semble plus logique -même si la flotte de tankers ne manque pas non plus de travail actuellement- : il peut évacuer jusqu'à onze blessés d'un coup, dont des blessés sous réa.

Le contrat opérationnel du service de santé des armées (SSA) et de l'armée de l'air est de pouvoir prendre l'air en six heures, au déclenché. En règle générale, les blessés graves intègrent un hôpital en France moins de 24 heures après avoir été touchés.
La réactivité d'un tel système d'évacuation aérosanitaire -quand il existe- est rarissime dans les armées occidentales, comme nous l'avons déjà signalé sur ce blog.

Un 56e soldat français est mort (actualisé-3)

Un jeune caporal du 2e RIMa (BG Richelieu) a été tué par l'explosion d'un IED, cet après-midi, vers 16 heures, à proximité du village de Payendakhel (vallée de Tagab). 10 militaires ont été touchés au total : trois d'entre eux sont blessés grièvement. Ces blessés ont été évacués par route vers le COP Hutnik, tout proche, et de là, évacués vers le rôle 3 français de KAIA, par hélicoptères de la TF Mousquetaire.
Deux vagues successives ont été nécessaires pour évacuer ces blessés.
Le BG Richelieu est désormais engagé en permanence dans Endurance, une opération de contrôle de zone visant à péreniser la sécurité en vallée de Tagab.
Les marsouins d'Auvours étaient arrivés début décembre en Surobi. Leur GTIA regroupe des artilleurs du 11e RAMa, des sapeurs du 6e RG -qui arment également la fouille opérationnelle- et un élément blindé du RICM.
Le RICM et le GTIA avaient déjà perdu un ses siens, le CCH Hervé Guinaud, tué le 8 janvier.
Comme tous les GTIA partant pour l'Afghanistan, les marsouins et leurs appuis avaient bûché le sauvetage au combat. Un exercice Medic'hos, organisé par le CITERA (centre d'instruction des techniques de réanimation de l'avant) de Brest et les commandos marine de Lorient avait aussi été organisé à Auvours pour leurs équipes médicales. Entre autres scénarii, les médecins, infirmiers et auxsan avaient travaillé sur un cas les amenant à traiter sous le feu un grand nombre de blessés.

Malte, l'île des Mirages (F1)

Ce sont des Mirage F1CR du 2.33 Savoiequi ont effectué un poser d'urgence à Malte, et non des Mirage 2000 comme je l'écrivais en début d'après-midi. Le type est facilement identifiable sur une vidéo et des photos visibles sur le Times of Malta. Les appareils, dont le 112-CL, sont gréés en configuration reconnaissance, avec le pod Presto et nacelles de brouillage et de lance-leurres.
Les bons connaisseurs du F1CR peuvent imaginer ce qui a pu arriver. L'hypothèse d'un gland cassé est en tout cas à exclure : on les voit tous les deux intacts...
Le journal précise que les deux appareils sont restés quelque 2h30 à Malta, redécollant vers 16h30. Sans doute pour la Corse : ces appareils opèrent encore depuis Solenzara, quoiqu'on les ait évoqués partants pour Suda, où sont déjà les Mirage 2000D.

Malte, l'île aux Mirage (actualisé)

Après les Mirage F1 du colonel Kadhafi, apportés par deux défecteurs, ce sont deux Mirage F1 -et non 2000 comme on l'a appris ensuite- français qui ont posé, aujourd'hui, sur l'aéroport (civil) de Malte. Ce sont les autorités locales, aéroportuaires, qui ont communiqué l'information à l'agence France-Presse, évoquant un niveau minimal de carburant. On n'a pas de précisions, pour l'instant, côté français, de ce qui a pu amener ces appareils à se poser.
Un problème de gland cassé peut être à l'origine d'un tel poser d'urgence, tout comme un rendez-vous raté avec un ravitailleur, ou encore un souci sur le circuit carburant.
C'est, en tout cas, la première fois qu'un tel poser est évoqué depuis le 19 mars, pour les forces aériennes françaises. Et ce sont les premiers aéronefs de la coalition contraints et forcés, à poser sur la petite île, qui se tient prudemment à l'écart des opérations militaires contre la Libye.
Les Mirage F1CR sont basés à Solenzara.
Tous les Mirage 2000 français et -qataris- opèrent désormais de Suda. Quatre appareils y étaient arrivés le 18 mars, et deux autres, le lendemain. Les seuls Mirage 2000 qui ont échappé aux sirènes crétoises sont ceux des EAU, des 2000-9 basés en Italie.

mardi 19 avril 2011

Un gunner du 5e RHC et deux Allobroges blessés en Alassay (actualisé)

Un Cougar de la TF Mousquetaire en Kapisa, en décembre dernier. Les Cougar ont été les premiers hélicoptères de l'ALAT -du 1er RHC en l'occurence- déployés quelques mois en Afghanistan en 2007, à l'époque, pour relever les Caracal du Pyrénées. (crédit : Jean-Marc Tanguy).

