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lundi 14 novembre 2011

A l’ED 1/33 Belfort, le cerveau des drones, c’est l’équipage !

L'auteur de ce texte, le lieutenant-colonel Christophe Fontaine, est le commandant en second de l'escadron drones 1/33 Belfort. A titre exceptionnel, j'ai choisi d'ouvrir le blog à cet opérationnel, actuellement n°2 de l'escadron drones de l'armée de l'air, afin de faire un peu de pédagogie sur ces objets curieux au coeur de l'actualité et les humains qui les servent. Depuis février 2009, plus de 5.000 heures de vol ont été enregistrées par le Harfang, en Afghanistan, où opèrent les équipages du Belfort, et en Libye.

Les drones sont devenus incontournables, pour ne pas dire indispensables, dans la conduite des guerres modernes. Les récentes opérations aériennes en Libye le démontrent au quotidien. Au-delà de la technologie et des progrès réalisés dans l'automatisation, ce sont pourtant bien les hommes qui font la différence, car le drone reste très largement "homo sapiens dépendant".

Le drone, l'élément visible d'un système complexe

Au-delà d'un cercle restreint d'initiés, la représentation des drones dans l'inconscient collectif du grand public est celle d'engins volants, aux formes parfois bizarres, déshumanisés et évoluant de manière quasiment autonome. La réalité est beaucoup plus complexe. L’engagement d’un système de drone repose, intrinsèquement, sur quatre éléments fondamentaux.
- Un segment sol d’abord, qui comprend les stations de contrôle où sont regroupées les fonctions de préparation de mission, de pilotage et d'exploitation des données recueillies. Dans le cas du drone français Harfang, c'est le centre nodal du système qui centralise toutes les fonctions et les personnes nécessaires à l'accomplissement de la mission.
- Un satellite de communication, couvrant la zone d’action, est outre indispensable pour piloter les grands drones et la mise en œuvre des charges utiles. Des antennes spécifiques au sol assurent ces liaisons et la diffusion au client, via un réseau sécurisé, d'un flux vidéo en temps réel.
- Le vecteur, enfin, est un avion propulsé par un moteur à hélice ou par un ou plusieurs réacteurs. Il dispose de tout un ensemble de capteurs (optiques, radars, laser), de bombes ou missiles guidés. Il est équipé, à l'instar de tout avion civil ou militaire, de l'ensemble des équipements de radio et de navigation. En d'autres termes, c'est un avion piloté, certes à distance, mais piloté tout de même. C'est l'homme, et non la technologie, qui permet donc de faire cohabiter, en toute sécurité, dans un même espace aérien, des avions " habités et non habités".
- Si les hommes incarnent le cerveau du drone, les charges utiles en sont certainement le cœur. Elles représentent le prolongement de l'œil du combattant ou de l'expert sur le terrain. Placés au sein d’un cockpit virtuel, le fantassin au sol, le pilote en vol, le décideur ou ses conseillers juridique ou opérationnel, bénéficient ainsi, en temps réel, de l'intelligence et la capacité d'appréciation de situation de l’équipage du drone.

Des pionniers dans un domaine d’avenir

Le déploiement et la mise en œuvre de telles technologies ne sont possibles que grâce aux hommes et femmes qui composent les unités de drones. C'est particulièrement vrai en France avec l'escadron de drones 1.33 « Belfort » déployé sur les théâtres afghan et libyen.
Ces personnels ont réussi, en quelques mois après son arrivée dans l'Armée de l'air, à faire d'un système intérimaire et expérimental (SIDM) un drone opérationnel en Afghanistan baptisé Harfang.
Une des caractéristiques propre au Harfang est l'organisation de son équipage. A la différence des autres systèmes alliés, les principales fonctions - pilotage du vecteur et des capteurs, la conduite de la mission et l’interprétation des données - sont toutes co-localisés. Cela permet une très grande flexibilité et réactivité tant pour la gestion, en temps réel, des demandes de recueil que pour la qualité de l'analyse du renseignement.
Ce sont ces mêmes hommes et femmes qui, bien que déjà fortement sollicités par leur engagement en Afghanistan, ont été capables d'optimiser l'emploi d'un outil technologique désormais obsolescent et déployé en urgence, afin qu'il puisse encore à réaliser sa mission dans le cadre d’Harmattan. Quinze jours après le déploiement du personnel de l’ED 1/33 Belfort sur la base de Sigonella en Sicile, le Harfang effectuait déjà son premier vol.
Les officiers et sous-officiers de cet escadron, fort de leur sens du devoir et de la passion de l’aéronautique, deux éléments consubstantiels à l’engagement des aviateurs de l’Armée de l’air, ont permis au Harfang, de tenir encore toute sa place dans le cadre des opérations en Libye.

Des hommes qui préservent la vie d’autres hommes

En raison des particularités du mandat et de l'opération OUP, la préservation des vies civiles et la limitation des dégâts collatéraux sont des dimensions fondamentales auxquelles contribuent les drones en général, et le Harfang et ses équipages, en particulier.
Les termes de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU n°1973 précisent qu'il faut « protéger les civils ». Cette dimension est la priorité numéro une de la coalition en Libye. Les forces pro-Kadhafi utilisent cette « obligation » en s'imbriquant au plus près des populations civiles. Il s'agit donc pour le commandement, par l’emploi des drones en particulier, de déterminer le moment où la probabilité de présence de civils permet de réaliser une frappe. De plus en plus souvent, la présence d'un drone sur la zone conditionne ainsi l'emploi d'un armement et la frappe sur l'objectif, en particulier lorsqu’elle a lieu en zone urbaine.
La dimension légale, à laquelle le Harfang et les autres drones contribuent ainsi de manière directe, est loin d'être un frein aux opérations. C’est une dimension essentielle de la bataille des perceptions, c’est à dire la manière dont la population perçoit notre action. Il s’agit, par ailleurs, de ne laisser aucune capacité à la propagande ennemie de réaliser une contre-information en prétextant des soi-disant « bavures » de la coalition. La "conquête des cœurs" commence par cette nécessaire absence de dégâts collatéraux dès le début de la campagne.

Conclusion

Les drones sont donc bien loin de l'image souvent véhiculée - des robots déshumanisés parce qu'automatisés. En Libye, le Harfang, ses équipages, et tous ceux qui assurent sa mise en œuvre, ont contribué, aux cotés des autres drones de la coalition, au recueil du renseignement mais aussi à la préservation et à la sauvegarde des vies de civils libyens. En Afghanistan, ils sauvent la vie de soldats de l'ISAF.
« Renseigner et préserver des vies », sont de très nobles missions pour les drones qui seraient tout simplement impossibles sans les hommes et les femmes qui les mettent en oeuvre. Il faut préserver ce capital humain précieux et unique, ainsi que son esprit de « pionnier » qui, à la différence de la technologie, ne s'achètent pas une fois qu'ils sont perdus.