Nouveau signe de la résolution des insurgés afghans, un mitrailleur de sabord d'un Cougar de la TF Mousquetaire a été blessé par balles, la semaine dernière, lors de l'opération Eternal Blacksmith, sur les hauts nord de la vallée d'Alassay (Afghanistan). C'est le premier blessé par balles (1) enregistré par l'ALAT depuis qu'elle intervient en Afghanistan, à savoir 2007.
Les hélicoptères de la TF Mousquetaire sont très régulièrement pris à partie, en Afghanistan. Tous les types ont été touchés par des tirs insurgés. Cette attaque-ci a toutes les caractéristiques d'une embuscade, qu'elle ait été montée d'opportunité, ou soigneusement préparée (ce qu'il ne faut pas exclure).
Le membre du peloton de reconnaissance et de balisage (PRB) du 5e RHC intervenait avec son hélicoptère pour aller secourrir un fantassin français blessé dans cette vallée (2), quand le Cougar a été lui-même touché par des tirs. Le gunner, bien que protégé par son gilet pare-balles, a été atteint à l'épaule. Le Cougar a quitté la zone, le mitrailleur étant pris en charge par l'équipe médicale embarquée dans l'appareil. Une deuxième medevac et un appui ont été engagés pour extraire le fantassin blessé.
Les deux blessés, gunner et fantassin, ont été stratévaqués vers la France par un Falcon de l'ETEC, comme d'habitude, en moins de 24 heures.
La TF Mousquetaire regroupe 136 personnels de l'armée de terre (85%) et de l'air (15%).

(1) d'autres personnels navigants avaient été blessés lors du hard landing de leur appareil : une Gazelle Viviane, l'an dernier, et un Tigre, il y a quelques semaines. Rappelons qu'un pilote du 4e RHFS a également été touché par balles (ainsi qu'un commando du 1er RPIMa), au Mali, en janvier dernier, lors de la tentative de libération de deux otages français.
(2) c'est un soldat du SGTIA Chamois d'Allobroges qui a été blessé par IED. Troublant, deux jours plus tôt, au même endroit, un soldat du SGTIA Acier d'Allobroges avait été grièvement blessé, déjà par IED.

L’armée de l’air change de porte-avions

Après l’USS Corsica, voici l’USS Creta ! Le blog de la rédaction d’Air & Cosmos l’affirme : quatre Mirage 2000D sont arrivés hier à Suda, Crète, renforcer autant de Mirage 2000-5. Sauf erreur de ma part, aucune communication officielle française n'est venue annoncer la relocalisation de ces appareils, qu'un journaliste du magazine, Guillaume Steuer, en reportage sur place, n'a pas manqué d'augurer. Selon la même source, les Mirage F1CR -dont l'endurance en vol est, rappelons-le, plus faible encore- sont également attendus en Crète.
Ce repositionnement n’est pas sensé qu’économiser des précieux ravitailleurs –qu’on attend toujours- mais aussi maximiser le temps passé sur zone. Suda est à moins d’une heure de vol de la Libye orientale. (1)
Comme nous les révélions la semaine passée, les 2000-5 décollent avec trois bidons de 2.000 litres, et assurent 90 minutes au-dessus de la Libye.
Les Rafale, dont le temps de vol maximal n’est pas autant limité que les Mirage 2000D restent, pour l’instant, en Corse.
Mirage 2000D et 2000-5 partagent nombre de composants –mais aucun armement-, particulièrement les réacteurs M53P2. Cette relocalisation induit aussi,peut-être, une optimisation des lots de déploiements.
Elle a aussi obligé à une forte opération logistique, dont on ne connaît pas encore les détails, et obligera à des flux constants, ne serait-ce que pour les armements.
Elle va obliger à créer un stock de GBU-12 supplémentaire, le Rafale utilisant également cette arme.

(1) C’est aussi éviter de passer par la case italienne, alors que depuis 15 jours, l’OTAN cherche à concentrer ses capacités sur un nombre réduit de bases.

lundi 18 avril 2011

Libye : peut-on continuer sans TACP ?

Alors que les limitations du dispositif actuel sont même, désormais, reconnues au plus haut niveau chez nous, poussons le questionnement jusqu'au bout : comme il est difficile de mettre de notre côté les vents de sables et la topographie liybiens, pourquoi se priver de l'injection de TACP, équipe de guidage des appuis, avec le spécialiste idoine à leur tête (FAC dans la terminologie OTAN, JTAC dans la terminologie US) ?
Ces TACP sont partie intégrante de l'appui (1), commme le démontre leur engagement quotidien en Afghanistan. Le JTAC, en charge du guidage, est même le pré-requis pour ouvrir le feu, sur ce théâtre.
Pourquoi en serait-il, au final, différemment en Libye ?
On l'a bien vu ce soir, au JT de France 2 : un chef insurgé libyen, ancien pilote de Mirage 5, déplorait de ne voir aucun effet après avoir livré à l'OTAN les coordonnées de zones à bombarder, dans Misratah.
Un pilote de l 'OTAN préferera plus croire ses yeux qu'écouter un inconnu. Mais il croira un JTAC formé aux normes OTAN. Les meilleurs JTAC, dont les nôtres, n'ont d'ailleurs pas de difficulté à procéder au CAS urbain. Or, c'est bien cette problématique de l'action en zone urbaine ou périurbaine qui semble constituer, actuellement, un des freins aux tirs, à Misratah.
On peut déplorer de ne pas disposer d'objectifs clairement identifiés, mais c'est le cas depuis bientôt dix ans en Afghanistan. Cela n'a pas empêché la guerre aérienne de se poursuivre... grace aux TACP !

(1) ce n'est donc pas un débarquement de troupes au sol... L'intégration de ces TACP serait de plus un gage supplémentaire de limitation des tirs fratricides et des dommages collatéraux.

L'Aquitaine prend la mer

L'Aquitaine (D620), première des FREMM françaises, a pris la mer cet après-midi, pour une série de sorties qui l'amèneront, l'an prochain, à la mise en service opérationnelle. Cette première sortie pourrait rester assez brève, selon un des protagonistes du programme, avec un retour au port dès mercredi.
Les essais des capacités de combat ne devraient pas intervenir avant le mois de juin, selon DCNS.
L'industriel assure que cette sortie intervient un mois avant la date prévue : c'est suffiamment rare dans le domaine de l'armement pour être noté.
Les deux photos suivantes (crédit : Sirpa Marine) permettent d'apprécier les lignes de la frégate, et de mieux mesurer son imposant mât de guerre électronique.

Un ancien commando marine tué à Douala (actualisé)

Louis Schneider, un ancien commando marine français, a été tué ce weekend à Douala (Cameroun), apparemment de plusieurs coups de couteau. Deux de ses agresseurs, des jeunes des rues, ont été interpellés par la police. Agé de 60 ans (et non 50 comme je l'ai indiqué par erreur), il était employé par une société africaine de travail subaquatique.
Ancien de Trépel (68/69) puis d'Hubert, après le cours nageur, en 1970. A l'issue de son service au sein des commandos marine, il avait rejoint la COMEX. Il avait fait partie de l'expérience Janus IV, en plongée profonde, en 1977.
La nouvelle de sa mort, connue dès ce weekend, a créé un fort émoi à Lorient, notamment chez les anciens commandos marine.

Thales supporte des brouilleurs afghans (actualisé)

Thales affirme ce soir avoir remporté un contrat avec la SIMMT pour soutenir une partie des 400 brouilleurs déployés sur des véhicules français en Afghanistan. Ce contrat dont on ignore le montant et la date d'attribution, couvrirait une période de 5 ans.
Il intervient alors que les électroniciens aiguisent leurs couteaux dans l'optique d'un contrat bien plus alléchant, pour la fourniture de brouilleurs actifs. Quelque 2.000 pièces pourraient être commandées. Bull est le premier à avoir dévoilé ses cartes, avec le Shadow, qui sera présenté dans le prochain RAIDS.
Thales est un des industriels qui avait réussi imposer ses brouilleurs en Afghanistan, mais pas celui qui a la base installée la plus importante. C'est ARINC Technologies qui en en a remporté l'essentiel des faveurs de la DGA, depuis 2007. D'autres industriels ont pu placer leurs produits, comme, effectivement, Thales, ainsi qu'un industriel israélien (Elisra), Cofrexport et ESDT, qui avait fourni les premiers exemplanires.

Ciblé, pas ciblé... (actualisé)

Ciblé, pas ciblé, peu importe, les faits parlent d'eux-mêmes : malgré leur propagande continue, les insurgés afghans n'utilisent pas massivement l'arme du kamikaze. Elle est réservée, en général, aux visiteurs étrangers de marque de passage. Ce fut le cas, notamment, lors d'une attaque contre un hôtel de luxe (Serena), en 2008 (1).
La coïncidence est trop troublante pour que ce ne soit pas le ministre de la défense français qui ait été visé, ce midi, au ministère afghan de la Défense, alors que sa visite en Afghanistan a, contre toute les pratiques habituelles, été annoncée avant l'arrivée de l'intéressé. Le ministre est accompagné en permanence du CEMA et, vraisemblablement, de l'ambassadeur de France, Bernard Bajolet.
Un programme ou presque de la journée d'aujourd'hui était disponible hier, en source ouverte. Difficile de croire qu'à Kaboul, les détails n'aient pas non plus été connus. Malgré, donc, un évident problème d'horaire.
Un -et non trois comme annoncé initialement - kamikaze a pu ans difficulté entrer dans l'enceinte sécurisée et a pu arriver jusqu'au troisième étage (2). Deux soldats afghans ont été tués, et sept blessés dans les tirs qui ont suivi.
On ignore dans quelle mesure la visite du ministre se déroulera comme prévu ou non, les insurgés qui n'étaient pas encore au courant de la visite ne peuvent plus l'ignorer.

(1) le président du Sénat, Gérard Larcher, et plusieurs parlementaires avaient subi des tirs à plusieurs reprises lors d'un voyage en Afghanistan (en 2009 ou 2010) : lors de leur convoi routier, et lors d'un transfert en hélicoptère ,sans qu'on puisse déterminer si c'était l'actualité habituelle des lieux, ou lié à leur présence dans ces véhicules.
(2) soyons modestes : la même chose s'est déroulée chez nous il y a quelques jours place Beauvau, au ministère de l'intérieur.

dimanche 17 avril 2011

Libye : effondrement du nombre de sorties d'attaque

Avec 27% de sorties en moins comparée à la veille, l'activité d'attaque au sol de l'OTAN en Libye, samedi, est en chute libre. Même si ce chiffre demande à être affermi par l'activité des jours à venir, et de ce dimanche.
Alors qu'aucun problème météo n'a été évoqué, l'OTAN affirme n'avoir effectué que 42 sorties d'attaque hier, c'est-à-dire rien de moins que le plus bas niveau d'activité depuis qu'elle a pris les choses en main, au début du mois. Et de très loin : le dernier chiffre plancher se situait à 54 sorties, le 7 avril, et la moyenne s'élève à 67 sorties de chasse offensive par jour.
Ce chiffre représente même seulement 53% du niveau quotidien maximum de sorties d'attaques depuis le 1er avril (79 sorties, le 11 avril avril). Pas besoin d'expliquer que les commentateurs, aux Etats-Unis vont se jeter sur ces chiffres pour réexpliquer que l'OTAN, sans les Etats-Unis, n'est qu'un marteau de papier, ou, comme je l'ai appelé l'autre jour, un géant aux ailes d'argile.
On ignore le nombre de sorties d'attaques effectuées par la France, premier contributeur en chasse offensive, avec jusqu'à 18 sorties/jour dans ce domaine.
Sans doute pour compenser ces chiffres peu engageants pour la suite du conflit, l'OTAN revendique cinq lignes d'objectifs détruits samedi à Tripoli, Zintan, Syrte et Misratah.

Afghanistan : on approche les 50.000 vétérans...

Ceci expliquant le cela : si l'on se réfère au dernier repère diponible, le nombre de vétérans de l'Afghanistan approcherait les 50.000 militaires (1). D'où les enjeux non négligeables entourant la campagne double.
En septembre 2009, le général Georgelin citait un chiffre précis : 37.900 militaires avaient déjà, à cette date, sur le théâtre afghan. Assez justement, le CEMA de l'époque avait englobé tous les militaires, sans distinction.
Sachant que les militaires de l'armée de terre tournent à raison de 3.000 tous les six mois, et qu'un groupe aéronaval -2.000 pax d'un coup- a fréquenté l'Afghanistan entre novembre et décembre dernier, le cap des 50.000 vétérans ne doit donc plus être éloigné.
A la marge, il ne faut compter qu'une fois les personnels ayant fréquenté plusieurs fois le théâtre afghan : un cas généralisé chez les équipages d'hélicoptères, notamment dans l'armée de l'air (5 à 6 mandats ne sont pas rares), mais aussi de chasse et de transport, chez les commmandos-parachutistes de l'air, dans les forces spéciales, évidemment, et, de plus en plus, dans les troupes conventionnelles de l'armée de terre. Parmi les plus en pointe étant ceux issus des troupes de montagne. Le 27e BCA vient ainsi de débuter sa mise en condition opérationnelle (MCP), moins de trois ans après avoir ouvert le mandat d'hiver en Kapisa.

(1) j'ignore dans quelle mesure les militaires de la gendarmerie sont ou non concernés par ce protocole de la campagne double.

Campagne double : faut-il avoir les boules ?

Après la publication de mon post, mon confrère Jean-Domnique Merchet, parfaitement informé des réflexions de l'EMA, l'affirme, les vétérans d'Afghanistan auront bien la campagne double. Mais pas tous, croit-il savoir, la définition du périmètre, et notamment, la notion d'engagement au feu, n'étant pas du tout bouclée.
Cette question, qui vise vraisemblablement à employer au mieux les fonds publics, et estimer le plus judicieusement qui est un ayant droit, bute cependant sur des problématiques évidentes, déjà évoquées sur ce blog. Un maintenancier doit-il être exclu, au motif qu'il manie plus la clé de 12 que le calibre 12 ? Le général Irastorza a tranché la question, en remettant une décoration à un de ces logisticiens, il y a quelques jours, pour bravoure au feu.
Faut-il exclure les personnels de santé, au motif qu'ils passent plus de temps à l'intérieur des FOB qu'à l'extérieur ? Là aussi, la question est tranchée depuis deux ans : on ne compte plus les personnels de cette filière décorés pour leur comportement au feu.
Peut-on exclure les marins (1) alors que les marins ont été les premiers en place, et leurs frégates ont été placées en bouchon, pour éviter une fuite d'Al Qaeda par la mer ? Mais quand commence la campagne double : quand le GAN quitte Toulon, ou quand les SEM commencent leurs catapultages vers l'Afghanistan ?
Faut-il inclure le bibliothécaire de Warehouse qui avait défrayé la chronique, il y a plusieurs années ?
Le temps pris pour appliquer une mesure de bon sens a un côté presque nauséabond, quand on voit le peu de temps qu'il faut parfois à certains récipiendaires civils de la légion d'honneur pour être portés sur la liste. 
Car rappelons que la France est désormais engagée en Afghanistan depuis... 10 ans. 55 Français y sont restés, plusieurs centaines y ont laissé un bout de leurs corps, bilan humain qui n'est pas tout à fait celui de la guerre du Golfe : le constater n'est pas faire injure aux vétérans du Golfe, qui ont accompli eux aussi leur devoir, à l'époque, dans des conditions de risque particulièrement élevées. C'est, d'aileurs, la justification de la campagne double.
Où commence ce théâtre afghan, et où commence l'engagement ? De vraies questions pratiques, auxquelles il semble bien difficile de répondre, apparemment.

(1) la promesse ayant été faite sur un navire, ne pas la respecter pour les marins serait de surcroît incompréhensible. Notons cependant que dans une semble approche comptable, les déploiements Agapanthe (2.000 marins) ont été longtemps les plus volumineux du théâtre, alors que le nombre de troupes françaises au sol en Afghanistan n'a passé le cap des 2.000 qu'à partir de... 2007.

samedi 16 avril 2011

Les batônnets du gros bâton

En recoupant les déclarations de l'OTAN, et des deux principaux pays bombardant en Libye, voici les destructions revendiquées par ces intervenants en Libye, depuis le début du mois. Ces chiffres ne sont pas une vérité absolue, les leurres existent depuis que la guerre existe, et la comptabilité des victoires effectuées dans le ciel ou depuis le ciel n'est pas (toujours) une science exacte.
Et encore moins quand les chiffres viennent appuyer une démonstration d'un but politique. On l'a bien vu dans un article de presse, ce matin.
Ces préambules et précautions étant effectués et prises, on peut considérer les chiffres qui suivent commme une estimation, et rien d'autre (1). Au moins 37 bunkers ont été bombardés, tout comme 97 chars (et deux porte-chars), 40 véhicules blindés, 12 pièces d'artillerie, un hélicoptère, ainsi que sept lanceurs sol-air, et un radar de détection aérienne.
Côté français, en synthèse, les principales destructions concernent, au minimum, depuis le 19 mars, plus d'une vingtaine de véhicules blindés, deux porte-chars, quatre lanceurs sol-air, cinq Galeb, deux Mi-35, deux PC, deux dépôts de munitions -dont l'un attaqué en coopération avec les anglo-saxons. Les forces aériennes françaises s'étaient en outre chargés de la base aérienne de Mun avec une salve historique de sept Scalp-EG.

(1) si on devait arriver à 1.200 chars détruits, ou 600 SAM, il y aurait en effet un problème...

Quand c'est double, c'est encore plus simple

François Fillon avait promis, comme il le confirmait alors sur son blog, le bénéfice de la campagne double aux combattants français d'Afghanistan, lors de son séjour sur le pont du PACDG, le 12 février. Or, le décret publié par le JO, hier, ne semble pas du tout aller dans cette direction, avec l'attribution d'une campagne... simple. Bug ou économies tous azimuths, y compris sur le dos des vétérans : à suivre...

L'armée des ombres

Le journal officiel diffuse ce jour la liste des unités dont les personnels sont protégés par anonymat. C'est une extension d'un premier décret de 2006, qui protégeait essentiellement, à l'époque, les personnels du COS et de la DGSE. La loi de programmation avait ensuite précisé les choses, en y intégrant les personnels issus de la sphère rens, notamment la DRM et la DPSD.
Cette liste comporte 37 unités, et a donc quasiment doublé comparé à 2006. On y constate que les nouveaux entrants sont, pour la plupart, issus de l'armée de l'air. Il s'agit des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins Triomphant, Téméraire, Vigilant et Terrible, du bâtiment de soutien à la plongée Alizé (utilisé par la DGSE), le centre d'opérations des forces aériennes stratégiques 02.532, l'escadron de chasse 01.091 -l'escadron nuc sur Rafale-, l'escadron de chasse 02.004 -l'autre escadron nuc sur Mirage 2000N, le groupement de ravitaillement en vol 02.091 (ravitaillant les nucs), l'escadron de transport de matériels spécialisés 91.532 ; l'escadron SyDeRec 92.532 (un système de communication ultra-sensible engageant la dissuasion), l'escadron de transport d'entraînement de calibration 00.065 (l'escadron de transport gouvernemental), le centre de renseignement air 14.542 ; l'escadron électronique aéroporté 00.054 (qui emploi les Gabriel d'écoute), l'escadron électronique sol 21.054, l'élément géographique air-marine 90.532, le groupe interarmées d'hélicoptères (GIH) et le centre national de ciblage 34.664.
On notera, mais il n'y a sans doute pas de paradoxe, que les personnels de la brigade rens de l'armée de terre ne sont pas concernés par ce décret.

Dire ce qui est n'est pas se plaindre (bis)

Le fait que la France ait de quoi voire venir sur le plan munitionnaire ne veut pas dire pour autant que tout aille pour le mieux. Le dépeçage progressif des flottes rend l'effort aérien français extrêmement fragile. Avec 20 chasseurs mobilisés dans Harmattan, l'armée de l'air n'est pas loin de l'effort maximal qu'elle peut produire dans les conditions de disponibilité actuelle (1). Parce que rappelons-le aussi, elle déploie 25 chasseurs ailleurs dans le reste du monde : c'est autant de lots de déploiement en moins, de rechanges et de précieux réacteurs en moins. La présence de trois Rafale aux EAU est, à ce titre, un présence commercialement opportune, mais qui pèse sur la disponibilité des moyens en métropole (2).
Lé député Jean-Claude Viollet a prévenu a plusieurs reprises de risque pesant sur ces flottes, en pure perte. On n'a toujours pas de nouvelles de son amendement sur le rétrofit, a minima, des Mirage 2000D. Il reposera la question au troisième ministre de la défense de sa mandature, lors d'une audition prévue début mai.
L'armement disponible reste aussi orienté sur une guerre technologique. Une roquette guidée serait opportune, et coûterait moins cher qu'un AASM, pour tuer un char, un transport de troupes ou un pick-up. Les retex évoquent ce type d'armes depuis l'Afghanistan... Le sujet (qui peut intéresser le Tigre) n'avance pas à pas de géant, c'est le moins qu'on puisse dire.
Les mêmes retex évoquent églaement la nécessité de disposer d'une voie optique dans le pod de ciblage. Voie dont ne dispose pas Damocles-MP ou le PDLCT/S. Seul l'Atlis II, un pod dont la technologie développé en... 1975, dispose d'une voie optique.
A défaut, les pilotes utilisent donc la meilleure voie optique qu'ils ont à disposition : leurs yeux, et des... jumelles. De leur altitude de travail, il vaut mieux avoir de très bons yeux...
Faute d'opération de refonte du Mirage 2000D, on vise toujours, dans la place arrière de cet appareil, sur une visualisation monochrome -de toute façon, c'est de l'infrarouge- de la taille d'un paquet de cigarettes. C'est avec un tel écran qu'il faut éviter les tirs fratricides et les dommages collatéraux.
Les moyens de renseignements électronique, qui donnent la capacité d'entrée en premier traduite par l'engagement de la France le 19 mars, sont aussi extrêmement fragiles. L'ASTAC n'aura plus de porteur en 2014 si le rétrofit du Mirage 2000D ne se fait pas, rappelle le député de la Charente.
N'oublions pas, enfin, que l'armée de l'air ne peut aligner que deux de ses six Caracal sur le Charles-de-Gaulle (il a fallu mobiliser un Puma Resco pour faire un détachement à trois engins) : un est déployé à Kaboul, un est affecté à Pau, au 4e RHFS, et deux autres sont en entretien technique...
Malgré ces sujets d'actualité brûlante, il n'est pas sûr que la Défense s'invite à la table des élections présidentielles de 2012. Un sujet peut-être trop anxiogène.

(1) et c'est pareil pour la marine, qui déploie 50% de ses Rafale (10 appareils) et six SEM. Il est vrai, cependant, que la marine n'a pas le même nombre global d'appareils que l'armée de l'air.
(2) on n'imagine pas les tracas que le doublement de ces Rafale aux EAU, et leur arrivée -toujours maintenue- en Afghanistan aura sur la disponibilité en France.

L'OTAN à court de bombes, prétend le NYT

Est-ce une simple (im)posture politique de l'administration Obama, relayée dans la presse, ou y a-t-il du vrai dans ce qu'affirme ce matin le très sérieux New York Times, à savoir que l'OTAN serait déjà à court de bombes ? Et qui est visé par ce missile médiatique ?
L'article des deux confrères afirme même que les chasseurs de l'OTAN ne sont pas en mesure de tirer les munitions que les Etats-Unis seraient en mesure de leur faire parvenir (1), ce qui, techniquement, est une contre-vérité : en tout cas, cela demande explications.
Les bombes Mk82 (227 kg) sont standardisées au sein de l'OTAN, tout comme les kits de guidage. La France utilise par exemple des GBU-12 et 49 (sur Mk82) et des GBU-24 (sur Mk84). Tous ces munitions ont été tirées, depuis le 19 mars, avec des AASM, type, qui il est vrai, n'est utilisé que par la France.
Mais la France en dispose de plusieurs centaines d'exemplaires -si ce n'est plus- et malgré des journées très denses qui ont vu le tir de plus de 10 AASM quotidiens, on n'en est d'ailleurs pas à se poser la question de ce que l'on va bien pouvoir tirer.
L'EMA l'avait d'ailleurs assuré, en réponse à une question de votre serviteur, le 31 mars. Rappelant au général Jean-Jacques Borel que la France avait connu de gros problèmes de stock de kits de guidage en 1999, lors du Kosovo (2), je lui avais demandé s'il y avait un risque de ce type en 2011. Il m'avait répondu par la négative, en précisant que cela avait été "pris en compte".
Rappelons que 1.200 bombes Mk82 avaient été commandées en 2009 à la société SAMP, alors en difficulté, dans le cadre du plan de relance de l'économie, pour 8 MEUR.
Un millier de kits de guidage Paveway-2 avaient aussi été commandés en 2008 pour 22 millions de dollars, et livrés depuis l'an dernier. Donc rien de grave, a priori, de ce côté-là non plus.
La problématique des objectifs durcis et stratégiques n'a pas non plus de souci à se faire : les stocks de missiles Scalp-EG sont bien remplis, et on n'en a tiré qu'une petite dizaine...

(1) si vraiment il y avait problème, les pays qui ont décidé de ne pas tirer la moindre bombe -les deux tiers des pays de la coalition- peuvent céder les engins dont ils ont décidé de ne pas se servir : c'est le principe d'une alliance militaire.

(2) obligeant à tirer un très grand nombre de bombes lisses : 398 sur un total de 988 bombes et missiles largués. A ce sujet, lire RAIDS (hors-série n°33), les ailes françaises au combat, 1994-2009.

Cinq isafiens tués dans une attaque (actualisé)

L'ISAF annonce à l'instant la mort de cinq de ses soldats en Afghanistan, aujourd'hui, dans une attaque insurgée, dans le RC-East. Leur nationalité n'est pas donnée, pas plus qu'une localisation plus précise de l'attaque, et de son ampleur. Ces militaires ne sont pas Français, apprend-on à l'instant de l'EMA.
Les premiers détails disponibles par ailleurs, encore fragmentaires, évoquent l'attaque d'une base de l'armée afghane, peut-être à Jalalabad. Les soldats tués pourraient donc être des ETT (embeded training teams) ou des OMLT.
Les affaires libyennes et ivoiriennes ne doivent pas faire oublier ce théâtre où plus de 4.000 Français sont engagés.Jeudi encore, l'essentiel de la task force La Fayette (TFLF) était engagé dans deux opérations, Endurance, en vallée de Tagab, et Forgeron éternel, en vallée d'Alassay. Les insurgés avaient d'ailleurs, dans le courant de la semaine, revendiqué la mort de plusieurs soldats français, et l'enlèvement de l'un d'entre eux. Ce n'était pas revenu jusqu'à Paris, mais la correspondante d'une célèbre média américain l'avait relevé.

vendredi 15 avril 2011

Qui bombarde la Libye ?

En ce 28e jour d'opérations contre la Libye, plongeons dans la réalité, implacable, des frappes en Libye. Officiellement, 15 pays ont rejoint l'OTAN dans l'application de la résolution 1973, mais de fait, seulement six soit un peu plus d'un tiers, ssurent les frappes, les autres pays n'ayant offert que des capacités d'environnement, de SEAD (suppression of ennemy air defenses) ou de défense aérienne.
Le nombre de membres importe donc peu, même si c'est un facteur politique qu'il ne faut pas sous-estimer.
Ces six pays alignent en tout et pour tout cinquante chasseurs inscrits à l'OTAN (1)... et quelques TLAM, planqués dans un SNA britannique. Divisez par le nombre d'heures dans une journée, comprennez qu'il y a des créneaux horaires dans lesquels il ne doit pas faire bon de se trouver... sans appui aérien, dans les rangs des insurgés.
La France, et c'est tout à son honneur, fournit le nombre le plus important de ces chasseurs, avec jusqu'à 18 sorties de bombardement par jour, ce qui n'est pas le maximum éligible avec les moyens de Zara et du PACDG (2), suivie par la RAF britannique (jusqu'à 16 sorties max, niveau a priori jamais atteint).
Derrière figurent les Canadiens (jusqu'à 6 sorties), les Belges (jusqu'à 6 sorties), les Norvégiens (6 sorties), et les Danois (4 sorties).
Ces fiers Danois sont cependant, et il faut le noter, particulièrement actifs, avec plus de 160 bombes (principalement des JDAM de 907 kg) tirées depuis le début du conflit.
L'hypocrisie des autres nations consistant à engager des avions de défense aérienne... alors que cette menace n'en est plus une, actuellement, pas au point, en tout cas, de nécessiter un tel niveau d'appareils.

(1) ces chasseurs correspondent à la force moyenne en mesure d'effectuer une sortie, donc moins importante, de fait, que le nombre total de chasseurs déployés sur les bases.
(2) ce niveau reste freiné par le besoin d'engager quatre sorties de Rafale-Reco NG par jour, c'est donc autant de sorties bombardement en moins. Par ailleurs, l'engagement de Rafale Marine comme "nounous" -parfois deux à trois sorties par jour- restreint les capacités offensives du GAE, même s'il permet, incidemment, de ne pas faire appel à des tankers.

Noir c'est noir (actualisé-2)

Une belle photographie résume l'opération Harmattan, en une d'Armées d'Aujourd'hui, organe de communication du ministère de la défense vendu en kiosque. On y voit un Rafale de l'armée de l'air, et les "papillons" de la perche de ravitaillement d'un C-135FR. Ces plans sont ornés, comme tous les C-135 de l'insigne des FAS -la colombe de la paix sur fond rouge mais la mention "armée de l'air", qui y est normalement accolée, à disparu (1).
Comme c'est la fin de la semaine, soyons légers. Cette disparition est :
A-une disparition diplomatique (effectuée à la palette graphique), destinée à ménager les susceptibités (l'armée de l'air faisant la une, et puis quoi encore...).
B-le résultat d'une opération commando de l'association de lutte contre les pics de crête des réacteurs à double flux (ALCPCRDF) dans une des bases les mieux sécurisées de France.
C- l'effet du vent et de la malchance : l'autocollant "armée de l'air" s'est décollé juste avant que la photo ne soit prise.
D-un problème technique dans la production d'armées d'aujourd'hui.
E- de la pure mauvaise foi, monsieur Tanguy, il n'y a que vous qui ne voyiez pas la mention armée de l'air sur ces papillons.
F-en fait, c'est un ravitailleur américain sur lequel on a collé l'autocollant des FAS (merci à AJ pour cette suggestion qui m'avait échappé...)

Les papillons d'origine, avec la mention armée de l'air nettement visible (crédit : armée de l'air)

(1) la disparition a aussi touché les pages intérieures, et trois autres photos du même type ont perdu, elles aussi, la mention "armée de l'air".

Post-scriptum : le groupe aérien embarqué est même donné, dans l'article consacréà Harmattan, à 28 appareils, soit six de plus que la réalité : 8 (puis 10) Rafale, 6 SEM, 2 E-C, et six hélicoptères, dont trois Air.